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Pourquoi l’Ethiopie a besoin d’ouvrir son économie

Par Dominique Baillard

Le vent du changement souffle sur l'Ethiopie depuis l'arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed, le jeune Premier ministre nommé au printemps. C'est vrai sur le plan diplomatique, comme sur le plan économique.

Abiy Ahmed a réconcilié son pays avec l'Erythrée, mais aussi avec l'Egypte, avec la Somalie et en ce moment il boucle une première visite très remarquée aux Etats-Unis où il a renoué avec la diaspora, rencontrant des dizaines de milliers de compatriotes exilés pour fuir la répression. Ses succès diplomatiques spectaculaires sont les résultats les plus visibles de la politique d'ouverture qu'il mène à un rythme effréné depuis son arrivée au pouvoir. Ce sont aussi les ingrédients de base indispensables pour réaliser son agenda économique. La libéralisation totale d'une économie encore largement administrée par l'Etat, un peu sur le modèle chinois.

Ce modèle lui a plutôt réussi jusqu'à maintenant ?

L'Ethiopie est l'une des économies les plus performantes du continent. En dix ans le PIB par habitant a triplé et la pauvreté a été réduite de moitié. Et la trajectoire reste ascendante. On s'attend cette année à une croissance de 8,5%, un chiffre à la fois astronomique dans la moyenne de ce que connaît le pays depuis 2005. Principalement avec l'argent de la Chine, l'Ethiopie a cherché à devenir un nouvel atelier du monde. En développant tous azimuts les parcs industriels, notamment dans le textile. Mais cette marche forcée ne va pas aussi vite que prévu, elle peine à suivre le rythme de croissance de la population. L'agriculture demeure le premier secteur pour l'emploi et l'exportation. Un peu de concurrence permettrait de changer d'échelle pour fournir des emplois et un revenu décent aux 100 millions d'habitants.

L'Ethiopie est aussi à la recherche de nouveaux moyens de financement?

Car le nouveau tigre de l'Afrique est aujourd'hui un pays assoiffé de devises. Jusqu'à maintenant pour assurer son développement, l'Etat s'est endetté. Beaucoup, voire même un peu trop selon le FMI: sa dette représente 60% de son PIB. Mais l'essor industriel ne s'est pas encore concrétisé par une envolée des exportations, tandis que les importations, surtout en provenance de Chine ont quadruplé en quelques années. D'où le déséquilibre chronique de la balance des paiements. Il y a donc urgence à trouver de l'argent frais pour financer le développement. La diaspora est fortement sollicitée. Abiy Ahmed a fait des appels pressants aux Ethiopiens d'Amérique qu'il a longuement rencontrés ces jours derniers. Les partenariats publics privés font partie des options désormais sérieusement envisagées et enfin un programme de privatisations partielles a été annoncé au mois de juin. Il sera ouvert aux Ethiopiens comme aux étrangers.

Deux champions nationaux, Ethio Telecom et Ethiopian Airlines sont concernés.

C'est une petite révolution, d'abord parce que ces grandes entreprises prospères ont été et sont toujours les vaches à lait de l'Etat mais aussi parce que cette ouverture au capital privé est en rupture avec le dirigisme en vigueur depuis des décennies. Les modalités des privatisations ne sont pas encore connues, vraisemblablement l'Etat pourrait conserver momentanément son monopole sur les activités concernées. Mais qu'à cela ne tienne, les investisseurs étrangers sont déjà très intéressés. Aimantés par le potentiel de ce grand marché en pleine croissance. C'est vrai pour les télécom et le transport aérien mais aussi pour l'énergie et la banque, les autres secteurs touchés par les privatisations.

►En bref,

L'activité industrielle s'essouffle en Chine

En partie à cause de la guerre commerciale. Le resserrement du crédit a aussi joué dans la baisse de l'indice PMI publié ce mardi matin. Ce baromètre fondé sur les carnets de commande est passé de 51,5 à 51,2 le mois dernier. Tant qu'il dépasse la barre des 50, l'activité continue à être en expansion.

Le champion américain de l'agroalimentaire Tyson Foods commence à souffrir de la guerre commerciale.

Ses ventes de porcs vers le Mexique et la Chine sont en difficulté à cause des nouvelles taxes décidées dans ces deux pays en représailles à l'offensive de Donald Trump. L'entreprise a émis hier lundi une alerte révisant à la baisse les bénéfices escomptés cette année, dans la foulée son action a perdu plus de 7% à Wall Street.

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