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Le vade-mecum des pratiques démocratiques

Par Jean-Baptiste Placca

Un vade-mecum des bonnes pratiques démocratiques, gage de transparence, et génératrices de confiance dans les institutions en charge des élections ainsi que des résultats qu’elles proclament va être mis en place. Dans certains cas, des perdants pensent, de bonne foi, avoir réellement gagné, et contestent les résultats, en soutenant sincèrement avoir été « volés ». De quelle utilité serait le vade-mecum, devant de tels cas ?

Ce sont des situations qui se présenteront toujours, plus ou moins, tant que l’on continuera à aller aux élections à l’aveuglette, en Afrique : sans repères, sans aucune mesure fiable de ce que pèsent les uns et les autres au regard des électeurs. D’où la nécessité d’instruments de mesure suffisamment fiables, pour que le verdict des urnes s’impose à tous, perdants et vainqueur, parce que chacun aurait une claire idée de ce qu’il vaut, de ce qu’il pèse réellement dans l’électorat, donc, de ce qu’il peut raisonnablement espérer du suffrage de ses concitoyens. Dans les décennies 80 et 90, certains s’en souviendront, Abdoulaye Wade, alors plus célèbre opposant politique dans notre Afrique francophone, mettait toujours ses militants dans la rue, après chaque défaite… le temps de négocier son entrée au gouvernement !

Il nous reprochera même un jour de n’avoir rien compris à son génie, en le classant parmi les opposants qui allaient à la soupe. Parce que lui, en entrant au gouvernement, n’aurait d’autre souci que de sauver le pays du chaos. Parce que le Sénégal, de son point de vue, risquait d’être à feu et à sang, s’il n’acceptait d’entrer au gouvernement. La vérité est que, certaines fois, face à Abdou Diouf, il avait peut-être gagné l’élection. Mais, certaines autres fois, il avait probablement perdu, mais croyait sincèrement avoir été « spolié ».

Pourquoi dites-vous : « croyait sincèrement » ?

Parce qu’il croyait sincèrement ! Et que l’une des lacunes de la vie politique, en Afrique, est que les candidats n’ont rien, pour apprécier ce qu’ils pèsent réellement. Ils se fient donc à la ferveur de leurs militants et aux flagorneries de leurs courtisans, pour conclure qu’ils ne peuvent pas perdre.

A qui pensez-vous donc ?

Cette semaine, sur RFI, nous avons entendu les candidats à la prochaine présidentielle, au Cameroun. Trois ou quatre d’entre eux semblaient imperturbables, quant à leur certitude d’être élus, parce que le peuple les attendrait. Et pourtant, à l’exception de la présidentielle de 1992, durant laquelle il y avait, dans le pays, une réelle ferveur autour de l’opposant Ni John Fru Ndi, il ne se passe, en cette année 2018, rien, au Cameroun, qui s’apparente à de la ferveur.  Pas plus pour le président Biya  que pour ses challengers. Paul Biya qui, dit-on, aurait de grands projets pour son peuple, si celui-ci consentait à le réélire, en fermant les yeux sur le fait qu’il tutoierait les 92 ans, au terme du mandat qu’il sollicite. Paul Biya qui, faut-il le rappeler, est chef de l’Etat depuis 1982   trente-six ans !   vous avez bien entendu !

Le plus surprenant est qu’il pourrait, en dépit de tout, sortir vainqueur. Il se trouverait deux ou trois autres candidats pour affirmer sincèrement avoir été spolié. Parce que le seul élément dont disposent la plupart, à moins d’un mois du scrutin, est l’enthousiasme autour d’eux et dans leurs meetings. Et souvent, il y a toujours au moins trois, voire quatre qui vivent dans une effervescence à peu près comparable, sans savoir que 15 % à 20 % de ceux qui vont les acclamer se rendent aussi aux meetings d’autres candidats !

Mais n’est-ce pas illusoire d’envisager des sondages scientifiques et crédibles, dans des pays avec souvent peu de moyens, mais une grande capacité de manipulation des sondages ?

Si les sondages scientifiques et crédibles peuvent aider à éviter des confrontations violentes, et même, parfois, des guerres, alors, ce prix mérite d’être payé. Il faut aussi avoir conscience que les universités peuvent parfaitement être outillées pour réaliser des sondages crédibles. D’ailleurs, aux Etats-Unis, certaines universités sont célèbres pour la qualité de leurs sondages, telle l’Université de Quinnipiac, dont les enquêtes d’opinions sont régulièrement citées, notamment dans les émissions politiques matinales des grandes chaînes américaines.

Pourquoi sont-ils si importants, les sondages, pour la démocratie ?

Parce qu’un homme politique qui ne sait pas ce qu’il vaut   et ne connaît, par conséquent, pas ses limites   est un homme dangereux. Vous savez d’ailleurs qu’il nous arrive, à nous autres, journalistes, de donner une importance arbitraire à certaines personnalités, frisant parfois la publicité gratuite, et qui devient imméritée, le jour où ces personnalités sont réduites à leur plus simple expression par le suffrage universel, avec 1 % un 2 % des voix. Mais, même face à un tel verdict, certains peuvent encore estimer qu’un score aussi désastreux, en contradiction avec tout leur poids médiatique, ne peut résulter que d’une tricherie. Les sondages stimulent les concurrents courageux, et remettent à leur place ceux qui doivent y être remis.

Ce qui arrive lorsque les politiques confondent intérêt personnel et général