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Cameroun: «Nous n'accepterons jamais la sécession» selon Maurice Kamto

Par Christophe Boisbouvier

Pour présider au destin du Cameroun, ils sont neuf prétendants et, depuis quelques jours, ils s’expriment sur RFI. Ce matin, la parole est à l’un des favoris. Maurice Kamto se présente pour la première fois, mais il attire les foules dans les centaines de meetings qu’il anime depuis plusieurs mois. Peut-on avoir été ministre de Paul Biya et être aujourd’hui un véritable opposant ? En ligne de Yaoundé, le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, le MRC, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Paul Biya se présente comme un homme calme et pondéré qui apporte aux Camerounais la stabilité depuis 36 ans. Est-ce que ce n’est pas un bon argument de campagne ?

Maurice Kamto : S’il se perçoit lui-même comme pondéré, tant mieux. Mais je pense qu’il y a des responsabilités que l’on doit assumer comme chef de l’Etat. Je pense en particulier à la gestion de ce que nous appelons ici chez nous au Cameroun « la crise anglophone ». Je ne crois pas que l’on puisse dire que le chef de l’Etat a géré ou gère cette crise au mieux des intérêts des populations camerounaises. Autant j’ai été extrêmement clair que nous n’accepterons jamais la sécession, la partition du Cameroun ; autant je crois et j’estime, c’est aussi l’attente de la majorité des Camerounais, que l’on doit être à l’écoute des Camerounais où qu’ils se trouvent lorsqu’ils estiment qu’ils ont un problème. Et de ce point de vue, le chef de l’Etat camerounais a laissé les choses aller, et aller malheureusement de travers.

Paul Biya et l’un de ses porte-parole, Jacques Fame Ndongo, disent que dans l’Ouest, il n’y a pas de crise anglophone, il y a juste une « question » anglophone et qu’elle est en train d’être résolue grâce aux initiatives de paix du régime.

Qu’on l’appelle « crise » ou « question », peu importe la terminologie. Les faits sont là. Il est incontestable qu’il y a des pertes en vie humaine, que ce soit du côté des sécessionnistes ou hélas du côté des forces nationales, des forces de défense qui paient au prix fort la préservation de l’intégrité territoriale de notre pays. Je saisis cette occasion pour leur rendre un hommage vibrant pour leur bravoure et leur courage. Mais le fait d’écouter les gens, de dialoguer avec eux ne veut pas dire qu’on leur donne tout ce qu’ils demandent. On essaie d’écouter le point de vue des uns et des autres.

Et si vous êtes élu, quelle sera la première mesure que vous prendrez pour l’Ouest anglophone ?

Ma première sortie officielle serait dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, c’est-à-dire les régions anglophones, pour porter un message de paix et de fraternité, pour dire aux innocentes populations qui ne sont pas des sécessionnistes, qui sont prises souvent entre deux feux, entre le feu criminel des sécessionnistes et le feu des forces de défense nationale, le feu de l’Etat, le feu républicain des forces qui défendent l’intégrité territoriale de notre pays. Pour dire à ces populations : « Vous êtes nos frères et sœurs, sortez des forêts. Je vais aller chercher ceux qui sont dans les camps de réfugiés ». Ensuite dans un deuxième temps, je mettrai en place le cadre du dialogue inclusif qui va nous permettre de mettre nos cœurs ensemble pour trouver la solution. Je n’ai jamais caché que ma préférence personnelle, c’était pour le régionalisme avec des compétences spéciales ou un statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest afin de prendre en compte leur spécificité historique. Avec un transfert réel de compétences et des ressources, on pourrait trouver une solution à la crise. Mais si le dialogue national que je vais mettre en place opte pour une autre forme de l’Etat, à la majorité des Camerounais parce que j’entends soumettre au référendum le résultat du dialogue, si la préférence des Camerounais est pour la forme de l’Etat qui sortira de cette discussion, de ces dialogues, alors je prendrai acte du choix des Camerounais.

S’il est élu, votre concurrent Joshua Osih promet de multiplier par cinq le salaire minimum des Camerounais sur une période de cinq ans. Qu’en pensez-vous ?

Je m’abstiendrai de commenter le programme et les propositions des candidats de l’opposition parce que ce ne sont pas eux l’adversaire. L’adversaire, c’est le candidat du RDPC, c’est-à-dire le président sortant, monsieur Biya. Moi, je ne me livrerai pas à un jeu de massacres entre Camerounais. C’est beaucoup trop facile parce qu’on va créer une foire d’empoigne entre les candidats de l’opposition pendant que celui qui est en réalité l’adversaire, que les Camerounais voudraient voir remplacer, va se délecter de ce spectacle et compter les points. Non. Je ne me livrerai pas à cet exercice.

Je vais poser la question autrement : si vous êtes élu, est-ce que vous laisserez le salaire minimum à 36 000 francs CFA (54,88 euros) ou est-ce que vous l’augmenterez ?

Non. Nous le monterons à 55 000 francs CFA [83,84 euros]. Nous avons choisi ce montant après des calculs et échanges avec des organisations syndicales. Certains voulaient une revalorisation beaucoup plus importante, mais nous ne devons pas oublier que si on relève brutalement, brusquement, le SMIC, d’abord il y a aura une répercussion sur l’ensemble des salaires ; donc il y aura forcément une revalorisation des salaires en cascade. Et deuxièmement, il faut éviter de relever brutalement tous les salaires parce que vous allez créer de l’inflation et créer des charges que certaines PME ne pourront pas supporter si le SMIC était très élevé.

Entre Akere Muna et vous, on ne voit pas de grande différence idéologique. Vous êtes tous les deux contre la corruption systémique qui ronge le Cameroun. Et pourtant, vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord pour une candidature commune. Est-ce une bataille entre deux égos ?

(rires) Non. J’entends parler beaucoup d’égo surdimensionné. D’abord, j’ai toujours dit, ce n’était pas le mot le plus approprié parce qu’il faut avoir un peu d’égo pour entreprendre quoi que ce soit. Maître Akere Muna et moi avons effectivement des convergences. Nous n’avons pas cessé de garder le contact. Est-ce que, même à deux semaines des élections, nous pouvons encore espérer aboutir à quelque chose ? Je ne désespère pas. Et donc nous sommes ouverts. On peut créer une vraie synergie, créer les conditions d’une certitude de la victoire.

Vous avez été ministre de Paul Biya pendant sept ans. Quand Joshua Osih dénonce les candidats qui changent d’habits, est-ce que vous ne vous sentez pas visé ?

Non. Je ne me sens visé par rien du tout. J’assume pleinement une trajectoire de vie et une trajectoire politique. Certains perdent de vue que j’ai été au gouvernement il y a sept ans, c’est-à-dire depuis sept ans, je ne suis plus au gouvernement. On veut faire croire au Cameroun que nous sommes le seul pays où l’expérience devient une faiblesse. Dans un pays comme le Sénégal, l’actuel président de la République, donc le président actuel Macky Sall, a occupé une fonction de ministre, de Premier ministre, puis de président de l’Assemblée nationale. Puis il a démissionné du gouvernement du président Abdoulaye Wade et il a été élu. Personne n’y trouve à redire. Il n’y a qu’au Cameroun qu’on veut créer une fausse polémique autour de la question. Et je pourrais citer également en Afrique de l’Ouest toujours, l’exemple du président actuel du Burkina Faso [Roch Marc Christian Kaboré] qui a été non seulement à plusieurs reprises ministre, peut-être si je ne me trompe Premier ministre, et surtout a dirigé le parti du président Blaise Compaoré.

Craignez-vous la fraude, craignez une coupure d’internet le jour du scrutin ?

Bien évidemment. La fraude est dans l’ADN du RDPC. Et il faudrait un miracle pour qu’ils s’en défassent. Mais tout ce que je peux dire, c’est qu’ils sachent qu’ils trouveront les Camerounais en face d’eux parce que plus que jamais, notre peuple est mobilisé. Donc les Camerounais seront là, ils vont aller voter, ils vont surveiller le vote, ils vont le défendre si nécessaire. En ce qui concerne les coupures d’internet, oui c’est une perspective qu’il ne faut pas écarter. On a vu les coupures d’internet dans la zone anglophone. Pourquoi ne seraient-ils pas tentés de le faire à l’occasion de la prochaine élection ? Mais on sera là d’une manière ou d’une autre. Nous nous assurerons que nous avons des résultats sortis des urnes.

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