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Idriça Djalo (Guinée-Bissau): «Que le président Vaz respecte la Constitution»

Par Christophe Boisbouvier

En Guinée-Bissau, la situation politique est bloquée depuis plus de trois ans, car le président José Mario Vaz refuse de partager le pouvoir avec un Premier ministre issu des rangs du PAIGC, le grand parti anti-colonialiste des années 1970. Mais aujourd'hui, les chefs d’État de la sous-région se fâchent et menacent de sanctions le camp présidentiel. Une solution est-elle en vue ? Idriça Djalo dirige le PUN, le Parti de l'Unité Nationale. En ligne de Bissau, il répond aux questions de RFI.

RFI : La semaine dernière, en réponse au dernier ultimatum de la Cédéao, le président José Mário Vaz a nommé un nouveau Premier ministre issu du parti majoritaire PAIGC. Est-ce qu’on va vers une sortie de crise ?

Idriça Djalo : Non. Les accords de Conakry sont très clairs. Le président Vaz avait soumis trois noms au médiateur de la Cédéao, le président Alpha Condé. Ces trois noms étaient Umaro Sissoco Embalo, Alhaji Joao Amadu Fadia et Augusto Oli Vaz. Le nom du consensus qui a été retenu par le médiateur et reconnu par la Cédéao est le nom d’Augusto Oli Vaz. Le choix par le président de la République de tout autre nom que celui d’Oli Vaz est clairement la continuation de la crise.

Depuis que le président José Mário Vaz a destitué le Premier ministre du PAIGC, Domingos Simões Pereira, en août 2015, c’est la crise ouverte entre le président et le parti. Mais depuis ces accords de Conakry d’octobre 2016, est-ce que l’on peut trouver une solution de sortie de crise ?

Oui, la solution a été trouvée. Ce qui est intéressant dans les accords de Conakry, c’est la feuille de route. C’est-à-dire que ce sont des réformes qu’il fallait faire au niveau de la Constitution.

Et peut-être une révision qui met fin à ce pouvoir bicéphale entre le président et le Premier ministre ?

Non. En fait, cela a été souvent compris comme bicéphalisme. Non, en fait, on est un système semi-présidentiel, où le président de la République est le chef de l’Etat, le Premier ministre, vainqueur des élections législatives, est chef du gouvernement. Comme la Constitution portugaise. En vérité, si ce système fonctionne parfaitement au Portugal et au Cap Vert et pas en Guinée-Bissau, c’est de par la volonté du chef de l’Etat d’usurper des compétences que la Constitution ne donne pas. Quand José Mário Vaz s’est porté candidat à l’élection présidentielle, il savait pertinemment que le gouvernement revenait au parti vainqueur des élections législatives. Et dans ce cas, c’est le PAIGC. Le fond de la crise, c’est qu’il y a, en Guinée-Bissau, un groupe constitué d’une partie de la classe politique, au niveau des forces armées ou au niveau du secteur privé, le secteur de l’argent, un groupe d’individus qui séquestre ce pays, qui invoque les prérogatives constitutionnelles du président de la République pour usurper le pouvoir de gouverner la Guinée-Bissau, contre la Constitution de Guinée-Bissau. C’est ça le problème ! Nous, nous combattons pour que le président Vaz respecte la Constitution. Nous n’avons jamais mis en cause sa légitimité. Ce que nous demandons au président Vaz c’est de respecter la Constitution. C’est tout.

Vous êtes allié au PAIGC et vous réclamez l’application de ce fameux accord de Conakry. Mais le PAIGC n’est-il pas, quand même, très affaibli par cette fronde de quelque quinze députés qui ont rejoint le camp du président José Mario Vaz ?

Je pense que cette division affaiblit, naturellement, le PAIGC, mais renforce l’esprit démocratique en Guinée-Bissau. Pour la première fois, les partis politiques avaient des divergences de fond, nous nous sommes rassemblés autour de la défense des valeurs démocratiques. Et nous pensons que, petit à petit, nous avons gagné la confiance de nos compatriotes. Et aujourd’hui, nous avons gagné la confiance de la communauté internationale.

Oui, mais en attendant votre adversaire, le président José Mário Vaz, a avec lui ses quinze députés du PAIGC qui lui permettent de vous tenir tête.

Non. Je pense qu’aujourd’hui, avec la décision de sanctionner tous ceux qui ne respectent pas les accords de Conakry, avec la position conjointe Nations unies - Union africaine, pour la première fois, le président José Mário Vaz a connu une très grande défaite. Aujourd’hui, ces décisions de la communauté internationale, de la Cédéao, pour sanctionner les fauteurs de troubles, reprises par les Nations unies et l’Union africaine, vont mettre pour la première fois depuis des décennies, le projecteur de la communauté internationale sur la Guinée-Bissau.

Vous comptez beaucoup sur les sanctions internationales de la part de la Cédéao, de l’Union africaine, de l’ONU, mais concrètement, de quelles sanctions pourrait-il s’agir ? Des sanctions individuelles, des sanctions collectives?

Comme l’a si bien dit le président Marcel de Souza, ce sont des sanctions individuelles et collectives les sanctions sur les voyages, sur la saisie de biens. Là où cela fait le plus mal, ce n’est pas leur porte-monnaie.

Vous citez Marcel de Souza, qui préside encore pendant quelques jours la commission de la Cédéao. On se souvient que l’année dernière, au micro de RFI, il avait menacé la Guinée-Bissau de retirer la force militaire sous-régionale ECOMIB. Est-ce que cette menace a été entendue ?

Oui, oui… Je pense que le président sait l’importance que représente pour sa sécurité personnelle cette présence de la force ECOMIB. Un chef d’Etat en exercice a été assassiné dans sa résidence. La Guinée-Bissau, je pense, est dans le peloton de tête des pays qui connaissent les coups d’Etat. Je pense qu’il a bien compris l’importance pour lui de la présence d’ECOMIB.

Si demain la Cédéao retire les quelque 500 soldats de sa force ECOMIB, vous pensez au risque d’un coup d’Etat militaire, un de plus, après les nombreux coups d’Etat qui ont émaillé l’histoire de votre pays depuis l’indépendance ?

Je pense qu’il faut envisager des possibilités de dislocation à grande échelle de la Guinée-Bissau. Aujourd’hui, ce n’est pas simplement la classe politique qui est fracturée, mais aussi les forces armées. Nous n’avons quasiment plus d’Etat. Et ce vide aura des conséquences immédiates. Ça impactera immédiatement la sous-région, que ce soit la Casamance toute proche ou la Guinée Conakry. C’est pour cela que la nomination d’Augusto Oli Vaz, ce n’est qu’un acte indispensable à la tenue d’élections libres et transparentes.

Des élections législatives d’ici la fin de l’année, comme prévues ?

Comme prévu. Et présidentielles l’année prochaine.

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