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Hubert Julien-Laferrière sur l'APD: «Il faut privilégier le Sahel»

Par Christophe Boisbouvier

Après le temps des promesses, voici le moment de passer aux actes... Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron promet d'augmenter l'Aide publique au développement (APD). Le Premier ministre français, Edouard Philippe, va présider son premier Comité Interministériel de la Coopération internationale et du Développement. Des milliards d'euros sont en jeu. Le député macroniste Hubert Julien-Laferrière est le rapporteur du budget de l'APD à l'Assemblée nationale. Il plaide au micro de Christophe Boisbouvier pour une hausse de l'APD.

RFI : Emmanuel Macron s’est engagé à augmenter l’Aide publique au développement jusqu’à 0,55% du PIB en 2022. Mais les ONG ont déjà entendu tellement de promesses qu’elles n’y croient pas ?

Hubert Julien-Laferrière : Oui, on peut les comprendre. Moi, j’y crois évidemment. Je crois que l’engagement du président de la République est très important. Et moi, j’y crois d’abord parce que je pense qu’Emmanuel Macron respecte ses engagements, et en plus il les a tellement tenus, il s’est tellement engagé devant la communauté internationale, devant les ONG…

A Ouagadougou, le 28 novembre…

A Ouagadougou notamment. Je l’accompagnais dans ce déplacement en Afrique, mais il l’a tenu devant la tribune des Nations unies. Donc je n’ai pas de doute sur le fait que cet engagement sera tenu. Maintenant la question, c’est la qualité de notre développement, comment la rendre plus efficace.

Pour atteindre cet objectif, il faudra trouver six milliards tous les ans à partir de 2022. C’est beaucoup. Est-ce qu’il faut augmenter la part de la taxe sur les transactions financières qui est affectée au développement ?

C’est évidemment ce que le CICID de cet après-midi va déterminer. Donc on aura des éléments un peu plus précis à partir de cet après-midi.

Le CICID…

Le Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement, qui est présidé par le Premier ministre. Et la TTF, la Taxe sur la transaction financière, aujourd’hui elle rapporte un milliard 800 millions d’euros, mais seuls 50% sont affectés au développement. Il va falloir trouver six milliards. Nous défendons, nous parlementaires de la majorité, l’idée qu’il faudra arriver à 100%. En plus, c’est lisible, mais on voit bien que cela ne suffira pas. Donc il faudra qu’il y ait des arbitrages budgétaires consacrés au développement en 2022.

Faut-il augmenter le taux de cette taxe sur les transactions financières ?
C’est aussi une question qui se pose. Il y a aujourd’hui une priorité de l’Exécutif qui est de faire de Paris la première place financière post-Brexit, ce qui est évidemment important parce que les répercussions en termes de croissance et d’emplois pour la France sont indéniables.

Donc il ne faut pas faire peur aux traders qui vont quitter Londres. Il ne faut pas augmenter les taux ?

Pas les traders, les investisseurs. Mais à terme, on peut envisager d’augmenter le taux, évidemment pas cette année ni l’année prochaine. Et puis qu’il y ait une vraie réflexion aussi sur peut-être à terme une taxe sur les transactions financières européennes où alors là, il n’y aura pas de problème d’augmentation du taux puisqu’il n’y aura plus de concurrence entre les pays européens pour attirer les investisseurs.

Mais franchement, est-ce que vos ennemis au quotidien en ce moment, ce ne sont pas les gardiens de l’argent public, c’est-à-dire les ministres Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des finances, et Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, à Bercy ?

Ce ne sont pas des ennemis, mais il est clair que nous parlementaires, y compris parlementaires de la majorité, nous jouons notre rôle, nous interpelons, nous avons interpelé l’Exécutif sur l’importance de tracer une trajectoire dès maintenant. Combien est-ce qu’on va trouver dès 2020, 21, 22 ?

Donc c’est une bataille entre Bercy et vous ?

Je ne parlerai pas de bataille. Si vous voulez, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé dès l’année dernière qu’il pourrait annoncer une trajectoire rapidement.

Une trajectoire chiffrée ?

Une trajectoire chiffrée. Donc il a besoin pour cela effectivement du ministère de l’Economie et des finances, du ministère du Budget. Ce n’est pas une bataille, mais nous attendons des réponses. Le CICID de cet après-midi nous donnera des réponses. Et cela veut dire donc que le travail aura été fait avec le ministère du Budget.

Lors d’une réunion, il y a quelques jours à l’Assemblée nationale, vous avez invité des banquiers comme l’ex-Premier ministre béninois, Lionel Zinsou, des fonds d’investissement comme Axa, Meridian. Pourquoi cette démarche ?

Parce qu’il y a un vrai sujet aujourd’hui, c’est comment on encourage la création d’entreprises sur le territoire. Donc il y a évidemment toute cette question de comment on prend des risques. Et donc, les fonds d’investissement de plus en plus s’intéressent à l’Afrique.

Vous associez les privés à votre démarche. Mais en même temps, vous semblez préférer les dons aux prêts ?

Oui, je ne suis pas contre les prêts. Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui, on ne cesse de dire qu’évidemment il faut aider l’Afrique, en particulier le Sahel. Or qui sont les premiers bénéficiaires de l’aide au développement aujourd’hui ? C’est l’Inde, la Colombie, le Brésil. Pourquoi ? Parce qu’on a privilégié depuis une dizaine d’années des prêts et des prêts surtout dans les infrastructures. Donc évidemment, c’est plus facile de prêter à des pays émergents qui ont des capacités d’absorption, de remboursement et dans des projets d’infrastructures où il y a derrière un modèle économique. Si on dit, et c’est ce qu’a dit le président de la République, aujourd’hui il faut qu’on privilégie le Sahel. Il faut savoir que les pays du Sahel aujourd’hui, ce n’est que 5% de notre APD, notre aide au développement. On n’est pas non plus en adéquation avec les priorités qui sont affichées. Il faut, si on veut aider le Sahel, et surtout dans les priorités qui sont éducation, santé, adaptation au changement climatique, les prêts malheureusement ne sont pas tellement adaptés. Donc il faut du don.

Actuellement les dons c’est 50% de l’aide publique. Il faudrait passer à combien ?

C’est autour de 50% alors que la moyenne OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], c’est plutôt 70% de dons puisque derrière tout cela, il y a effectivement une aide importante à la gouvernance des pays dans lesquels on intervient pour que justement il y ait une vraie appropriation de cette aide par les administrations nationales ou locales des pays aidés, dans lesquels on intervient.

Vous dites, « le Mali doit être l’un des pays cibles de l’aide au développement ». Pensez-vous comme certains qu’il y a un problème de leadership au Mali ?

Il a été pointé récemment qu’il y avait une certaine déception par rapport à la façon dont fonctionnaient les institutions du pays. C’est un vrai sujet pour notre développement. Il ne s’agit pas de le conditionner, mais il s’agit de faire en sorte que cette aide aille sur le terrain, et donc d’adapter les outils. Il y a des pays où il y a une très bonne gouvernance, très peu de corruption, où on peut faire ce qu’on appelle de l’aide budgétaire. Il y a d’autres pays où quand la gouvernance est estimée insuffisante, on va faire plus d’aide projet où on va s’appuyer sur des acteurs dans lesquels on a toute confiance pour que l’aide soit effectivement efficace au plus près du terrain.

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