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Judi Rever :«Je ne nie pas le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994»

Par Christophe Boisbouvier

« In the praise of blood - The crimes of the Rwandan Patriotic Front » - « Eloge du sang - Les crimes du Front patriotique rwandais »... C'est le titre d'un livre-enquête, publié en anglais aux éditions Random House et qui fait scandale. Son auteur, la journaliste canadienne Judi Rever, affirme qu'à l'époque du génocide des Tutsis au Rwanda, quelque 500.000 Hutus ont été massacrés par le FPR, le Front patriotique rwandais, et qu'il s'agit, là aussi, d'un génocide. Judi Rever est-elle négationniste ? Elle s'en explique sur RFI...

RFI : Sur les crimes commis par le FPR quels sont les éléments nouveaux que vous apportez ?

Judi Rever : Les éléments nouveaux, j’explique que dans la capitale à Kigali et dans d’autres régions, les commandos du FPR ont infiltré dans les mois avant le génocide les milices Interahamwe et d’autres milices et [que ces commandos] ont participé directement au massacre des Tutsis. Ça c’est un élément très nouveau et choquant.

Vous affirmez, en effet, que des commandos du FPR, qu’on appelait des techniciens, infiltraient les Interahamwe pour participer au massacre de leurs frères Tutsis. C’est une accusation extrêmement grave. Sur quels témoignages vous appuyez-vous ?

Les témoignages, les informations sur l’infiltration par le FPR des milices hutues sont documentés dans un rapport confidentiel du TPIR [Tribunal pénal international pour le Rwanda] par des enquêteurs qui travaillaient pour les enquêtes spéciales sous Carla Del Ponte. Dans ce rapport que j’ai – c’est un rapport qui m’a été « fuité » par des sources du tribunal –, on nomme les techniciens qui ont participé, qui ont infiltré les milices hutues et qui ont participé directement aux massacres aux barrières, à Kigali et dans d’autres endroits.

Mais quelle est la preuve que ce fameux rapport est authentique ?

C’est authentique parce que je connais les principaux enquêteurs qui ont travaillé dans les enquêtes spéciales.

Ce document, pourquoi ne le produisez-vous pas à l’intérieur de votre livre ?

C’est un peu difficile de le faire parce qu’il y a déjà quelques informations identifiantes, beaucoup de noms dans le document, il y a aussi le nom des enquêteurs. Alors, connaissant la manière dont le FPR, le régime de Kigali, harcèle, intimide et cible les témoins – ils ont aussi ciblé les enquêteurs dans le passé –, je n’ai pas vraiment intérêt à montrer les documents confidentiels dans mon livre. Mais je n’exclus pas la possibilité de montrer le document dans l’avenir, si on peut assurer que les gens qui sont cités dedans seront en sécurité.

D’après votre enquête, combien de Hutus ont été massacrés ?

C’est très difficile à estimer. Mais il y a beaucoup de soldats et officiers qui m’ont dit qu’au moins 500 000 Hutus civils ont été massacrés par les forces de l’APR durant le génocide et les deux années après. Les 500 000 que je vous ai cités comme estimation, ce sont des victimes de l’APR au Rwanda.

Alors pourquoi qualifiez-vous ces massacres de génocide ?

Après tant d’années de recherches, en regardant tous ces témoignages, on voit la preuve, hors de tout doute raisonnable, que l’APR œuvrait à exterminer une partie de l’ethnie hutue. Je montre dans mon livre comment les forces mobiles de Paul Kagamé – les escadrons de la mort du FPR – ont œuvré derrière le front. Ils ont utilisé les cadres tutsis, les civils, pour cibler d’abord les leaders de la communauté hutue et ensuite ils ont massacré les paysans. Soit en les acheminant dans des camions vers la forêt Akagera dans l’est [du Rwanda], où ils ont fusillé et brûlé ces civils, soit en massacrant les populations dans les réunions ou dans les camps.

Oui, mais le génocide, c’est l’extermination de tout un peuple. Hommes, femmes et enfants. Peut-on parler de cela dans le cas de ces massacres ?

La définition du génocide, c’est quand on œuvre à exterminer une partie ou la totalité de l’ethnie ou d’une [groupe pour] appartenance politique, etc.

Mais avez-vous la preuve que le FPR a voulu exterminer jusqu’aux enfants ?

Ah oui, bien sûr. Beaucoup de témoins, des ex-officiers et des ex-soldats [du FPR] m’ont dit que les bébés, les enfants, ont été massacrés avec leurs parents.

Est-ce que vous niez l’existence du génocide des Tutsis au Rwanda ?

Non. Je sais que cette accusation de négationnisme contre mon ouvrage est souvent répétée. Mais cette accusation est vide. Je ne nie en aucune manière le génocide contre les Tutsis. Je le reconnais dans presque tous les chapitres de mon ouvrage.

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’en parlant d’un génocide des Hutus vous voulez banaliser le génocide des Tutsis ?

Je ne pense pas que mon travail, le travail de Pierre Péan, de Peter Verlinden, ou le travail académique de Filip Reyntjens en Belgique, cherche [à banaliser]. Je suis sûre que leur travail ne minimise pas le génocide contre les Tutsis. Ce sont des arguments fallacieux et ce sont des tactiques utilisées par les propagandistes du FPR et par les membres du régime à Kigali pour empêcher les gens de comprendre la vérité.

En qualifiant de génocide les massacres de Hutus, est-ce que vous ne cherchez pas à susciter le scandale, comme dit la chercheuse française Claudine Vidal, dans une trubune au site The Conversation ?

Je ne cherche pas le scandale, mais c’est pour établir une vérité historique. Eventuellement pour la promotion de la réconciliation.

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