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David Hotte: «Les shebabs prennent de l'argent partout où ils peuvent en trouver»

Par Sébastien Nemeth

Il y a dix jours, la conférence de Paris sur le financement du terrorisme rassemblait 70 pays, dont la Somalie, car les islamistes shebabs ont fait partie des discussions. Lundi et mardi prochains, Mogadiscio accueillera à son tour une conférence internationale, sur le trafic de charbon de bois, une des sources d’argent pour le groupe terroriste. D’où vient aujourd’hui l’argent des shebabs ? Quelles sont les difficultés de la lutte contre ce financement ? Eléments de réponse avec notre invité, David Hotte. Basé à Nairobi, il est directeur du projet « lutte anti-blanchiment, financement du terrorisme dans la Corne de l’Afrique » pour la Commission européenne. Il répond aux questions de Sébastien Németh.

RFI: Quelles sont aujourd’hui les principales sources de financement pour les shebabs somaliens ?

David Hotte: La première source, c’est l’extorsion, un grand classique de la criminalité organisée. Des shebabs prennent de l’argent partout où ils peuvent en trouver, sur un mode mafieux et ensuite, ils s’associent avec d’autres criminels pour récupérer de l’argent.

Ils sont dans les trafics divers et variés. Ils trafiquent du sucre et du charbon de bois qui est exporté un peu partout dans la péninsule arabique, qui est très apprécié et donc trafiqué à un prix assez élevé. Le sucre, c’est le chemin inverse, c’est ce qui vient de l’extérieur et qui part dans des pays aussi variés que la Somalie ou le Kenya.

Ils bloquent aussi le trafic routier. Ils prennent une somme d’argent - une sorte de péage criminel - tout au long des grandes routes et des grands axes de la Somalie. Puis, vous avez plein de petits trafics. On les a dits dans le trafic de viande d’hyène, par exemple. C’est anecdotique, mais c’est là. Trafic aussi dans les rançons. Ce n’est pas forcément les rançons des pirates parce que ces deux communautés sont bien distinctes. Par contre, ils peuvent garder les prisonniers des pirates et en échange de ce service, ils se font rémunérer.

Comment est-ce que cela s’opère sur le terrain ?

Suivant la cargaison en question, suivant la longueur du camion, suivant si vous êtes une voiture ou un camion, le prix sera différent en fonction du véhicule qui veut passer le péage.

Et pour les trafics de marchandises, charbon de bois, sucre, ce sont aussi des taxes prélevées sur la route ?

C’est exactement la même chose. Si vous avez un conteneur qui passe, de toute façon la personne va déclarer ce qu’elle a dans son conteneur et ce sera un prix fixe. On parle de 500 à 700 dollars par péage. Les shebabs ne sont pas idiots ; ils ne vont pas vous sécher dès le début parce que tout le monde a besoin de manger, le long de la route. Donc en fait, ils prennent un petit peu à chaque fois.

L’ONU aussi a pointé un certain nombre de complicités, notamment des soldats kenyans pour ce qui est de l’exportation du charbon de bois. Confirmez-vous cela ?

Les Nations unies ont pointé du doigt. Ceci étant, ce ne sont pas les seuls dans le pays car en effet, pour traverser le pays, vous devez passer par un grand nombre de postes et, à mon avis, il doit y avoir du monde qui laisse passer, effectivement.

Et pourtant pour le charbon de bois, en l’occurrence, il y a un embargo de l’ONU depuis 2012. Est-ce que ce genre de mesures a des effets sur le terrain ?

Cela a des effets sur le terrain. Malheureusement, il y a beaucoup de ports, beaucoup de points d’entrée et de sortie et on ne peut pas tout contrôler en même temps. Vous pouvez faire tous les embargos que vous voulez, à partir du moment où il y a un acheteur, il y aura toujours quelqu’un pour tenter de contourner l’embargo. C’est comme ça.

Dans les pays du Moyen-Orient, il a une valeur mais ce n’est pas parce que c’est du charbon mais parce que c’est le charbon de bois d’acacia. De l’acacia, il n’y en a pas partout. En Somalie, il y en a. On aime ce charbon parce qu’il sent bon, etc… et, par conséquent, on le fait venir. Vous pouvez mettre tous les embargos que vous voulez, il y aura toujours quelqu’un pour essayer de le contourner.

Quelle est la difficulté pour lutter contre un tel trafic qui est au niveau de la base, au bas de l’échelle ?

La difficulté, c’est que si vous n’êtes pas allié avec la population locale, cela ne peut pas fonctionner. Or aujourd’hui, le vrai souci qu’on a pour lutter contre ce phénomène, c’est que vous avez soit des armées extérieures qui ne sont pas forcément alliées avec la population locale, soit vous avez des armées nationales qui ne sont pas non plus alliées avec la population locale. Les shebabs, parfois, fournissent de meilleurs services que ceux de l’Etat ou des forces étrangères. Certains nous disent que du temps des shebabs, c’était mieux qu’aujourd’hui. Là, il faut se poser de vraies questions.

La leçon, ce serait que l’Etat somalien se renforce, soit mieux structuré, contrôle son territoire pour faire disparaître ce genre de trafic ?

L’Etat somalien se restructure. On a des organisations nationales qui commencent à fonctionner. Typiquement, c’est la FRC, la Cellule de renseignement financier national. Embryonnaire il y a trois ans, aujourd’hui, elle est là. Le vrai problème maintenant, ce sont les moyens sur le long terme.

Y a-t-il des actions à mener notamment au niveau des systèmes bancaires, des flux d’argent ou bien, au niveau des shebabs, est-ce impossible à contrôler puisqu’on a notamment beaucoup de cash ?

Pour contrôler le cash, c’est extrêmement compliqué. La population de base locale fonctionne avec la monnaie somalienne mais dès que vous voulez passer à des opérations un peu plus importantes, vous êtes en dollars, ce qui est déjà beaucoup plus compliqué à contrôler parce que le dollar, c’est la monnaie internationale par excellence. On peut échanger de Somalie vers les pays du Moyen-Orient, de Somalie vers les pays d’Afrique centrale et il n’y a aucun souci.

Pour ce qui est du système bancaire somalien, il est embryonnaire. Il y a moins de dix banques. Elles ne sont pas, en principe, connectées au système bancaire international. Maintenant, il semblerait que, grâce à des moyens, on va dire de de diversion, certains établissements financiers arrivent à faire des opérations internationales. Avant, il n’y avait aucune réglementation. Aujourd’hui, il y a des réglementations. Vous avez une banque centrale qui essaie de faire son travail. Il y a des contrôles qui sont opérés. On est tout au début de l’histoire. Il faut espérer qu’elle continue pour un long moment.

Les shebabs brassent plusieurs millions de dollars par an. Comment utilisent-ils ces fonds ? Est-ce qu’il y a beaucoup de blanchiment ?

On parle entre 70 et 100 millions de dollars, par an. C’est énorme. L’utilisation de ces fonds ? Eh bien, les shebabs, c’est une troupe. On commence par la base, il faut l’équiper. Ensuite, il faut la nourrir. Ensuite, il faut la véhiculer d’un point à un autre. Les shebabs arrivent à faire exporter leurs attentats assez facilement en dehors de Somalie. A tout cela, il y a une logistique qui est derrière et cela coûte énormément d’argent.

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