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Mahawa Kaba Wheeler (UA): «un seuil de 30% de femmes à toutes les fonctions»

Par Christophe Boisbouvier

Au moins 30% de femmes à tous les postes de responsabilité en Afrique. C'est l'objectif que s'est fixé l'Union africaine lors de son 30e sommet, il y a une semaine à Addis Abeba. La Guinéenne Wheeler Mahawa Kaba dirige le département Femmes, Genre et Développement à la Commission de l'Union africaine. Elle fixe le cap au micro de nos envoyés spéciaux.

Rfi : Wheeler Mahawa Kaba, est-ce que, la cause des femmes est moins bien défendue depuis que Nkosazana Dlamini-Zuma a quitté la présidence de la Commission de l’Union africaine ?

Wheeler Mahawa Kaba : La question de l’égalité entre les femmes et les hommes reste la priorité à la Commission de l’Union africaine. Mais également, à l’Union africaine, j’en profite pour féliciter et remercier Moussa Faki Mahamat, qui - vous vous souvenez -, pendant son discours inaugural, a dit qu’il fera des femmes et des jeunes «le cœur palpitant» de son agenda. Et depuis sa prise de fonction, il a mis en place un bon nombre d’initiatives, y compris même la composition de son cabinet, pour s’assurer que cette question reste et demeurera la priorité de notre organisation. Et ainsi, le président-professeur Alpha Condé a inscrit dans les grands dossiers de notre Union la question de la parité à l’ordre du jour.

Et lors du 30ème sommet, est-ce qu’il y a eu des moments forts de ce point de vue ?

Il y a eu des moments très, très forts. Juste avant l’ouverture du tout premier petit déjeuner des chefs d’Etat, qui avaient été conviés par le professeur Alpha Condé, c’était porté sur la question de la parité. En effet, le professeur Alpha Condé a tenu à marquer la fin de son mandat comme président de l’Union pour lancer un appel. Un appel fort à tous les décideurs, que ce soit dans le secteur public, privé, académique, professionnel… Pour dire : Nous avons fait du bon travail, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous nous sommes fixés comme seuil minimal 30 %. Et nous sommes toujours en-deçà de ces 30 %. Nous souhaitons que tous les décideurs prennent les devants pour s’assurer que, d’ici 2020 – qui est la fin de la Décennie africaine pour la femme – les 30 %, au  moins, que ce seuil minimal soit atteint.

Trente pour cent de quoi ?

Trente pour cent de représentation des femmes à toutes les fonctions de haut niveau, dans toutes les structures : administratives, politiques, sociales, dans la gouvernance.

Dans la gouvernance de l’Union africaine ou dans la gouvernance de chaque Etat africain ?

Dans toutes nos structures. Que ce soit au sein de l’Union africaine, où – vous n’êtes pas sans savoir - le leadership de la Commission est déjà à 50 % d’hommes et 50 % de femmes –, mais au niveau de nos Etats, où les grandes décisions sont prises -et j’en profite pour féliciter le Rwanda, qui a été récemment classé 4ème mondial sur l’échelle du Forum économique mondial de la parité- et donc, nous enjoignons tous nos décideurs de vraiment faire l’effort nécessaire, afin que ces 30 % - et je répète -, soient le seuil minium. Nous visons les 50 % dans nos assemblées nationales, dans les cabinets ministériels, dans les structures privées, dans les universités, dans la gouvernance locale… A tous les niveaux possibles.

Il y a un problème urgent, c’est la violence faite aux femmes, dans les zones de guerre, bien sûr, mais aussi dans les pays en paix, où beaucoup de femmes souffrent.

En effet, c’est triste. C’est une triste réalité. Il y a une équipe de la Banque mondiale, qui dit qu’en fait la violence qui est faite aux femmes leur coûte au moins cinq années de leur vie active. Et dans certains pays ça atteint des proportions inimaginables. Je répète ce que notre président Moussa Faki Mahamat a dit : « C’est la tolérance zéro que nous adoptons ». En effet, la violence n’a pas de place dans nos sociétés. Ce n’est pas que la violence physique. Il y a la violence psychologique, la violence morale… Toutes sortes de violences dans nos sociétés.

Il y a beaucoup de pays africains où il y a des lois, notamment contre les violences conjugales. Mais sont-elles appliquées ?

Oui, elles sont appliquées et je félicite un bon nombre de nos Etats, qui ont mis en place des mesures très concrètes. Il y a des lois, il y a dans certains pays, même des tribunaux spéciaux qui ont été créés pour traiter des cas de violence. Je peux vous donner l’exemple du Libéria, qui a l’a mis en place. Le Malawi par exemple, a mis en place dans toutes les provinces des structures juridiques pour traiter de la question. Nous avons également les violences, notamment celles liées aux mutilations génitales féminines, qui sont également traitées dans tous nos pays aujourd’hui et c’est devenu une préoccupation. Mais les efforts doivent être accélérés. Nous avons toujours des discordances entre nos coutumes et nos lois et nous voulons nous assurer que dans l’avenir les deux puissent travailler ensemble.

Et puis, pour atteindre la parité il faut que les jeunes filles puissent être scolarisées et ne soient pas mariées à l’âge de 12 ans !

L’éducation est fondamentale. Nous avons réussi à presque éliminer le quart au niveau primaire. Mais, malheureusement, au niveau surtout des mathématiques et des sciences et dans les institutions secondaires et tertiaires, les femmes, malheureusement, sont encore à la traine. Mais il y a des initiatives très importantes en cours. Par exemple, le Ghana a récemment déclaré l’éducation pour tous gratuite - surtout les jeunes filles - ; dans mon pays, la Guinée, c'est pareil. Nous avons beaucoup d’initiatives en cours. Mais l’éducation - et je le dis -, l’investissement dans l’éducation et surtout l’éducation de qualité, la formation des enseignants. Même la création d’infrastructures qui leur faut, sont des nécessités.

Et face aux mariages précoces, imposés par de nombreuses traditions, qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Comme vous le savez, en 2015, l’Union africaine, sous l’égide de la Zambie, a lancé l’initiative de lutte contre le mariage des enfants. Et un bon nombre – au moins plus de la moitié de nos Etats membres –, ont déjà lancé des campagnes. Des initiatives sont en cours. La sensibilisation de nos leaders communautaires, de toutes nos institutions, sont en cours. Et aujourd’hui ce sujet n’est plus un tabou. On en parle partout et je pense qu’avec ce genre d’argument, ces énergies, cet engagement renouvelé par rapport à ce sujet, le mariage des filles cessera dans notre continent.

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