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RDC: pour Moïse Katumbi, «le plus important c’est d’avoir un candidat commun de l’opposition»

Par Vincent Dublange

En République démocratique du Congo (RDC), l’opposant Moïse Katumbi n’a pas pu déposer sa candidature à temps mais espère toujours pouvoir le faire. Dans tous les cas, il annonce qu’il soutiendra le candidat unique décidé par les partis d’opposition à la majorité présidentielle.

RFI : Les 3 et 4 août, vous avez tenté de rentrer en République démocratique du Congo (RDC), via l’aéroport de Lubumbashi, puis le poste-frontière de Kasumbalesa, en Zambie. Les autorités congolaises disent que vous n’avez jamais fait de demande d’atterrissage à Lubumbashi et que vous n’avez pas franchi la frontière zambienne. Le ministre de la Justice parle d’un « show organisé ». Que lui répondez-vous ?

Moïse Katumbi : C’est parce que le ridicule ne tue pas. J’ai demandé officiellement l’atterrissage à Lubumbashi, c’était à partir de l’aviation civile sud-africaine. Il y a une demande officielle et le secrétaire général d’Ensemble [pour le changement, le mouvement de Moïse Katumbi], monsieur Delly Sesanga, est allé déposer officiellement aussi la demande au ministère des Transports, et ils ne voulaient pas que je puisse retourner chez nous. Et ce n’est pas la première fois. J’avais fait même une demande, si vous vous rappelez, lors du décès de Papa Wemba [24 avril 2016]. Ils ont refusé aussi. Et je suis allé à Kasumbalesa. Ils ont bloqué la frontière pendant deux jours. Mais il y a des preuves, il y a des camions, j’étais là sur place. Ils ont peur de Moïse Katumbi. Ils ne veulent pas que je puisse rentrer. Si je voulais rentrer, ce n’était pas pour la guerre, c’était pour aller postuler.

La date-butoir de dépôt des candidatures est désormais passée. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) doit rendre son verdict ce vendredi 24 août. Est-ce que vous avez encore de l’espoir d’être candidat malgré le fait que vous n’ayez pu rentrer dans le pays ?

Je suis légaliste, donc j’ai fait un recours au Conseil d’Etat. J’attends. J’ai la foi que lors du jugement, je vais retourner au pays, aller postuler donc. J’ai envoyé mes avocats qui ont déposé un recours au Conseil d’Etat.

S’il y a une réponse négative, est-ce que vous abandonnerez le combat ou est-ce que le combat continuera sous une autre forme ?

Le combat va continuer parce que je n’ai rien fait. Le combat va continuer. Monsieur Joseph Kabila veut choisir ses candidats et il utilise la justice pour priver les autres candidats à postuler. Et aussi là, il ne veut pas d’inclusivité. Il veut choisir ses propres candidats, ses candidats pairs.

Il y a des mobilisations qui sont annoncées par le mouvement Lutte pour le changement, la Lucha. Une rencontre aussi a eu lieu récemment entre la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et le Conseil œcuménique. Cela peut-il changer la donne en votre faveur notamment ?

Ce que je suis en train de demander, c’est pour tous les candidats. Nous avons besoin de la paix. Nous avons besoin de l’inclusivité. Nous avons besoin de la transparence lors des élections. Moi, je crois que monsieur Kabila doit revenir à la raison parce que là, il est en train de détruire le pays.

Vous avez parlé d’« inclusivité ». C’est un mot justement qui ne figure pas dans le communiqué final de la Communauté de développement d'Afrique australe, la SADC. Etes-vous déçu ?

Je ne suis pas déçu parce que la SADC est allée même plus loin. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas parlé d’inclusivité. Dans l’accord de la Saint-Sylvestre, on parle d’inclusivité. Dans la résolution du Conseil de sécurité, on parle d’inclusivité. Moi-même, j’étais à Windhoek [Namibie] avant la réunion et j’ai rencontré beaucoup de chefs d’Etat. Le nouveau président de la SADC, le président namibien [Hage Geingo], avec votre collègue Sonia Rolley, a parlé d’inclusivité.

Vous avez tenté effectivement de mobiliser la communauté à la fois sous-régionale et internationale plus largement. On a quand même l’impression que cela n’a pas totalement réussi ?

Aujourd’hui, Kabila n’est plus candidat. Donc c’est une grande joie pour moi parce que Kabila voulait faire un troisième mandat. Donc c’est une grande victoire pour le peuple congolais. Malheureusement il y a eu beaucoup de morts. Je suis très content aujourd’hui au moins, on sait qu’il y a mes frères congolais qui sont candidats. Mais ce que je demande, c’est qu’on ne puisse pas exclure encore d’autres candidats parce que Kabila a peur des poids lourds de l’opposition.

C’est à peu près le discours qu’a tenu Léon Kengo wa Dongo il y a quelques jours, ce mardi 21 août sur RFI. Le président du Sénat de la République démocratique du Congo vous présente comme « un fils du peuple qui devrait pouvoir rentrer et se présenter ». Est-ce que c’est une voix isolée ou est-ce que cela peut vraiment avoir un poids politique en votre faveur ?

Ce n’est pas une voix isolée, c’est d’abord la deuxième personnalité. C’est le président du Sénat, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience. S’il demande l’inclusivité parce qu’il aime son pays, il ne veut pas que le pays soit déstabilisé après les élections. S’il a dit que Moïse Katumbi doit rentrer parce qu’il sait très bien que ce sont des faits politiques, qu’on m’a condamné injustement sur instrumentalisation de monsieur Kabila. Et je crois que le président du Sénat, monsieur Kengo wa Dongo, veut que la paix puisse régner après les élections dans notre pays.

Le 8 août, le président Joseph Kabila a désigné le candidat du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de la majorité, pour l’élection du 23 décembre prochain. Il s’agit d'Emmanuel Ramazani Shadary. Joseph Kabila donc ne se présente pas. Est-ce une surprise pour vous qui le connaissez plutôt bien ?

Ce n’est pas une surprise. Il a été forcé de choisir un dauphin parce qu’il y avait la pression : il y avait la population congolaise, il y a eu l’Eglise catholique qui était là, le CLC [Comité laïc de coordination]. Pour moi, ce n’est pas une surprise. Je savais qu’il allait lâcher vers la fin, mais c’est triste parce qu’il part après deux ans. Il nous laisse des fosses communes à Kinshasa, au Kasaï, un peu partout. Il y a des gens qui sont morts inutilement. S’il était parti au mois de décembre 2016, il serait le père de la démocratie congolaise. Aujourd’hui, il a raté d’être le père de la démocratie. J’avais parlé personnellement avec lui pour qu'il respecte la date. Il y a une vie après la présidence de la République. Malheureusement, lui-même n’a pas voulu parce qu’il est adulte, il n’a pas voulu partir bien à temps. On n’aurait pas tous ces problèmes. Maintenant il va partir avec des problèmes.

Des élections libres et transparentes, vous évoquiez la machine à voter. Vous y croyez ?

Il n’y aura pas d’élections transparentes. Et nous n’allons pas accepter n’importe quelle élection. Monsieur Kabila veut nous imposer des choses. D’abord, la machine à voter n’est pas dans la loi électorale. C’est une chose qu’ils ont boutiquée avec le président de la Céni et le FCC. Nous ne serons pas d’accord pour utiliser la machine à voter parce que cette machine à voter va créer beaucoup de problèmes, va créer beaucoup d’instabilité même dans la sous-région. Nous sommes prêts pour les élections libres et transparentes, inclusives, où on ne va pas utiliser la machine à voter.

Si vous ne parvenez pas à vous présenter, qui soutiendrez-vous dans l’opposition ?

Pour moi, le plus important, c’est quoi ? Je vais me battre jusqu’à la fin parce que je sais ce que je suis en train de faire. Je n’ai rien fait. Tous ces procès, ce sont des mascarades. Je crois qu’il y a eu le rapport des évêques après leurs investigations. De toutes les façons, au niveau de l’opposition, nous allons nous mettre ensemble pour discuter d’un candidat de l’opposition parce que les élections se jouent à un seul tour. Si on choisit Félix Tshisekedi ou Jean-Pierre Bemba par la majorité des opposants, je vais les supporter. Si c’est moi, si j’arrive à postuler, si j’arrive à déposer ma candidature, ce sera vice-versa. Pour moi, le plus important, c’est d’avoir un candidat commun de l’opposition. C’est lui qui va nous faire gagner les élections.

Mais si vous n’y êtes pas, Félix Tshisekedi ou Jean-Pierre Bemba par exemple ?

De toutes les façons, ce n’est pas à moi seul de décider. Nous sommes une opposition responsable. Nous allons nous mettre ensemble. Nous allons discuter. Nous allons voir le pour et le contre, et surtout ce que nous voulons sauver, nous voulons sauver le pays. Nous voulons sauver la population congolaise. Nous allons choisir un candidat qui va nous amener à la victoire et qui va redresser l’économie de notre pays.

Pour « sauver le pays », quels sont les éléments programmatiques qui constitueraient pour vous la base de la négociation que vous auriez avec les autres mouvements d’opposition ?

Chaque candidat a son programme. Quand j’avais parlé de 100 milliards, les gens n’étaient pas d’accord avec moi. Mais si vous regardez, même chez les autres candidats de l’opposition, 100 milliards pendant cinq ans pour la République démocratique du Congo, ce n’est rien du tout si elle est sérieuse. D’abord, on va avoir un programme commun. Nous avons nos programmes et nous allons nous mettre ensemble, corriger ce qui n’est pas bon dans ce que nous avons comme programme et présenter un programme qui va sauver notre pays, parce que le pays est par terre aujourd’hui. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’énergie, les gens sont très mal payés, il n’y a plus d’autorité de l’Etat, il n’y a plus d’infrastructures et les richesses du Congo sont pillées.

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