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Irak: la reconstruction au défi d’un secteur bancaire fragile

Par Aabla Jounaïdi

À Mossoul, Salaheddine, Diyyalah, les habitations, les écoles, les ponts ont été réduits en poussière. Les banques aussi. Plusieurs ont été prises pour cible par l'aviation de la coalition, afin de réduire les ressources des jihadistes. Des destructions physiques qui représenteraient 50 millions de dollars selon la Banque mondiale. Mais il n'y a pas que les dégâts physiques. Les pillages, qui ont été au centre de l'attention médiatique au début du règne de « Daech » à Mossoul, auraient vidé les banques irakiennes de plus de 800 millions de dollars.Il y a aussi les pertes liées aux emprunts qui ne seront pas remboursés. Plus de 8 milliards de dollars, rien que pour les deux principales banques étatiques.

C'est un coup dur de plus pour un secteur bancaire déjà fragile. La réforme du secteur bancaire a toujours été le cadet des problèmes en Irak, par rapport à des réformes sensibles comme celles de l'appareil sécuritaire ou des institutions politiques, par exemple. Depuis longtemps, la Banque mondiale et le FMI assistent l'Irak pour qu'il mette en place un système bancaire répondant aux standards internationaux, notamment en termes de garanties et d'ouverture au secteur privé. Mais le mouvement est lent. Il y a environ une soixantaine de banques privées dans le pays, mais 70% des dépôts se trouvent encore dans des banques étatiques.

La prédominance du secteur public, avec ses fonds issus du pétrole, perpétue des pratiques de corruption. « Les deux principales banques publiques [Rasheed et Rafidain, ndlr] ont été les poules aux œufs d'or pour tous les gouvernements depuis Saddam Hussein », rappelle Ahmed Tabaqchali, le responsable du marché irakien chez Asia Frontier Capital, un fonds spécialisé dans les marchés émergents.

Mais des années de guerre, de déplacements de population et l'héritage politique du pays ont aussi fortement marqué le secteur. Aujourd'hui, moins de 20% de la population possède un compte bancaire. « Jusqu'à aujourd'hui 85% de l'argent en circulation est du cash », ajoute Ahmed Tabaqchali. « Une situation qu'on retrouve dans les pays anciennement socialistes. Il faudra du temps pour que les Irakiens aient confiance et acceptent le système bancaire, et en particulier les banques privées, comme des institutions à part entière. C'est tout un processus ».

Malgré les opportunités d'investissement énormes, la fin de la guerre contre Daech, le secteur privé ne s'est pas montré très enthousiaste lors de la conférence sur la reconstruction à Koweït. En cause, un climat de tension politique persistant avec une crise ouverte avec la région autonome du Kurdistan irakien et l'incertitude liée aux élections législatives de mai prochain.

L'État irakien, avec des revenus pétroliers sans doute augmentés en 2018, sera donc le principal contributeur à l'effort de reconstruction, quitte à alourdir encore la dette publique. Bagdad veut lever 27 milliards de dollars sur les marchés d'ici 2022. Un milliard a été levé avec succès l'été dernier. L'urgence, c'est la reconstruction des raffineries, des centrales électriques détruites ou encore la réhabilitation des aéroports et les routes. L'ensemble des promesses d'aides bilatérales s'élèvent à 30 milliards de dollars.

En Bref

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