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Tiguidanke Camara, un mannequin sur les sites miniers

Par Stanislas Ndayishimiye

Une grande et belle femme dans l’univers de la mine. Tiguidanke Camara est propriétaire d’une holding, Tigui Mining Group, qui opère en Afrique de l’Ouest dans l’or et le diamant. C’est l’une des rares femmes, peut-être même la seule, à s’être lancée dans l’exploration minière. Portrait.

Fille d’un politicien et d’une mère entrepreneuse, cette Guinéenne est aussi américaine. Née à Conakry, elle fait ses études d’abord dans son pays de naissance, ensuite au Maroc et enfin aux Etat-Unis, où elle va avoir une belle carrière de mannequin. C’est une femme qui sort de l’ordinaire. Elle est passée des podiums de la mode aux gisements miniers en Afrique de l’Ouest sans crier gare.

Cette femme affable s’intéresse au secteur depuis longtemps. « J’ai commencé de manière informelle dans le secteur minier depuis l’âge de 22 ans et de manière formelle depuis 2008 [en achetant 28% d’une société minière]. Mais officiellement, ma 2e compagnie, c’est Camara Diamond Traiding Network que j’ai créée en 2009 en Guinée, qui représente toutes mes activités minières et agricoles en Guinée. Et j’ai créé ma holding, Tigui Mininq Group (TMG) en 2012. »

Oser entreprendre et accepter qu’on peut connaître des échecs

Les licences d’exploration qu’elle possède valent aujourd’hui 40 millions de dollars, mais TMG n’est pas encore passée en phase d’exploitation. Pour se lancer dans l’exploration minière, Tiguidanke Camara a ainsi engagé 15 millions de dollars en fonds propres. Elle s’intéresse dans un premier temps au sous-sol guinéen et au sous-sol ivoirien. Elle comprend l’étonnement que suscite son implication dans l’or et le diamant ; des domaines dominés par les hommes.

Mais elle dit qu’il faut oser : « C’est un monde presque exclusivement masculin, mais il y a pas mal de femmes maintenant qui sont propriétaires de compagnies minières. Peu importe le secteur que l’on choisit, l’échec fait partie de la réussite. Il ne faut donc pas avoir peur de s’engager dans un domaine dont on n’a pas la maîtrise. Mais ce qu’il faut, c’est s’éduquer, c’est s’entourer de personnes qui connaissent le secteur, avoir des mentors qui vont pouvoir te guider dans les décisions et il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. »

A l’approche de la cinquantaine, aînée d’une famille de cinq enfants, Tiguidanke Camara est l’exemple pour celle qui est au milieu de la fratrie, Mariama Camara. « Si j’avance aujourd’hui dans la mode, c’est franchement grâce à Tigui, parce que c’est l’une des filles guinéennes qui a vraiment osé. C’est l’une des premiers grands mannequins de la Guinée. Et moi en grandissant, je me suis dit : si ma grande sœur peut le faire, moi aussi je peux le faire. Elle m’a donc donné beaucoup de courage. »

Un changement de carrière qui ne rassure pas sa famille au début

Femme ambitieuse, Tiguidanke Camara a décidé de mettre fin au mannequinat au début des années 2000, après avoir mis au monde des jumeaux. Mais c’est l’incompréhension à ce moment-là de la part de sa petite sœur Mariama Camara. « Je ne l’ai pas bien pris, parce que je me suis demandé pourquoi elle décidait d’arrêter [le mannequinat]. Bien sûr qu’elle a eu des jumeaux, mais moi je voulais qu’elle continue. J’avais peur pour elle, je ne pensais pas qu’elle allait être là où elle est [aujourd’hui]. »

« Je pensais qu’elle était folle, même si notre grand-père était diamantaire en Sierra Leone, ajoute Mariama. Donc, ce qu’elle fait, c’est quelque chose qui est déjà dans la famille. Mais pour qu’une femme le fasse… Moi franchement, je n’y croyais pas au début. C’est un secteur où les choses ne sont pas toujours claires. Quand une femme te dit : je me lance dans les mines, c’est comme si elle te disait, il y a 20 ans, qu’elle veut être présidente de la République. Pour moi c’était la même chose. »

Tiguidanke Camara a de la volonté à revendre et se donne les moyens d’atteindre ses objectifs, selon Serge Doh, qui travaille notamment dans l’inclusion financière. C’est l’un des amis que l’ancien mannequin a rencontré depuis qu’elle s’est lancée dans le secteur minier. Il la décrit comme « une dame qui a de la poigne, c’est donc une dame de fer. Etre dans le secteur de l’or aujourd’hui quand on est une femme, c‘est qu’elle a un caractère d’homme. C’est à saluer et c’est à encourager. »

Sauf que pour Tiguidanke Camara, il n’y a pas de caractère d’homme et de caractère de femme pour diriger. « Je suis d’accord avec elle », concède Serge Doh, « parce que le leadership en lui-même n’est ni masculin ni féminin, on devrait avoir une égalité face aux réalités du monde ; elle a raison. Mais la réalité nous rappelle que c’est un monde d’hommes. »

La concurrence dans le secteur minier n’effraie pas l’ancien mannequin. Généreuse dans la vie, parfois au grand dam de ses proches, qui ont peur qu’elle se fasse avoir, Tiguidanke Camara milite pour que les retombées de l’exploitation du sous-sol africain serve à l’amélioration des conditions de vie des gens.

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