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Venezuela: Maduro poursuit sa thérapie de choc

Par Aabla Jounaïdi

Les pays voisins du Venezuela tentent de trouver une réponse coordonnée à la crise migratoire qui sévit en ce moment. Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont afflué dernièrement au Pérou, en Colombie. Un exode dû à la crise qui sévit dans leur pays. Crise économique qui n’en finit plus. Avec cette hyperinflation, record absolu sur le continent : 80 000 % en juillet. Le gouvernement de Nicolas Maduro poursuit sa thérapie de choc censée relancer l’économie. Les banques doivent désormais adopter comme unité de compte le petro, la cryptomonnaie controversée à côté du bolivar souverain, l’ancien bolivar amputé de cinq zéros la semaine dernière. Du jamais vu.

Le gouvernement poursuit ses expériences pour tenter de contenir l’effondrement de la monnaie locale. Il y a 10 jours, il avait inauguré le bolivar souverain, c’est l’ancien bolivar amputé de 5 zéros. Formule classique déjà éprouvée dans le passé sur le continent, mais qui ne change rien en l’occurrence. S’il y a 10 jours, il fallait 60 de ces nouveaux bolivars pour obtenir un dollar, ce mercredi matin c’est 86 bolivars. La monnaie ne cesse de se dévaluer.

Le gouvernement mise toujours sur le petro, cette cryptomonnaie dont la valeur est censée être soutenue par les réserves de pétrole (60 dollars le baril). Mais le problème, c’est que le pays a aussi de plus en plus de mal à exporter son brut à cause des sanctions contre le régime de Nicolas Maduro. Cela reste donc très théorique. L’Etat n’a pas les réserves en dollars pour assurer cette convertibilité donc difficile pour les Vénézuéliens de se fier à cette monnaie.

Le gouvernement veut proposer d’investir dans des lingots d’or !

Il a annoncé aussi ce lundi une offre d’obligations adossées à des mini-lingots d’or de 1,5 à 2,5 g. Ceux qui y souscriront obtiendront des petits certificats en forme de carte de crédit dorée. La valeur des lingots ? Celui de 1,5 g équivaudrait à 3 502 bolivars (une soixantaine de dollars aux taux officiels par exemple). Une manière d’adosser son épargne à une matière première plus stable que le bolivar voire même le pétrole.

Là encore, le problème c’est qu’on voit mal qui dans un pays où les prix doublent tous les mois et où l’extrême pauvreté concerne désormais 60 % de la population irait mettre de l’argent dans un bas de laine comme celui-ci.

Le gouvernement a proposé d’améliorer la vie de ses concitoyens en décrétant une hausse du salaire minimum de 3000 % (ce salaire est actuellement de 30 dollars ), une hausse qui entrerait en vigueur samedi prochain, le 1er septembre. Mais les économistes soulignent que cette augmentation qui serait faite en bolivar ne ferait qu’alimenter l’inflation et ne serait donc pas du tout synonyme d’une augmentation des revenus.

Et les économistes nous renvoient aux crises de l’Argentine et du Zimbabwe pour comprendre ce mécanisme. Par ailleurs, les entreprises, elles-mêmes prises à la gorge par le manque d’accès aux liquidités qui empêche d’importer quoi que ce soit, ne voient pas comment elles pourraient payer ce surcoût du salaire. En théorie, depuis le 20 août, les Vénézuéliens peuvent à nouveau se fournir en dollars aux taux réels dans des bureaux de changes de Caracas. Ce qui n’était plus le cas depuis 2013.

Des mesures pour augmenter les rentrées d’argent

Au milieu de ce marasme l’Etat, qui a un déficit monstrueux de 15 % du PIB, a annoncé l’augmentation de la TVA de 12 à 16 % et l’introduction d’une taxe sur les transactions financières. C’est une mesure extrêmement sensible dans un pays où le carburant est le moins cher au monde. En fait, il est quasiment gratuit. Pour tenter de limiter l’impact de la contrebande de pétrole qui coûterait à l’Etat 15 milliards de dollars par an selon le pouvoir, Nicolas Maduro va augmenter le prix du carburant, qui resterait subventionné uniquement pour les détenteurs d’un « carnet de la Patrie ».

à (re)lire: Des groupes pétroliers internationaux au chevet du brut vénézuélien

Pour l’instant, on ne connaît pas l’ampleur de cette augmentation. Ce qui est certain, c’est que la contrebande n’a pas cessé, car de nombreux Vénézuéliens n’ont pas trouvé d’autres moyens pour survivre que de vendre du carburant à la frontière. Sous les regards des milliers d’autres Vénézuéliens qui tentent de partir, on l’a vu.

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