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Sall (avocat de Wade): «Si Karim ne peut pas se présenter en 2019, il y aura bagarre»

Par Christophe Boisbouvier

Karim Wade pourra t-il se présenter à la présidentielle sénégalaise de février prochain ? Si l'on en croit les autorités, apparemment non. Le ministre sénégalais de l'Intérieur annonce en effet que la demande d'inscription du fils d'Abdoulaye Wade sur les listes électorales vient d'être rejetée. Mais, depuis le Qatar où il séjourne depuis deux ans, Karim Wade continue de se battre. Amadou Sall est l'un de ses avocats. Il est aussi membre du comité directeur du Parti démocratique sénégalais, le PDS. En ligne de Dakar, il répond aux questions de RFI.

RFI : Le ministre sénégalais de l’Intérieur affirme que c’est le Code électoral qui prive de ses droits civiques toute personne condamnée à plus de cinq ans de prison, ce qui est le cas de Karim Wade.

Amadou Sall : Oui, le ministre de l’Intérieur du Sénégal n’est pas à sa place, puisqu’il appartient exclusivement aux juridictions sénégalaises, au président du tribunal d’instance de Dakar ou à d’autres juridictions, de dire si oui ou non telle personne peut s’inscrire ou pas. Le juge de l’inscription, c’est le juge naturel, le juge qui est habilité et non pas le ministre lui-même. Et d’ailleurs, ce n’est pas au ministre de le dire, c’est à la Commission de rejeter une inscription. Et le rejet par la Commission d’inscription se fait au moment où la personne vient s’inscrire. Et donc, Karim s’est inscrit depuis le mois d’avril 2018 au Koweït, devant la Commission administrative au Koweït. Il a reçu son inscription qui à ce moment-là est devenue définitive. Donc, le ministre de l’Intérieur a pris une décision qui ne relève pas de sa compétence. Cela veut dire qu’il s’agit absolument d’une manipulation politique et administrative pour empêcher Karim Wade de participer à l’élection présidentielle.

Mais de fait, à partir du moment où la loi prive de ses droits civiques toute personne condamnée à plus de cinq ans de prison, est-ce que Karim Wade ne tombe pas sous le coup de cette loi ?

Non, pas du tout. Parce que d’abord Karim Wade n’a jamais été privé de ses droits civils et politiques. Vous vous souvenez très bien que, lorsque l’arrêt de la Cour de répression de l’enrichissement illicite, la CREI, a été rendu, en date du 23 mars 2015, le procureur spécial a demandé publiquement que Karim Wade soit privé de ses droits civils et politiques. Et l’arrêt, qui a été rendu le 23 mars, dit : « Considérant que le ministre de la République a requis l’interdiction pour les condamnés de l’exercice des droits civils, n’autorise ni n’ordonne l’interdiction mentionnée dans l’article 34, qu’il y a lieu dans ces conditions de ne pas prononcer ladite interdiction ». Par conséquent, Karim Wade n’est pas privé de ses droits civils et politiques. Alors, franchement, que le ministre de l’Intérieur se comporte comme un juge, cela nous heurte et cela heurte nos procédures et notre loi. C’est une atteinte absolument inacceptable aux droits. C’est du banditisme d’Etat.

Donc, si je comprends bien, d’un côté il y a la CREI qui autorise Karim Wade à se présenter, mais de l’autre côté, il y a ce Code électoral qui à priori pourrait l’en empêcher ?

Non, le Code ne l’en empêche pas. Le Code électoral rappelle les peines complémentaires. Or, la peine complémentaire d’interdiction du droit de vote est une peine qui ne peut être prononcée que par le juge. Elle ne s’induit jamais d’une décision administrative, parce qu’elle est trop grave. Quand on est privé de l’ensemble de ses droits, il est évident qu’il ne peut y avoir qu’un jugement qui le prononce. Mais sinon, on laisse à l’autorité administrative la possibilité de prononcer la mort juridique d’un citoyen. Parce qu’être privé du droit d’asile, du droit civique et du droit de famille à vie, c’est la mort juridique. Or, le ministre de l’Intérieur du Sénégal nous dit que Karim - juridiquement - est un citoyen mort. Ce n’est pas acceptable.

Donc qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez former un recours ?

Oui, nous allons former un recours. Mais au-delà du plan judiciaire, lorsque le pouvoir politique manque aussi gravement à ses devoirs, lorsqu’il s’assoit sur sa vertu, il ne nous reste qu’une seule chose, c’est le combat politique pour faire cesser une violation aussi manifeste des droits du citoyen. Si Karim Wade, par un subterfuge administratif, ne participe pas à l’élection, nous disons que premièrement il n’y aura pas d’élection et deuxièmement, quoi qu’il arrive, Macky Sall à ces conditions-là ne peut pas non plus se présenter aux élections, en éliminant systématiquement tous ceux qui sont susceptibles de constituer pour lui de véritables adversaires politiques. Cela ne peut pas se passer en démocratie ainsi.

Autre obstacle sur la route de Karim Wade : en 2015, il a été condamné à une amende de quelque 210 millions d’euros et aujourd’hui les autorités sénégalaises font savoir que s’il rentre du Qatar sans payer cette amende il retournera en prison.

Oui, Karim Wade conteste à la fois la légalité et la légitimité du tribunal qui l’a condamné. C’est un tribunal qui avait été supprimé depuis très longtemps, qui a été exhumé par Macky Sall sur la base d’un simple décret et qui ne permet pas l’exercice des voies de recours, notamment la voie de recours que constitue l’appel. C’est précisément pour ces raisons que le procureur de Paris, la Cour d’appel de Paris et le juge d’instruction de Paris ont tous rejeté les conclusions de cette décision, en estimant que cela ne peut pas s’appliquer en France. Cela a été fait au Luxembourg et cela vient d’être fait seulement hier par la Cour d’appel de Monaco, qui dit que cette décision de la CREI - la Cour de répression de l’enrichissement illicite - ne peut pas s’appliquer dans la Principauté de Monaco. Donc, puisqu’on ne reconnaît pas cette décision-là, cette juridiction, naturellement Karim Wade n’est pas du tout disposé à payer parce qu’il ne se sent pas coupable du tout. On lui réclame de l’argent pour des motivations purement politiques. Pour les mêmes motivations politiques, il ne paiera rien du tout.

Si Karim Wade ne peut pas se présenter en février prochain, est-ce que votre parti PDS n’a pas intérêt à réfléchir à un plan B ?

Non, nous n’allons pas, aux pieds de Macky Sall, jeter nos armes et déclarer forfait. On ira jusqu’au bout. C’est soit le respect de la loi, soit le combat pour que ceux qui veulent violer la loi puissent dégager. Il y aura une élection présidentielle au Sénégal qui se passera normalement et Karim Wade y participera, ou il y a une volonté de faire des élections truquées et à ce moment-là il n’y aura pas d’élection du tout et ce sera la bagarre.

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