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Chine-Afrique: Etienne de Tayo, essayiste camerounais, refuse le «China Bashing»

Par Christophe Boisbouvier

Le Français Emmanuel Macron met en garde Chinois et Africains à propos des « routes d'une nouvelle hégémonie » qui viendraient « mettre en vassalité les pays qu'elles traversent »... La Chine est-elle en train de vassaliser l'Afrique ? Quelques jours après le sommet sino-africain de Pékin, l'essayiste camerounais Etienne de Tayo publie « Tout chemin mène en Chine », aux éditions Altitude. En ligne de Yaoundé, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Etienne de Tayo, pourquoi dites-vous « tout chemin mène en Chine » ?

Je suis Africain, ce continent qui depuis au moins un siècle cherche sa voie et je me suis souvent posé des questions en me demandant pourquoi est-ce que cette Afrique-là n’arrive pas à trouver sa voie dans le développement. Et je regarde d’un côté, je vois un pays, la Chine, qui en moins de 50 ans a pu sortir 800 millions de personnes de la pauvreté. Et si la Chine peut être le pays qui accompagne l’Afrique dans cette voie-là, je pense que pour nous c’est un modèle d’un point de vue purement économique, c’est presque utilitaire. Nous voulons que nos dirigeants puissent s’inspirer de ce qui se passe en Chine pour pouvoir conduire nos pays vers le développement.

Est-ce qu’à vos yeux la Chine doit prendre la place de l’Europe ou des États-Unis comme premier partenaire de l’Afrique ?

Le débat n’est pas nouveau… L’Afrique est là, l’Afrique est comme une belle femme, qui attend, et qui attend tout le monde. Et je pense que l’Afrique a cheminé avec l’Europe pendant près d’un siècle. Et pourquoi est-ce qu’aujourd’hui l’Afrique se tourne vers la Chine ? Vous savez, il y a eu le dernier Sommet de Pékin, vous avez pu constater que presque tous les chefs d’État et de gouvernement africains se sont déportés vers la Chine. Il faudrait qu’on se pose la question de savoir pourquoi est-ce que les Africains vont vers la Chine. Moi, je pense qu’il y a une raison à cela. Il y a les réalisations, je pense que quand les Camerounais regardent, quand ils voient qu’il y a une autoroute en construction entre Douala et Yaoundé, qu’il y a une autoroute en construction entre Yaoundé, l’aéroport et Nsimalen, qu’il y a une autre autoroute en construction entre Edéa et Kribi, qu’il y a des barrages qui sont construits à Lom Pangar, à Mékin, à Memve’ele. Moi je pense que quand ils regardent cela, il y a un proverbe du sud du Cameroun, un proverbe Boulou qui dit que le regard tranche tous les débats. Je pense que quand ils regardent toutes ces réalisations, il n’y a plus, certainement, de débats pour eux. L’Afrique veut un partenaire qui l’aide à atteindre son émergence.

Alors en effet, au dernier Forum Chine-Afrique, ce mois de septembre à Pékin, le numéro un chinois Xi Jinping a promis un investissement de 60 milliards de dollars en Afrique sur 3 ans et vous pensez que ni l’Europe ni les États-Unis ne sont capables de soutenir la comparaison ?

Je pense que vous-même, vous le voyez. Aujourd’hui, le pays détenteur de réserves de change dans le monde, c’est la Chine. Donc si la Chine s’impose comme le financier du monde, l’Afrique ne peut pas ne pas y aller alors que tout le monde y va.

A la différence de l’Europe, la Chine ne pose aucune condition en termes de droits de l’homme et de démocratie, est-ce que cela vous convient ?

Ce problème, il revient toujours, le problème des droits de l’homme. En se disant la Chine ne respecte pas les droits de l’homme et la Chine veut entrainer l’Afrique dans cette voie-là. Non, moi je pense que c’est un faux procès, la priorité des Africains aujourd’hui c’est de se développer, c’est d’avoir une industrialisation, c’est d’avoir une masse critique de la classe moyenne qui puisse proposer une demande solvable qui permettra aux industries de tourner, qui permettra au pays d’atteindre un taux de croissance à deux chiffres. Toute autre préoccupation est presque secondaire.

Voulez-vous dire qu’à vos yeux le développement est prioritaire, par rapport à la démocratie et aux droits de l’homme ?

Je pense que des pays se sont développés, d’abord sur, nous n’allons pas dire des dictatures mais, ce sont développés avec des régimes forts, et par la suite la démocratie c’est le but à atteindre

En parlant de la Chine en Afrique, le Français Emmanuel Macron parle « des nouvelles routes de l’hégémonie » et l’Américain Rex Tillerson parle « d'une nouvelle féodalité », est-ce que la Chine n’est pas en train d’imposer à l’Afrique un nouveau colonialisme ?

Vous savez, ce discours-là a un nom, aux États-Unis on appelle ça le China Bashing, mais il ne faut pas considérer que les Africains sont des grands enfants, qu’hier on les a trompés, aujourd’hui on va les tromper, non. Les Africains sont capables, aujourd’hui, 50 ans, 60 ans après les indépendances de pouvoir s’autodéterminer de savoir ce qui est bon pour eux. Ce discours-là, on dit qu'on est en train d’endetter l’Afrique et que l’Afrique sera surendettée. Vous savez que le problème de la dette, ce n’est pas la quantité de la dette, ce n’est pas le montant de la dette, c’est l’utilisation de la dette. Bien utiliser la dette peut devenir un puissant levier de la croissance. La mauvaise dette c’est celle qui est utilisée peut-être à la consommation, au fonctionnement et non pas à l’investissement. Mais tel que je vois dans nos pays aujourd’hui, quand vous regardez l’Éthiopie, quand vous regardez le Rwanda. Ces pays-là sont sur la voie de l’industrialisation et du développement donc il faut corriger le discours qui consisterait à faire peur aux Africains, ceci dit il faut que les Africains continuent à ouvrir l’œil. La Chine nous propose et on regarde, on va évaluer au bout d’un certain nombre d’années, on va évaluer la Chine et on saura si c’est nous qui avons gagné, si la Chine a gagné, ou bien si nous avons gagné 50/50% comme la Chine propose.

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