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Elisabeth Caesens: «Plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt est en RDC»

Par Christophe Boisbouvier

C’est l’un des minerais les plus convoités du XXIe siècle. Pas de voiture électrique sans cobalt. Et la semaine dernière, au salon Indaba Mining Africa en Afrique du Sud, les autorités de RDC ont confirmé leur intention de multiplier par cinq les taxes sur le cobalt. Comment réagissent les groupes miniers chinois et anglo-saxons ? Elisabeth Caesens est la fondatrice de l’ONG Resource Matters. En ligne du Cap, en Afrique du Sud, elle raconte la « bataille » du cobalt au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Quels sont les enjeux de la révision du code minier du Congo Kinshasa ?

Elisabeth Caesens : Alors l’enjeu, c’est vraiment le partage des recettes qui proviennent du secteur qui est crucial pour la RDC. À l’heure actuelle, il y a un très fort débat entre d’un côté la partie étatique et de l’autre côté les investisseurs qui sont présents dans le pays, par rapport à ce code minier qui prévoit dans sa mouture actuelle, une forte hausse de nombreuses taxes.

Je crois qu’en effet c’est une hausse très importante puisque c’est une taxe qui passerait de 2% à 10%, c’est ça ?

Alors, c’est un ensemble de différentes taxes. La hausse générale, c’est prévu qu’elle passe de 2% à 3,5%, par contre il y a une disposition dans le projet des révisions des codes qui prévoit que si certaines substances sont qualifiées de stratégiques, ce taux de 3,5% passe à 10%. Et le minerai qui est le plus visé par ces dispositions actuellement, c’est le cobalt. Un minerai qui est très important pour les voitures électriques, pour les téléphones portables, tout ce qui a des batteries rechargeables a besoin de ce cobalt qui est très présent au Congo, plus de la moitié des réserves mondiales sont présentes au Congo. Donc si le gouvernement décide que le cobalt est stratégique, et le qualifie comme tel, le taux de la redevance passerait de 2% à 10%, donc il serait multiplié par cinq.

Alors à partir du moment où la moitié des réserves de cobalt sont au Congo-Kinshasa, est-ce que ce pays n’est pas en position de force ?

Il est justement en position de force, et à Indaba Mining, il a été très clair dans les différents discours du ministre des Mines, du président de la fédération des entreprises du Congo, que le Congo a l’impression qu’elle devrait être en position de force et elle ne l’est pas. Et donc c’est ça qu’on voit maintenant avec cette proposition de révision des codes, c’est vraiment de regagner la main sur son secteur.

C’est le discours du ministre congolais des Mines, Martin Kabwelulu.

Oui, alors aussi bien le discours du ministre des Mines, Martin Kabwelul, qui a été très clair à ce sujet donc pour lui cette révision voudrait aller vers un code minier qui se veut, ce qu’il appelle « gagnant gagnant » rémunérateur, donc ça c’est un peu le mot clef. Il a été rejoint dans ce propos, mais sur un ton encore beaucoup plus fort, beaucoup plus agressif, par le président de la plus grande entreprise minière étatique du Congo la Gécamines le président Albert Yuma qui a utilisé un mot très fort et dit que voilà les investisseurs actuels qui sont là, ils ont des pratiques pour minimiser les recettes que tire le Congo de ce minerai, il a même qualifié les pratiques de délinquante, de criminelle, donc il a utilisé un langage très fort, pour signaler que le Congo ne tire pas suffisamment de recettes de son secteur.

Alors que répondent ces grands investisseurs internationaux comme le Suisse Glencore, le Sud-Africain Randgold ou les Chinois ?

Alors pour eux, le Congo est un pays attractif, mais aussi très difficile, et pour eux ils ont investi des milliards de dollars dans leurs investissements, et comme le risque est très élevé, ils attendent aussi un rendement très élevé. Ils espèrent un retour sur l’investissement et ils s’attendent surtout à ce que le Congo leur garantisse la stabilité du régime légal qui est là et qu’ils puissent s’attendre à ce qu’ils doivent payer. Donc en termes de taxe, des grands groupes comme ces groupes que vous avez mentionnés, ils veulent pouvoir calculer sur une période de dix ans ce qu’ils pourraient attendre comme retour. Et c’est là que maintenant se situe le débat, ils n’ont plus cette stabilité.

Et puis je crois que dans le nouveau code minier, il est prévu que le Premier ministre puisse décider du jour au lendemain qu’un minerai devient stratégique et qu’il passe d’une redevance de 3,5% à une redevance de 10%, c’est cela ?

Oui, donc, c’est un des exemples où la stabilité n’est pas garantie, mais c’est un problème encore plus large. Alors ces entreprises de façon générale, je ne pense pas qu’elles soient forcément contre une certaine hausse des taxes, je pense que certains d’entre eux reconnaissent qu’effectivement le code qui est en place est assez libéral et probablement trop libéral, et ils ne seraient pas forcément opposés à payer un peu plus, je pense. Par contre là où ils reviennent aussi, c’est qu’ils voudraient voir ce qui se passe avec cet argent qui va au Congo et c’est là qu’ils argumentent : « D’accord, nous voulons bien payer plus, mais qu’est-ce qui est fait de cet argent, où sont les retombés de l’argent que nous payons au Congo, d’accord augmenter les taxes, mais pour quelle fin ? »

Donc à vous entendre, des groupes comme le Suisse Glencore font la leçon en matière de transparence, mais est-ce que Glencore lui-même a des activités vraiment transparentes ?

Alors le groupe Glencore a fait l’objet de beaucoup de controverses durant ces dernières années, notamment de par leur partenariat qui a duré quand même une dizaine d’années avec un homme d’affaires assez controversé, l’Israélien Dan Gertler et effectivement, il y a eu des transactions, il y a eu des partenariats controversés avec cet homme qui en décembre dernier a été sanctionné par le gouvernement américain pour cause de haute corruption.

L’Israélien Dan Gertler…

Effectivement, l’Israélien Dan Gertler a été accusé de corruption sévère au plus haut niveau de l’Etat et donc effectivement il y a ce passé qui existe et dans le groupe Glencore, essaye maintenant de gérer les conséquences.

C’est-à-dire que Glencore essaye de balayer devant sa porte, mais est-ce que ce groupe est bien placé pour donner des leçons ?

Pour l’instant, on ne les voit pas. Dans ce type de forum, ce ne sont pas les plus vocaux en la matière, par contre on sait que derrière les écrans, il y a un lobbying très fort qui se passe au niveau de la présidence de la République démocratique du Congo pour essayer d’éviter que cette révision du code soit adoptée. Pour l’instant, le texte se situe au niveau de la présidence, c’est effectivement le lobbying qui est en cours à l’heure actuelle.

D’où le tête-à-tête qui a eu lieu, je crois, juste avant Noël à Kinshasa entre Joseph Kabila et le patron de Glencore ?

Oui, le patron de Glencore, il ne faut pas oublier, est à la tête d’un groupe qui a un chiffre qui dépasse de loin 100 milliards de dollars par an. Pour l’instant, cette réunion n’a pas vraiment abouti à des changements concrets à ce qu’on sache.

Alors dans ce bras de fer, quel est le moyen de pression de ces grands groupes minier, est-ce qu’ils peuvent menacer de quitter le Congo-Kinshasa ?

Alors oui, ils peuvent menacer de le quitter peut-être pas pour l’instant, ça reste à voir. Mais ils peuvent menacer la suspension des opérations, ils peuvent surtout menacer avec des procès d’arbitrage qui peuvent couter très cher, et c’est plutôt dans cette voie-là qu’on voit le discours à l’heure actuelle. On a déjà vu certains groupes menacer qu’on attendrait des procès d’arbitrage au niveau international si la version actuelle du code est adoptée. On voit que cette menace de fermeture n’est pas complètement abstraite, la Zambie a adopté une très haute hausse des redevances, il y a quelques années, et les groupes sont effectivement passés à l’acte. Ils ont fermé plusieurs usines, avec des milliers d’emplois perdus, ou du moins suspendus temporairement et le gouvernement zambien s’est vu forcé à revoir sa décision. Après le coût du cobalt est tellement élevé que l’équilibre est devenu plus difficile parce qu’évidemment ces groupes qui contrôlent le cobalt n’ont pas envie de perdre les recettes qui découlent de la hausse très spectaculaire des prix et donc à mon avis la menace d’arbitrage international est beaucoup plus réelle que la menace de suspendre les opérations.

Et sur le cobalt, on peut penser que les autorités congolaises arriveront à faire accepter une forte hausse de la redevance par les grands groupes miniers ?

Peut-être à court terme, vu les prix, ils seront prêts à continuer à exporter dans la mesure où cela reste rentable. Il ne faut pas oublier qu’une hausse jusqu’à 10%, c’est quand même très élevé, mais il faut aussi se prévenir de la volatilité des prix. Si les prix rebaissent parce qu’on trouve un minerai alternatif au cobalt pour les batteries rechargeables, le cours qu’on voit maintenant très élevé, on peut le revoir chuter de façon assez drastique et là c’est sûr qu’ils n’accepteront plus que les minerais soient qualifiés de stratégies et qu’ils continueraient à payer 10% de redevance. En plus on ne sait jamais à quoi mèneront les démarches diplomatiques vis-à-vis du régime qui est en place, on n’exclut pas qu’il y aurait une certaine pression sur le régime actuel de revenir sur ces décisions. Un régime qui est quand même politiquement très fragile.

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