rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
  • L'Espagne opposée à un blocage de l'accord UE-Mercosur (présidence)
  • L'Espagne opposée à un blocage de l'accord UE-Mercosur (présidence)
Invité Afrique
rss itunes deezer

Ebola en RDC: «Oicha est dans une zone rouge, cela rend l'intervention difficile»

Par Florence Morice

La lutte contre l’épidémie d’Ebola est à un moment « charnière », déclaration de l’OMS hier à Genève, 24 jours après la déclaration officielle de l’épidémie et alors qu’un premier cas a été confirmé cette semaine à Oicha une zone considérée comme « rouge » à cause des groupes armés qui sévissent dans ce territoire. Le « scénario que tout le monde redoutait » selon l’OMS. Alors que signifie l’apparition de ce nouveau cas ? Où en est la lutte contre la maladie ? Comment s’organise la riposte ? Michel Yao, responsable des urgences pour le bureau Afrique de l’OMS, répond aux questions de Florence Morice.

RFI: Pourquoi ce cas d’Ebola, confirmé à Oicha, vous inquiète-t-il particulièrement, à l’Organisation mondiale de la la Santé (OMS) ?

Michel Yao: Parce que Oicha, en termes de sécurité, se trouve dans une zone rouge et par conséquent, cela rend l’intervention difficile. On redoutait cela, depuis un certain temps, parce que tous ces aspects qui permettent d’arrêter une épidémie sont difficiles à mettre en place, dans un contexte d’insécurité.

A Oicha, 97 cas contacts ont été identifiés. Est-ce qu’aujourd’hui, il est possible de les suivre correctement, dans cette zone ?

Il est possible de les suivre. Ces trois derniers jours, des équipes se sont rendues à Oicha pour pouvoir faire le suivi des contacts. Nous essayons aussi de renforcer les compétences locales, notamment le médecin chef de zone qui couvre toute cette partie, a été formé, avec son équipe, pour pouvoir faire le suivi des contacts. Nous allons même essayer de renforcer la capacité de l’hôpital à pouvoir, ne serait-ce qu’isoler un patient suspect, et pouvoir ainsi lancer l’alerte pour que l’on puisse faire des investigations ou évacuer un patient dans les Centres de traitement qui sont autour de Oicha.

Que voulez-vous dire lorsque vous dites « nous sommes à une période charnière » de la lutte contre cette épidémie ?

Nous sommes à une période charnière parce que nous avons eu un pic de contamination vers la fin de juillet, début août. Quand on regarde la période d’incubation, on arrive à la fin d’un cycle où si ces sujets contaminés devaient en contaminer d’autres, on aurait pratiquement eu la plupart des malades. Si nous n’avons pas raté de contacts, on devrait arriver à une réduction massive du nombre de cas. Mais si des contacts nous avaient échappé, on rentrerait alors dans un nouveau cycle où l’on pourrait avoir de nouveaux cas qui pourraient se manifester.

Cela veut dire que le début de la semaine prochaine va être déterminant ?

Oui. Nous resserrons la surveillance pour que les réseaux communautaires pussent nous rapporter des cas de décès communautaires ou bien de personnes qui auraient des symptômes qui ressembleraient aux symptômes de la maladie à virus Ebola.

Quels sont les facteurs qui pourraient faire que des contacts ont été ratés ?

Dans cette zone, nous avons une certaine densité de population. Nous avons aussi un mouvement de population lié non seulement aux facteurs d’insécurité mais aussi à des échanges commerciaux entre provinces ou entre pays. Ces facteurs peuvent faire en sorte que des contacts puissent nous échapper, comme par exemple des contacts de gens qui seraient partis sans que la personne contaminée se rappelle. C’est ce qui fait que nous ne pouvons pas, au tout début du moins, avoir toute la certitude que nous n’aurions pas raté de cas.

Durant l’épidémie qui a touché l’Afrique de l’Ouest, les Centres de santé ont été désertés par la population, par peur, ce qui fait que, in fine, il y a eu davantage de décès à cause du paludisme que d’Ebola. Est-ce qu’on observe le même phénomène ici ?

Pour le moment, ce que nous observons sur le terrain ne permet pas de dire qu’il y a désertion. Même à Mangina, l’hôpital continue de marcher. Avec les autorités nationales, nous avons aussi introduit la gratuité des soins. Les patients peuvent donc se faire soigner gratuitement.

Comment le personnel médical est-il formé pour détecter des cas qui pourraient se présenter et pour ne pas contaminer les autres patients ?

Nous avons ce que l'on appelle la « Prévention et le contrôle des infections ». Il s’agit d’un programme qui vise à former le personnel mais aussi à mettre à disposition des équipements de protection. Ils peuvent se protéger contre la maladie mais aussi ne pas transmettre la maladie à d’autres personnes.

Comment se fait-il que le premier cas confirmé ici, à Oicha, soit décédé le 13 mai et que l’épidémie n’ait été déclarée que le 1er août ?

Cela peut arriver. Au tout début, les symptômes d’Ebola ressemblent fortement à d’autres symptômes. Il y a aussi des interprétations culturelles de décès. Souvent, de ce que nous avons entendu, des enquêtes de connaissance d’Ebola montrent que les décès liés à Ebola pourraient être liés à la sorcellerie ou encore à d’autres aspects. Dans le cas présent, l’alerte a été donnée. En effet, quand on a eu un groupe de personnes décédées, c’est devenu un phénomène anormal et hautement suspect qui a suscité des investigations et la collecte d’échantillons pour la confirmation.

Au même moment, il y avait une grève du personnel infirmier dans les structures de santé de la province qui protestaient contre leurs mauvaises conditions de travail et ne rapportaient plus les informations comme elles le font habituellement. Cela a-t-il pu jouer aussi dans ce retard ?

C’est possible. La bonne chose c’est que, quand il y a eu ce groupe de décès, cela a été notifié. Je pense que le personnel médical, malgré la grève, aurait signalé quelque chose de hautement anormal parce que cela pourrait aussi affecter leur environnement, leur propre famille. Lorsqu’on regarde les courbes selon les enquêtes rétrospectives, on a des cas qui sont séparés, souvent des cas uniques. Et en ce moment, sans la confirmation des laboratoires, il est très difficile de dire qu’il s’agit de la maladie à virus Ebola.

Esclavage: «Ces mémoires que l'on fouille, donnent des armes pour affronter l'avenir»

Marc Lavergne: au Soudan, «on arrive à un point d’équilibre qui n’était pas garanti»

Une condamnation de Beny Steinmetz «serait un signal fort contre la corruption»

Smockey: «le syndrome de la pintade», une pièce musicale sur «le mal des élites»

«Fake news» en Afrique: «Facebook devrait pouvoir investir beaucoup plus»

Débarquement de Provence: «Un Noir ne pouvait pas commander à des Blancs»

RCA: pour l'ONU, «un accord de paix n'est jamais parfait, c'est un compromis»

Ebola en RDC: il faut un «débat ouvert» sur les expériences médicales (MSF)

Histoire générale du Sénégal: «Il y a des zones d’ombre à clarifier»

Jean-Baptiste Ouédraogo: «J’ai joué un rôle d’apaisement» en septembre 2015

Tibor Nagy: «Tshisekedi évolue dans un cadre constitutionnel très restreint»

Soudan: «Nous avons pu faire que cette crise soit réglée par les États africains»