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Emmanuel Ramazani Shadary: «On va respecter la Constitution»

Par Christophe Boisbouvier

Au Congo Kinshasa, tout le monde s’interroge sur les vraies intentions du président Kabila, qui, selon la Constitution, n’a pas le droit de se représenter le 23 décembre prochain. Hier, vous avez entendu l’opposant Félix Tshisekedi, qui soupçonne le chef de l’Etat congolais de vouloir s’accrocher à son fauteuil. Réponse aujourd’hui du n°2 du parti au pouvoir. Emmanuel Ramazani Shadary est le secrétaire permanent du PPRD. En ligne de Kinshasa, il dévoile une partie de la stratégie du pouvoir au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Dans l’opposition, on enregistre déjà les candidatures de Moïse Katumbi et de Félix Tshisekedi. Qu’en est-il pour la majorité ?

Emmanuel Ramazani Shadary : Chaque chose en son temps. Nous allons nous déterminer à l’heure indiquée par le calendrier électoral. Le dépôt des candidatures, d’après ce calendrier, c’est au mois de juillet. Et pour nous, c’est une stratégie.

Et cette stratégie justement, c’est annoncer…

Justement, c’est de ne pas annoncer beaucoup de temps avant. C’est une stratégie que je ne veux pas divulguer sur RFI.

Vous allez lever le voile au tout dernier moment, je crois que c’est le 25 juillet la date limite pour le dépôt des dossiers de candidatures ?

C’est exact. A un moment donné, les bureaux politiques de la majorité vont se réunir, les partis politiques de la majorité vont pouvoir se décider, et le moment venu on va vous communiquer ce qui va se passer pour la candidature au niveau que vous désirez. Le reste, je vous dis que nous avons aussi une stratégie et nous laissons venir les choses. On voit comment les gens se présentent, de l’autre côté combien il y a de candidats. Et le moment venu, il faut nous poser la question, le jour du dépôt des candidatures à tous les niveaux. Et là, on va vous citer tous les noms.

Comme la Constitution interdit au président de se représenter, est-ce que le chef de l’Etat et vous-même envisagez un congrès de la majorité, ou un congrès du principal parti au sein de cette majorité, le PPRD, afin de désigner ce nouveau candidat ?

Notre parti, le PPRD, va organiser son congrès et il va désigner son candidat à tous les niveaux. Ce n’est pas seulement au niveau présidentiel. Nous désignerons les candidats députés nationaux et provinciaux un peu partout dans les circonscriptions de la République démocratique du Congo.  Il y aura donc un congrès où nous allons présenter les candidats à tous les niveaux, nous insistons.

Y compris au niveau du président de la République ?

Je dis bien à tous les niveaux, je parle en français.

D’accord. Et vous-même, est-ce que vous serez candidat au poste de président de la République ?

Non, je serai candidat député national dans la circonscription électorale de Kabambare, mon fief électoral, dans la province du Maniema. J’ai déjà été élu là-bas deux fois. Je suis député national, je serai encore candidat à ce poste-là.

Pour le poste de candidat à la présidence, c’est-à-dire pour le poste de dauphin de Joseph Kabila, il y a un certain nombre de noms qui circulent. On parle notamment d’Aubin Minaku, secrétaire général de la majorité présidentielle…

Il n’est pas question de parler de noms pour le moment. Je vous dis que, le moment venu, nous attendons ces élections que nous allons gagner haut la main. Nous attendons ces élections au 23 décembre. Vous connaîtrez qui sera candidat, à quel niveau de scrutin. C’est clair. Maintenant, c’est une patience de quelques mois, dans deux mois vous saurez tout.

Mais est-ce que le secrétaire général de la majorité présidentielle, Aubin Minaku, ou l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, ou est-ce qu’une autre figure de la majorité pourrait être l’un de ces candidats ?

Nous, on ne connaît personne jusque-là. On va se réunir. Il y aura de larges consultations, puis on va désigner des candidats à tous les niveaux.

Que répondez-vous à ceux qui disent que les atermoiements actuels dans la majorité sont dus au fait que le président Kabila ne veut pas céder son poste et ne veut pas donc entendre parler de la désignation d’un dauphin…

Si vous voulez, le président, au cours d’une conférence de presse de janvier 2018, sa réponse a été claire : le président a dit qu’il fallait lire la Constitution. Il a dit « Nous respecterons la Constitution, nous l’avons toujours respectée parce que c’est la volonté populaire ». On va respecter la Constitution.

Alors de fait, lors de cette conférence de presse, le président a répondu à RFI qu’il fallait bien lire la Constitution, mais il a refusé de dire clairement qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession. Pourquoi ?

Il n’est pas contraint à dire qu’il ne le sera pas. Parce que ce n’est pas explicite dans la Constitution. La Constitution ne dit pas à un président en exercice de faire une déclaration quand il ne sera  plus candidat. Pourquoi vous voulez pousser le président à dire ce qu’il n’est pas autorisé à dire par la Constitution ? Mais la réponse qu’il a donnée, tout le monde a suivi, la réponse a été on ne peut plus claire.

Donc ce que vous pouvez dire aujourd’hui, c’est qu’en tout état de cause, Joseph Kabila ne se représentera pas ?

Je vous ai dit, pourquoi vous insistez sur le nom du président Kabila. Cette question a été posée par votre consœur de RFI [à la conférence de presse du 26 janvier 2018] et la réponse a été claire. Il a dit : « Nous respecterons la Constitution ». Qu’est-ce que vous voulez que je dise encore !

Oui, mais vous avez entendu Félix Tshisekedi hier, il pense qu’il y a anguille sous roche et qu’en réalité, Joseph Kabila va modifier la Constitution pour pouvoir se représenter…

Nous sommes habitués à de tels discours d’une certaine opposition. Nous, nous sommes des hommes du terrain. Ils ont toujours eu peur les hommes que vous citez là-bas, peur des élections. Alors, dire qu’il y a anguille sous roche, c’est une stratégie. Allons aux élections pour prouver que la population est derrière nous, que nous sommes prêts.

Il n’y aura pas de changement de Constitution ?

Nous l’avons toujours dit. Nous, nous défendons la Constitution. On va changer ça quand ? Alors qu’au mois de juin et juillet, c’est le dépôt des candidatures ? C’est un faux fuyant.

Autre grande inquiétude du côté de l’opposition, le trucage de ces élections, notamment grâce aux nouvelles machines à voter qui, disent beaucoup de gens, ne sont pas fiables…

Non, cette question il faut la poser à la Céni [Commission électorale nationale indépendante]. Mais la Céni a invité tout le monde. Et on a vérifié les machines, il y a eu beaucoup d’exercices. Nous sommes sortis confiants. La machine a été présentée et nous avons été convaincus. Aujourd’hui, on va voter dans un délai acceptable, une minute. Il faut donc que nos amis évitent la peur. Allons aux élections, il n’y aura pas de problèmes.

Vous dites que chaque citoyen va voter dans un délai d’une minute. Mais en pratique, vous savez bien que ce ne sera pas possible. Il faudra plusieurs minutes pour que chaque citoyen apprenne à faire fonctionner cette machine, à imprimer son document pour ensuite le mettre dans l’urne, sans oublier qu’il y aura trois scrutins en un seul jour. Bref, le grand risque le jour du vote, c’est que beaucoup de gens n’aient pas le temps de voter et qu’on soit obligé d’annuler tout le scrutin au nom de l’article 5 de la Constitution, non ?

Tout est faux, archi faux, parce que nous, nous sommes ici à Kinshasa. Nous avons été à la Céni pour faire un petit exercice. L’opposition aussi y est passée. On a testé. Après une minute, on est en mesure de voter pour les candidats, président de la République, député national et député provincial. Peut-être, on peut aller à deux minutes, mais on peut gagner beaucoup de temps. Et on raconte n’importe quoi. La machine à voter a réduit de cinq mois le délai du calendrier électoral. Cette machine à voter réduit le délai de voter et de proclamation de deux mois à deux jours. Au lieu de proclamer [les résultats] après deux mois, on va proclamer après deux jours. Il y a beaucoup de choses.

En vue de ces élections de décembre prochain, la communauté internationale et les médiateurs catholiques de la Commission électorale nationale indépendante, la Cenco, vous demandent de prendre des mesures de décrispation. Peut-on envisager la libération de prisonniers, tels maître Jean-Claude Muyambo, condamné à 5 ans de prison, et le patron de la Démocratie chrétienne, Eugène Diomi Ndongala condamné à 10 ans de prison ?

Je suis d’accord si Diomi Ndongala par exemple a été arrêté pour des raisons politiques. Mais il faut évaluer et il faut vérifier. Diomi Ndongala a été arrêté pourquoi ? Il a violé des mineures.

Mais vous savez bien que ces condamnations pour des infractions de droit commun sont très controversées. Beaucoup parlent de montage politique. Est-ce qu’on ne pourrait pas dépasser cette controverse et libérer ces hommes politiques de l’opposition ?

Comment vous parlez de montage ? Ce n’est pas du montage. Lorsqu’on est condamné, on dit : « on a monté » parce qu’on est politicien, non.

Autre mesure de décrispation qui vous est demandée, la fin des poursuites judiciaires contre les hommes politiques, et notamment contre le candidat Moïse Katumbi. Ne faut-il pas en effet abandonner un certain nombre de poursuites contre ce candidat à la présidentielle ?

Concernant l’homme que vous venez de citer, il y a des choses graves que nous venons d’apprendre. Moi, je peux laisser tout ce qu’on a raconté, les poursuites et tout ça, il a fait ceci, des bandes de malfaiteurs, des criminels, tout ça. Mais ce qu’on vient d’apprendre, c’est gravissime. Quelqu’un qui a dirigé une province pendant plusieurs années avec la nationalité italienne, depuis l’an 2000. C’est inconcevable ! Comment il pourrait encore se présenter ? Non. Ça ne passera pas.

En fait, pour vous, les autres infractions pour lesquelles il est poursuivi ou condamné, et cette affaire de spoliation immobilière…

On peut discuter de cela. Moi, je suis souple. On peut discuter, vérifier tout ça, mais il a la nationalité italienne depuis 2000. Il est définitivement bloqué.

Simplement, l’avant-dernier Premier ministre de votre pays, Samy Badibanga, avait la nationalité belge…

Même chose, c’est la même chose. Est-ce qu’il a refait des démarches pour devenir Congolais, il y a la procédure. Je l’ai dit moi dans un meeting populaire à nos camarades du PPRD, qui sont sous ce coup-là de deux ou trois nationalités, j’ai dit qu’il est temps qu’ils commencent à suivre la procédure pour régulariser la situation, sinon ils ne seront pas alignés comme candidats députés ou candidats à ceci ou cela.

Donc si Moïse Katumbi régularise, il peut se présenter ?

Oui, il peut se présenter s’il régularise. Mais il sera condamné parce qu’il y a déjà l’instruction du procureur de la République. Il sera bientôt condamné. Mais comment il va arriver alors qu’il est condamné ? Je vous dis que pour celui-là, c’en est fini, c’est terminé. En voulant tout gagner, il a tout perdu.

Selon le dernier sondage de la société Berci-GEC (Bureau d'études, de recherches et de consulting international et Groupe d'études sur le Congo), Moïse Katumbi est en tête des intentions de vote dans votre pays. Est-ce que vous n’essayez pas d’éliminer un adversaire dangereux pour vous ?

Les intentions de vote ! C’est la France, ce n’est pas la RDC. Je m’inscris en faux de tout ce qu’il y a de sondages là-bas. C’est pour distraire les gens. A coup de billets verts, on dit : « fais ceci, fais cela », pour influencer. Nous sommes loin d’être distraits par ça.

C’est vrai un sondage, ce n’est qu’un sondage. Mais c’est le troisième sondage qui indique que tout candidat de la majorité présidentielle ferait moins de 20% des suffrages exprimés. Est-ce que cela ne vous inquiète pas ?

Nous, on ne tient pas compte de ça. Notre candidat, ça sera le candidat qui va gagner, c’est le meilleur parce que nous sommes sur le terrain et nous allons parler à la population qui va nous soutenir.

Et au-delà des sondages, n’y a-t-il pas une réalité, c’est le succès des trois grandes manifestations organisées par le Comité laïc de coordination (CLC) depuis le 31 décembre 2017 ?

Succès ? Mais pourquoi ils ont arrêté ? Pourquoi ils ne continuent plus ? Quel succès ?

Il y avait quand même beaucoup de monde dans les rues de Kinshasa lors de ces trois manifestations, y compris au risque de perdre la vie pour certaines de ces personnes. Il y a eu des morts.

Nous, nous appelons les gens à aller aux élections. Tout ce qu’on raconte maintenant, c’est rien. On va s’affronter devant le peuple. Les sondages, ça ne me dit rien. Les manifestations, ça ne nous dit plus rien. Il faut maintenant prouver de quoi on est capable.

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