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Susceptibilité à fleur de peau

Par Jean-Baptiste Placca

Entre les silences, les non-dits et certains actes plus ou moins intrigants, les Congolais de RDC se perdent en conjectures, quant au respect, par le président Joseph Kabila, des « Accords de la Saint-Sylvestre », lui interdisant d’être candidat. Et le fait, pour des chefs d’Etat non amis, de s’en mêler, peut facilement déclencher la colère du pouvoir de Kinshasa. Avis aux impudents !

► Qu’ont donc dit de si grave, qu’ont fait les présidents Kagame, Lourenço et Macron, pour justifier la convocation de leurs ambassadeurs en poste à Kinshasa par le ministère des Affaires étrangères ? Et en quoi consistent, concrètement, les complots et autres stratégies hostiles à la RDC, dont semble les accuser Kinshasa ?

C’est un geste d’humeur diplomatique d’ordinaire aux conséquences retentissantes, mais il semble être tombé à plat, passé presqu’inaperçu, en raison de l’actualité, particulièrement fournie, cette semaine. Vous ne pouvez imaginer à quel niveau stratosphérique peut se situer la susceptibilité de certains dirigeants politiques, lorsqu’ils ont le sentiment d’être sur la sellette. Surtout lorsque la sellette en question se situe dans des cercles où eux-mêmes ne sont pas admis, ou presque jamais invités. Qui pourrait nous dire la dernière fois que Joseph Kabila a été reçu à l’Elysée ?

Alors, si, en plus, certains des dirigeants qui ne comptent pas au nombre de ses meilleurs amis, se mettent à y discuter de son « cas », de son avenir, il y a comme une façon de remuer le couteau dans la plaie. Il aurait pu juste leur dire : « Vous n’avez pas à parler de moi, lorsque vous êtes à l’Elysée ! ». Ou, moins amer : « Ne parlez de moi nulle part ! ». Mais la réponse à une telle injonction est contenue dans les propos du chef de l’Etat angolais : ils sont ses voisins ! Et ont d’autant plus le droit de s’en préoccuper qu’ils savent comment cela se termine. Et la condition, pour que tout aille bien, est le respect, par le président Kabila, des Accords de la Saint-Sylvestre. C’est ce qu’a dit Paul Kagame en compagnie d’Emmanuel Macron à l’Elysée. C’est ce qu’a dit Joao Lourenço en compagnie d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Et ne serait-ce que parce que la France est un gros contributeur au financement de la mission des Nations unies qui opère en RDC depuis plus de deux décennies, elle aussi a le droit de souhaiter que soient respectés ces accords. C’est ce qu’a fait Emmanuel Macron.

Et si le président Kabila a, comme il le dit, réellement l’intention de respecter ces accords, il n’y a vraiment aucune raison de s’offusquer d’entendre les dirigeants de pays concernés souhaiter que tout se passe bien dans son pays. Cela n’est pas un complot. C’est la politique internationale. Aucun peuple n’est seul au monde. Et tous ceux que touchent les conséquences des problèmes que vous créez chez vous ont le droit de se préoccuper de ce que vous avez l’intention de faire, surtout par rapport à des accords que vous-mêmes avez signés !

Pourquoi, alors, tous ces sous-entendus, qui laisseraient penser que les élections ne se passeraient pas bien ?

Joao Lourenço estime qu’étant donné qu’il y a un accord, les acteurs intérieurs ont tous intérêt à ce qu’il soit respecté. « La communauté internationale, et pas seulement l’Angola, a attiré l’attention du président Joseph Kabila sur cette nécessité », a-t-il précisé. C’est ici que le dirigeant angolais révèle que, pour le moment, le président Kabila affirme qu’il respecte l’accord, que le recensement est pratiquement conclu, que des ressources financières ont été allouées aux élections… Et que donc, il faut lui accorder le bénéfice du doute. La méfiance qu’inspirent les actes et les silences du pouvoir de Kinshasa est néanmoins contenue dans la phrase par laquelle le chef de l’Etat angolais conclut son propos : « Nous n’avons pas de raison de penser que l’accord ne sera pas respecté, et nous continuerons de suivre la situation jusqu’en décembre ».

Voilà qui est clair !…

Et s’il continue de parler ainsi, de manière aussi directe, alors, on peut dire que l’Afrique centrale a un nouveau leader. Ce qui manque aux différentes sous-régions depuis la disparition de grands noms comme Félix Houphouët-Boigny, Julius Nyerere, Nelson Mandela, ce sont des leaders naturels, que l’ensemble des chefs d’Etat respectent, dont la voix est audible, et qui n’ont pas peur de dire la vérité à des dirigeants qui se croient tout permis sur leurs peuples.

Et c’est ici que l’on réalise à quel point le destin de ce continent est singulièrement douloureux. L’Afrique n’en serait pas là, si, en 1963, elle avait sauté le pas des Etats-Unis d’Afrique. Regardez donc les Etats-Unis d’Amérique ! Un gouverneur, aussi puissant soit-il, ne peut, dans son coin, son petit ou grand Etat, violer les droits fondamentaux des citoyens, sans se heurter au pouvoir fédéral. Il ne peut truquer les élections, sans se voir rappeler ses devoirs par la Cour suprême, qui le ramènera à la raison. C’est, justement, ce qui manque à l’Afrique.