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Pourquoi le Tchad en vient à baisser les salaires des fonctionnaires

Par Dominique Baillard

Au Tchad, la contestation sociale enfle. Le mouvement a été déclenché suite à la baisse des traitements de la fonction publique appliquée à partir du mois de janvier. Un remède de cheval administré par un pays aux abois pour sortir de la crise de la dette.

Trois ans après la chute des cours du brut qui a précipité cet Etat pétrolier dans la crise économique, le gouvernement est aux abois. Ses recettes fiscales se sont effondrées et ses réserves de change sont quasiment épuisées. Or il a de multiples ardoises à régler. La plus urgente et la plus lourde, c'est une dette de 1 milliard 300 millions d’euros due à Glencore, le géant suisse du négoce de matières premières. Une dette astronomique pour l’un des pays les plus pauvres au monde. Le FMI veut bien l’aider mais, comme d’habitude, il pose ses conditions.

Premièrement, le FMI demande que les comptes publics soient à l’équilibre, d’où le nouveau remède de cheval administré dans la loi de finances 2018 : des traitements diminués de moitié. Etant donné que 3 salariés sur 4 occupent des emplois publics, on réalise à quel point cet effort colossal va peser sur la majorité des ménages.

Et deuxièmement, le FMI exige qu’un accord soit trouvé avec son créancier. Un accord pour rééchelonner cette dette devenue ingérable. Car l’emprunteur, la Société des Hydrocarbures du Tchad devait initialement rembourser en baril de brut. Les cours sont au plus haut quand Glencore lui octroie ce prêt pour lui permettre de monter au capital du consortium exploitant le principal champ pétrolier du pays, Doba. C’était en 2014. Mais depuis qu’ils ont baissé, il faut fournir toujours plus de barils et donc se priver de revenus d’exportations. La double peine pour le Tchad. Avec le conseil de la banque Rothschild, des négociations ont commencé il y a quelques mois pour remettre les comptes à zéro et le Tchad surtout a suspendu ses livraisons en nature à Glencore, lui préférant une compagnie américaine pour commercialiser son or noir, histoire de faire monter la pression sur ce puissant partenaire.

Un premier compromis était sur le point d’être trouvé fin 2017 mais il a été retoqué par Glencore.

Et par les banques françaises impliquées, la Société Générale et Natixis. Un autre accord serait à nouveau sur la table. Avec un rééchelonnement de la dette encore plus long que celui proposé en novembre, on parle cette fois de 14 ans. Des informations à prendre au conditionnel car non confirmées pour le moment alors que Ndjamena a tout intérêt à signer au plus vite pour débloquer enfin la ligne de crédit du FMI. Cette restructuration est donc cruciale, mais pas suffisante pour sortir le pays de l'ornière. Beaucoup d'autres dettes sont en souffrance.

Le ministre des Finances a reconnu que l'Etat s'est endetté auprès des banques locales pour verser les salaires des fonctionnaires.

Fragilisant ainsi le système bancaire. Enfin, l'Etat doit régler les entreprises qui ont réalisé des grands travaux. Le groupe français Vinci par exemple a un programme en cours de réalisation d'un montant d'environ un milliard d'euros. Pour retrouver un peu de marge de manoeuvre budgétaire, la loi de finances prévoit d'élargir la base fiscale en ponctionnant un peu plus les entreprises encore solvables. C'est bien pour remplir les caisses de l'Etat. Mais pas vraiment le bon signal pour faire venir les investisseurs dont le Tchad a tant besoin. Car ce pays en première ligne dans la lutte contre le terrorisme islamiste, avec un pactole pétrolier qui sera bientôt épuisé, doit préparer l'avenir. La conférence organisée à Paris en septembre dernier pour attirer les investisseurs était prometteuse. Mais pour l'instant une seule entreprise, le Français Duval a concrétisé son engagement.

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