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Jean-Marc Janaillac, le discret PDG d'Air France

Par Agnieszka Kumor

Depuis plusieurs semaines, Air France est secouée par un conflit salarial. Pour en sortir, son patron a pris une initiative. Jean-Marc Janaillac, homme plutôt discret, à l’apparence austère, a décidé de se mettre en avant. Il menace de quitter son poste, si ses propositions sont massivement rejetées.

C’est un nouveau pari pour le patron de la compagnie aérienne. Jean-Marc Janaillac a connu des hauts et des bas durant sa carrière. Lui qui vient de fêter ses 65 ans est diplômé de l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC), puis de l’École nationale d’administration (ENA). Il y a côtoyé François Hollande dans la fameuse « promotion Voltaire » sortie en 1980. Originaire du Sud-ouest français, il a commencé par le tourisme, la promotion de la France à New York, puis s’est tourné vers les transports. Directeur général d’AOM, il ne sauve pas cette compagnie aérienne de la faillite. En revanche, il remet d’aplomb Véolia Transdev, une multinationale de transport criblée de dettes.

« La méthode Janaillac »

En juillet 2016, Jean-Marc Janaillac prend les commandes d’Air France-KLM. Dès sa prise de fonctions, il fait face à une grève du personnel navigant. Le climat social est alors fort dégradé dans l’entreprise. Mais le PDG ne manque pas de confiance. Son projet stratégique « Trust Together » (« Ayons confiance ensemble ») fédère les troupes. Le nouveau PDG prend le temps de discuter, « la méthode Janaillac », considérée comme humaine par les salariés, fonctionne. Et les résultats sont là : Transavia (la filiale à bas coûts du groupe) trouve son public. Air France diversifie son offre et lance Joon, un programme « hybride » entre low-cost et compagnie traditionnelle.

Les Anglo-saxons ont réussi

La situation se crispe quand les salariés d’Air France réclament leur part du gâteau. Après sept ans de vaches maigres où ils ont accepté le gel de leurs salaires, ils prennent pour exemple Lufthansa, Delta Airlines ou British Airways dont les salariés ont réussi à négocier leurs augmentations. Chez Air France, et c’est l’objet de l’actuelle consultation, la direction propose 2 %, puis 5 % sur trois ans. Mais les syndicats veulent 5,1 % tout de suite. Chacun campe sur ses positions.

« La “méthode Janaillac” semble avoir montré ses limites », estime Patrick Vincent. Il est commandant de bord 777 et membre de la commission exécutive du SPL, Syndicats de pilotes de ligne. Affilié à la CFDT, ce syndicat a créé en juillet 2017 une section Air France pour sortir de l’impasse actuelle. « On ne sait plus si la stratégie de la direction est de développer le groupe Air France ou bien de contourner le syndicat des pilotes sur le long terme. Jean-Marc Janaillac n’a jamais participé aux négociations. Ce n’est pas forcément un problème. Il délègue à ses équipes pour éventuellement venir après faire de la médiation. Toutefois la méthode de cette consultation est aussi violente que le blocage dogmatique des syndicats. Le PDG ne consulte pas les salariés, il leur demande de dire “oui” ou “non” à un projet déjà ficelé, et qui est resté bloqué au niveau des négociations ».

Un mal profond

Le collectif craint que le « oui » l’emporte non pas à cause du projet, mais par simple lassitude. Un mal profond, en effet, ronge la compagnie : Air France manque d’un véritable dialogue social. Et ce depuis des années. « Il ne s’agit pas de partenaires sociaux, on a affaire à des adversaires sociaux. Et tant qu’ils seront sur un ring rien de bon ne pourra sortir de leur rencontre », estime Patrick Vincent. « Il faut sécuriser le terrain de négociation. Il faut rénover le dialogue social. Il faut de la médiation. Mais je ne crois pas qu’un acteur extérieur soit nécessaire. C’est l’ensemble des salariés qui par leur intelligence collective pourra trouver l’issu à ce conflit », conclut-il.

Le vote n’a aucune valeur légale. Même si le « oui » l’emporte, il faudra convaincre les syndicats de signer un projet salarial. Jean-Marc Janaillac devra faire preuve de toutes ses qualités de négociateur pour réussir son pari et aller au terme de son mandat, en mai 2019.

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