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Italie: le ton monte contre les ONG venant en aide aux migrants

Par Anne Tréca

Les opérations de sauvetage de migrants continuent dans le canal de Sicile. Mardi, les garde-côtes italiens ont débarqué plus de 500 migrants secourus en mer. Mais l’Italie a de nouveau empêché l’arrivée, dans ses ports, d’un bateau humanitaire. Cette fois c’est le « Lifeline », un navire hollandais, qui a été bloqué - dans un premier temps - avec, à son bord, 224 réfugiés. Après l’« Aquarius », le « Lifeline » est le deuxième bateau de rescapés à être refoulé par l’Italie.

Cette fois-ci, le scénario diverge de celui de l’Aquarius : le Lifeline appartient à une ONG allemande qui opère depuis un an sous pavillon hollandais. Mais, après vérification auprès de l’ambassade des Pays-Bas, le navire ne serait pas en règle avec le registre maritime hollandais. Alors le gouvernement italien a changé d’avis : après avoir d'abord déclaré vouloir refouler le Lifeline, le navire peut accoster en Italie. Mais pour y être saisi et tout son équipage arrêté pour complicité d’immigration clandestine.

Pseudo-humanitaires

En effet, le nouveau ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a ouvertement déclaré la guerre aux humanitaires : aucune organisation étrangère ne sera plus autorisée à débarquer en Italie des personnes secourues en Méditerranée. Il accuse ceux qu’il qualifie de « pseudo-humanitaires » de favoriser les trafiquants d’êtres humains et d’en vivre.

Alors qu’un autre bateau battant pavillon hollandais, le Seefuchs, devrait bientôt donner de ses nouvelles, l’Aquarius reprend la mer et devrait être opérationnel samedi 23 ou dimanche 24 juin.

Un revirement complet de la politique italienne

Matteo Salvini l’avait annoncé durant sa campagne électorale : l’Italie ne veut plus être seule à supporter l’accueil des personnes traversant la Méditerranée. L'homme est furieux des projets de réforme de la politique migratoire européenne concoctés par la France, l’Allemagne et la Commission européenne. Et tape du poing sur la table pour obliger les autres pays à prendre en charge les nouveaux arrivants. Par ailleurs, il a toujours accusé les ONG opérant en Méditerranée d’être des « taxis » de l’immigration clandestine. Maintenant, il faut croire que l’opinion a fini par en être convaincue : six italiens sur dix soutiennent son action. Au risque de choquer à l’étranger et malgré les appels du pape François ce week-end à plus de générosité.

Un sommet sur l’asile à Bruxelles

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a, tout d'abord, envisagé de boycotter la réunion informelle prévue à Bruxelles sur l’asile. Aujourd'hui, l’Italie est même prête à fermer unilatéralement ses frontières maritimes, si elle n’est pas davantage écoutée. Et Salvini met de l’huile sur le feu à chaque déclaration publique. Finalement, Giuseppe Conte aurait été convaincu par Angela Merkel d’aller à Bruxelles. L’occasion parfaite de clarifier la position italienne avec les dirigeants européens.

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