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Chronique des médias
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La nouvelle Voix de la Chine

Par Amaury de Rochegonde

En Chine, les réformes engagées sur les médias et le renforcement du contrôle de l’information après la décision du Parlement chinois de ne plus mettre de limite de temps au mandat de Xi Jinping sont au cœur de nombreux débats.

Parlera-t-on bientôt de Zhong Guo Zhicheng comme d’une référence de l’information internationale à l’instar de la BCC ou de Voice of America ? Ce qui est sûr, c’est que ce nouveau nom sera surtout connu sous sa traduction, la Voix de la Chine. Annoncé fin mars, quelques jours après le vote du parlement renforçant le pouvoir de Xi Jinping comme « président à vie », ce nom traduit une réforme des médias d’Etat. D’abord parce que cette nouvelle Voix de la Chine regroupe les chaînes de télé CCTV, la Radio nationale chinoise et Radio Chine Internationale qui émet en une soixantaine de langues. Ensuite, et surtout, parce que ce redéploiement s’inscrit dans une stratégie d’influence, de « soft power » comme dit lui-même Xi Jinping. En octobre dernier, celui qui est aussi secrétaire général du parti avait annoncé vouloir améliorer la « capacité de communication internationale » de la Chine et attendre des médias d’Etat qu’ils occupent « le front de la propagande ». C’est d’ailleurs un département de la propagande, dépendant du conseil des affaires d’Etat qui sera chargé d’administrer ce réseau central de médias regroupé sous le nom Voix de la Chine.

Il faut dire qu’en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, alors que Donald Trump menace la Chine de 100 milliards de dollars de nouvelles taxes douanières, la maîtrise de l’image de la Chine est pour Xi Jinping un facteur clé de réussite. Or, la Voix de la Chine qui dispose des 70 bureaux de CCTV dans le monde ou Chine nouvelle, l’agence de presse aux 200 bureaux attendus en 2020, sont des armes de conquête des marchés. En Afrique, par exemple, beaucoup de contrats sont emportés par les Chinois avec un abonnement gratuit à Chine nouvelle.

A l’inverse, la Chine dispose d’un marché extrêmement protégé. Sur l’information, elle vient encore de renforcer sa censure en bloquant les VPN, ces réseaux privés virtuels qui permettent d’aller sur les médias étrangers. Les journalistes occidentaux eux-mêmes sont parfois malmenés quand ils font des reportages dans le Liaoning ou le Hunan, à l’instar de Voice of America ou de la BBC. Parallèlement, le contrôle de l’internet, décidé pour des raisons politiques, a permis à la Chine de faire naître ses propres géants : Baidu le Google chinois qui introduit sa plateforme vidéo iQiyi à Wall Street, Weibo, le Twitter chinois qui a encore resserré sa censure en janvier ou bien sûr Alibaba, l’Amazon chinois et Tencent, le Facebook chinois avec WeChat. On le voit, la censure est aussi le moyen d’un protectionnisme économique à l’heure de la mondialisation numérique.