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Allemagne: le procès des terroristes néo-nazis prend fin

Par Pascal Thibaut

Plus de cinq années de procès, 437 jours d'audience, un millier de classeurs, dix personnes innocentes assassinées et des questions qui restent ouvertes : le jugement a été prononcé aujourd'hui à Munich contre les accusés de la NSU, une cellule terroriste néo-nazie. Une affaire hors du commun qui a traumatisé l'Allemagne.

La NSU qu’on peut traduire par « Clandestinité nationale-socialiste », c’est au départ une bande de copains, un trio composé d’une femme et de deux hommes. Ils ont grandi dans l’ex-RDA et se radicalisent dans les années 90 après la réunification allemande et font leurs premières armes dans la scène d’extrême-droite en Thuringe où ils se font remarquer. Lors d’une perquisition de leurs garages à la fin des années 90, un arsenal impressionnant d’explosifs est découvert. Le trio opte pour la clandestinité. Pour survivre, ils braquent des banques.

Puis commence une série de meurtres qui frappent des étrangers avec des attentats perpétrés contre des bars ou de petits magasins. Au total, huit Turcs et un Grec sont tués, de nombreuses personnes sont blessées. Les proches des victimes dénoncent des actes xénophobes. La police ne prend pas cette piste au sérieux, ne voit pas de lien entre les différents attentats et évoque plutôt des règlements de compte au sein des communautés étrangères concernées. La dixième et dernière victime est une policière tuée dans son véhicule de fonction.

Cette cavale meurtrière s’achève après une douzaine d’années en 2011. Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt sont piégés par la police après un énième braquage de banque. Ils mettent le feu à leur caravane et y trouvent la mort. Beate Zschäpe se rend quelques jours plus tard à la police après avoir fait exploser l’appartement où le trio résidait en Saxe. Une vidéo revendique les faits commis. La NSU est révélée au grand jour comme les liens entre toutes les actions commises.

Un procès hors norme

La procédure judiciaire est l’une des plus importantes et des plus longues de l’Allemagne d’après-guerre. Beate Zschäpe, la survivante du trio, est au centre du procès aux côtés de quatre coaccusés qui ont soutenu activement la NSU. Zschäpe, qui n’a aucunement collaboré avec les enquêteurs, n’a pas commis d’attaques directement, a toujours nié être au courant des agissements de la cellule à l’avance et d’avoir été, comme le disait l’avocat des proches des victimes, une gentille femme au foyer qui s’occupait de l’intendance et jouait les voisines modèles pour camoufler les activités criminelles du groupe.

Le parquet considère Beate Zschäpe comme « un être froid et calculateur pour lequel la vie humaine ne joue aucun rôle ». Les magistrats estiment qu’elle est totalement coresponsable des assassinats commis par la NSU. La perpétuité assortie d’une peine de sûreté a été requise contre elles. Ses déclarations sur une rupture avec l’idéologie néonazie et ses excuses présentées aux proches des victimes n’ont pas convaincu puisqu'elle a été condamnée à perpétuité.

Le dysfonctionnement des autorités

Le procès, mais aussi les recherches des journalistes comme différentes commissions d’enquête parlementaires au Bundestag et dans des parlements régionaux ont mis à jour l’échec massif des autorités, les dysfonctionnements des services de sécurité et les liens sulfureux entre certains de ces services et les milieux d’extrême-droite.

Pourquoi le caractère raciste des différents meurtres n’a pas été identifié ? Pourquoi les liens entre les attentats n’ont pas été établis ? La pratique des informateurs des services de renseignement rémunérés a été critiquée ? A quoi ont-ils servi ? A-t-on finalement financé indirectement des groupes néo-nazis ? Des dossiers ont été curieusement détruits par certains services de renseignement. Voulaient-ils cacher leurs agissements ?

Au terme de ce procès, des questions restent toujours ouvertes et taraudent les proches des victimes qui l’ont rappelé hier lors d’une conférence de presse. Comment la NSU a-t-elle choisi ses victimes ? Pourquoi telle ou telle personne devait-elle mourir ? De quelles ramifications, de quels soutiens bénéficiait le trio terroriste ? Depuis son arrestation, les autorités semblent plus vigilantes, mais un avocat ne veut pas exclure qu’une telle structure terroriste ne puisse pas à nouveau voir le jour.

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