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Ibrahim Thiaw (ONU) : «Donner une nouvelle dynamique au développement du Sahel»

Par Carine Frenk

Notre invité, Ibrahim Thiaw conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahel, a présenté la semaine dernière à New York le tout nouveau plan d’appui des Nations unies pour le Sahel. Un plan pour des 12 prochaines années (2018-2030) qui vise 10 pays: la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Burkina Faso, le Nigeria et le Cameroun. C'est un plan d'action en 21 points : coopération transfrontalière, maintien de la paix, croissance inclusive ou encore énergies renouvelables, pour sortir la région de l'ornière.

RFI : Le Plan d’appui des Nations unies pour le Sahel peut-il vraiment contribuer à changer les choses ?

Ibrahim Thiaw : Il s’agit de donner une nouvelle dynamique au développement et à la coopération au Sahel. L’idée, c’est de trouver un point de convergence pour résoudre trois crises parallèles qui se superposent au Sahel. Il y a une crise économique évidente et il y a une crise écologique, avec bien sûr, les changements climatiques très, très graves dans la région, il y a une crise sécuritaire. Donc le Plan de soutien que nous avons préparé, sur demande du Conseil de sécurité, est un cadre qui servira, nous l’espérons, de référence à tous les acteurs, à la fois nationaux et internationaux.

Des priorités ?

Nous avons identifié 21 actions prioritaires pour les douze prochaines années. Nous pensons que deux en particulier devraient pouvoir servir de lancement, de rampe de lancement. La première, bien sûr, c’est sur l’agriculture. Un programme d’agriculture adapté au climat. La deuxième priorité qui nous paraît essentielle, c’est la question de l’énergie. Le Sahel est quand même une région qui est très riche en ressources naturelles, en ressources minérales, en gaz, en pétrole, en poissons. Et c’est une région qui a de la terre et qui a de l’eau également si on la valorise très bien. Il va falloir peut-être revoir la façon dont certains contrats sont signés, notamment avec des opérateurs privés sur les questions minières. Il va falloir revoir comment le Sahel exploite ses ressources halieutiques. Est-ce qu’il est possible de débarquer le poisson, de le traiter sur place, de créer des millions d’emplois, plutôt que d’exporter la matière brute à partir des eaux internationales ? Est-ce qu’on peut valoriser davantage l’agriculture sahélienne pour transformer la production agricole, notamment les fruits et les légumes ? Donc, il faut valoriser toutes les ressources naturelles, les transformer, créer des petites et moyennes entreprises, de manière à créer des emplois locaux. Et donc, avec l’énergie renouvelable, notamment la possibilité de créer des sources d’énergie dans les zones les plus reculées avec le soleil et le vent, il y a une nouvelle économie rurale qui peut être créée dans des régions qui jadis n’avaient pas accès à l’électricité.

Et vous intitulez ce programme « Sahel terre d’opportunité ». Les Nations unies prennent donc le parti de l’optimisme à tous crins ?

Disons que oui, le Sahel est une terre d’opportunité. On ne peut pas nourrir les jeunes Sahéliens avec le désespoir et avec des messages négatifs. Il faut donner une nouvelle impulsion et nous souhaitons que les gouvernements sahéliens, également appuyés par la communauté internationale, comprennent bien qu’il faut une nouvelle dynamique. Puisque le plan A n’a pas marché, il faudrait un plan B et un plan B qui tienne sur les pieds.

Mais pourquoi le plan A n’a-t-il pas marché, selon vous ?

Le plan A n’a pas marché, probablement pour diverses raisons. Qui a vu venir la crise libyenne, qui a vu venir les questions sécuritaires qui se sont posées par les mouvements jihadistes et qui a pu imaginer que cela pourrait avoir un impact tel sur l’économie, qu’un pays comme le Niger soit obligé aujourd’hui de dépenser près de 20% de son budget sur la sécurité et donc de dévier son budget du développement vers la sécurité ? Je pense qu’il y a un certain nombre de facteurs qui se sont combinés. Peut-être que, aussi, les bouleversements économiques qui ont été quand même liés au changement climatique quand on voit ce qui se passe au lac Tchad. Tout cela n’a pas pu être perçu à temps. Maintenant, il faut s’adapter. Et il faut qu’on reconnaisse qu’il y a une situation nouvelle qu’on n’a pas pu maîtriser, mais qu’il y a également des opportunités nouvelles qui sont créées, en particulier avec les énergies renouvelables dont la technologie n’était pas présente il y a vingt ans.

Qui finance ? Où en est-on du côté des engagements pris ?

Les engagements sont en cours. Ce qui se passe en ce moment c’est que la croissance économique est plus ou moins neutralisée par la croissance démographique. Donc il va falloir passer à une échelle supérieure. Les financements dont on parle viendront à la fois des budgets nationaux, bien sûr de l’aide au développement, de l’argent de la diaspora. Et cela viendra, bien sûr, complémenter par les financements privés. C’est un paquet qu’il faut mettre en place. Evidemment, tant qu’on n’aura pas le développement on n’aura pas la paix. Tant qu’on ne crée pas le développement, les gens vont être tentés d’aller gagner, peut-être, 100 ou 200 dollars pour aller s’accrocher au diable. Donc il faut créer cette condition, briser ce cercle.

Vous dites : pas de développement sans paix. Mais tant qu’il n’y aura pas de sécurité, il n’y aura pas de développement non plus ?

Absolument. Ça va de pair. C’est pour cela que le plan de soutien que nous avons préparé essaie de trouver un lien entre ces trois crises. La crise sécuritaire, la crise économique et la crise climatique.

Mais la situation sécuritaire s’aggrave. Est-ce que ce n’est pas verser de l’argent dans un puits sans fond ?

Qu’est-ce qu’il faut faire ? Si on laisse faire, ce cancer va s’étendre. Donc, il faut marcher sur les deux pieds. C’est-à-dire à la fois sécuriser le Sahel là où il le faut par les forces conjointes et autres. Mais il faut surtout investir sur le développement pour briser ce cercle vicieux dans lequel se trouvent les populations sahéliennes.

N’est-on pas dans le registre du vœu pieux ?

Je ne crois absolument pas que c’est un vœu pieux. Je suis absolument convaincu que c’est plausible. Nous avons identifié 21 – pas 500, pas 1 000 –, nous avons identifié 21 actions majeures qui vont créer la transformation dont on parle. Donc le plan vient de sortir, on vient de le présenter. Et ensuite, il faudrait que tous les partenaires agissent dans ce cadre-là. Notre rôle, en tant que Nations unies, et nous ne pouvons pas aller plus loin que cela, j’espère bien que vous comprenez que notre rôle n’est pas d’aller diriger les Etats, c’est d’apporter une vision et d’impulser une nouvelle dynamique. Ce n’est pas facile, nous en sommes bien conscients. Si c’était facile peut-être qu’on ne serait pas arrivés à la situation où nous sommes. Mais ce changement est possible avec la volonté politique que nous voyons sur place. Il est surtout possible par l’exigence de cette jeunesse qui veut un autre modèle de développement.

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