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CAN 2019, corruption au Cameroun : Akere Muna en campagne pour la présidentielle

Par Christophe Boisbouvier

Au Cameroun, il est le monsieur Anti-Corruption... L'ancien bâtonnier du barreau du Cameroun entre en politique et se présente à la présidentielle du 7 octobre. A l'approche de la CAN de football 2019, Maître Akere Muna explique comment la corruption est devenue systémique dans son pays...

RFI : Il y a beaucoup de candidats dans l’opposition, qu’elle est la différence Akere Muna ?

Akere Muna : La différence Akere Muna, c’est ma vaste expérience dans le secteur dans lequel le pays souffre le plus. J’ai fait 23 ans dans la gouvernance, j’ai travaillé avec des institutions FMI, Banque mondiale, la Banque africaine de développement dans le même secteur, j’ai été parmi les dix experts qui ont fait l’audit de l’Union africaine sur les flux financiers importants de l’Afrique. Je suis un avocat depuis 40 ans, mais aussi un avocat qui est considéré comme étant le pont en deux cultures et je pense que ce sont des atouts que les autres candidats auront des problèmes à égaler.

Alors c’est vrai qu’à la direction de Transparency International, vous avez beaucoup lutté contre la corruption ces dernières années, mais est- ce que le régime de Paul Biya n’a pas fait sa part aussi contre la corruption, avec l’opération Epervier et la mise en prison et les poursuites judiciaires contre un certain nombre de cadres du régime ?

En ce qui concerne, le fait que les gens sont en prison, moi, ça me fait rire. Si on te dit que ceux qui prétendent lutter contre la corruption sont eux-mêmes corrompus, alors pour ceux qui sont mis en prison, je me pose des questions. Je me dis toujours que les gens comme Marafa Hamidou Yaya, Urbain Olanguena Awono, Jean-Marie Atangana Mebara, je dirais même Zacchaeus Mungwé Forjindam, des gens comme ça vraiment, je ne sais pas ce qu’ils font là-bas. D’ailleurs même Yves-Michel Fotso qui est un homme d’affaires, donc c’est très compliqué ces histoires-là et je vais procéder par une autre forme d’enquête civile avant de commencer à enfermer les gens. Et l’argent qu’ils ont pris, ça a été mis où ? Pourquoi jusqu’à cette date, on n’a pas de déclaration des biens ? Moi j’ai été 9 ans vice-président à Transparency International, on a un problème de corruption systémique.

Donc derrière l’arrestation de Marafa ou de Fotso vous pensez qu’il y a plus du règlement de compte que de la corruption ?

Règlement de compte, je n’en sais rien, mais je ne sais pas en quoi ça participe à la lutte contre la corruption

Alors justement, puisque cette corruption est systémique comme vous dites, comment pourrez-vous mettre à bas ce système si vous êtes élu ?

C’est pour ça que je prône la nouvelle République, et c’est ce qu’on va instaurer. Je vous donne un exemple, depuis deux ans, la Corée du Sud nous a aidés à mettre en place un système d’appel d’offres électronique, mais on n’a pas encore eu un seul appel d’offres téléphonique, parce qu’il faut toujours que les gens manipulent les marchés publics. Si vous prenez la CAN ou la CAN féminine, au lieu de louer ces cars qu’on utilise pour retransmettre les matchs, on les achète pour deux semaines ou un mois d’activité, c’est des engins qui coutent 3 milliards.

Vous parlez des cars de transmission télé, alors qu’il suffirait de les louer pour le temps du tournoi de football ?

Exactement, et la numérisation, ça traine, les cartes d’identité, les permis de conduire, les titres fonciers, c’est incroyable tout est axé sur le vol de l’argent, aussi simple que ça.

Et que ferez-vous si vous êtes élu pour le rapatriement des fonds qui ont été placés à l’étranger ?

Première chose, identifier ces fonds. Deuxièmement, essayer de mutualiser avec les autres pays africains. On va en rangs dispersés si 15 ou 20 pays africain identifient la Suisse ou l’Autriche ou un pays tiers comme hébergeant des fonds appartenant, il faudrait rapidement mutualiser, parce que dans le rapport Thabo Mbeki on a proposé que les pays africains puissent se mettre ensemble pour demander le rapatriement des fonds, donc il faudrait ce système de compte séquestre qui protège ces sommes pendant qu’on fait les litiges.

Vous êtes le fils de la plus grande figure anglophone de l’histoire du Cameroun, Salomon Tandeng Muna. Aujourd’hui, le gouvernement annonce que, malgré la crise dans l’Ouest anglophone, les élections seront apaisées, est-ce que vous y croyez ?

Je suis sûr que même le gouvernement n’y croit pas que ces élections seront apaisées, mais c’est tout ce qu’ils peuvent dire. A l’heure où je vous parle, il y a 200 000 personnes déplacées internes, 50 000 réfugiés au Nigeria.

Et la solution pour vous, quelle est-elle ?

C’est le dialogue, il faut se parler, deux hommes qui se disputent, c’est deux hommes qui n’ont pas discuté.

Le dialogue, mais au-delà, faut-il l’Etat unitaire ou le retour au fédéralisme d’avant 1972 ?

L’autonomie des régions a échoué parce que l’État est complètement centralisé, donc le fédéralisme permet de protéger les diversités de notre pays. Ca, c’est une solution.

Dans l’opposition, vous êtes celui qui militait le plus pour que tout le monde se mette d’accord sur une candidature unique, on n’y arrive pas, est-ce que ce n’est pas un échec pour vous ?

C’est plutôt quelque chose qui me demande de redoubler les efforts, j’ai au moins plus de dix partis qui sont avec moi, aujourd’hui, parmi lesquels le nom des moindres l’UPC qui est le parti le plus ancien du Cameroun. Hier, j’ai été voir les veuves de Ruben Um Nyobe, c’était un moment de communion et d’émotion intense.

Pour le 60e anniversaire de l’assassinat de Ruben Um Nyobe ?

Exactement, et je suis convaincu qu’avec leur bénédiction, le pays va pouvoir avoir vraiment cette indépendance. Est-ce que c’est un échec ? Je ne pense pas, parce que tout n’est pas perdu. J’y travaille, ce n’est pas exclu que même 3-4 jours avant, les uns et les autres se comprennent pour y aller ensemble.

Que répondez-vous à ceux qui disent dans l’opposition, je pense par exemple au candidat SDF Joshua Osih, que vous faites partie de ces candidats qui ont longtemps travaillé pour le gouvernement de Paul Biya et que du coup cela entame votre crédibilité ?

Je ne sais pas de quoi parle monsieur Joshua Osih, je suis le seul candidat qui était activiste dans la société civile pour la lutte contre la corruption. Je suis le seul, aucun de ces candidats n’a été activiste dans les droits de l’homme, dans la démocratie, et dans la lutte contre la corruption, il arrive que je sois avocat, j’ai eu quatre ou cinq dossiers pendant 40 ans pour le compte de l’Etat. Je suis sûr que les autres candidats dans leurs métiers ont eu à servir l’Etat d’une façon ou d’une autre.

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