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JP Sueur: disparition d’Ibni Oumar (Tchad), «on voudrait savoir la vérité enfin»

Par Esdras Ndikumana

Il y a dix ans, le 3 février 2008, l'opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh est enlevé, quelques heures après une attaque rebelle sur N’Djamena. A l'époque, ses proches et des témoins disent à RFI que ce sont des militaires tchadiens qui l'ont enlevé. Plus personne ne l'a revu depuis. Porte-parole de l'opposition tchadienne et chef du Parti pour les libertés et le développement, Ibni Oumar Mahamat Saleh était alors l'un des principaux opposants au président Deby. Au Tchad, la justice a rendu un non-lieu, alors qu'une enquête est ouverte en France depuis en juin 2013... Dix ans après la disparition de l'opposant tchadien, des voix continuent de s'élever pour que justice soit rendue. Jean-Pierre Sueur est l'invité de Esdras Ndikumana.

Le Sénateur du Loiret Jean-Pierre Sueur, continue de suivre l'affaire de la disparition de l'opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh. Nejmi/wikimedia.org

RFI: Pensez-vous qu’un jour on connaîtra la vérité sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh ?

Jean-Pierre Sueur: Je le souhaite de tout cœur mais j’ai des doutes parce que cela fait dix ans que nous nous battons sans avoir de résultat, jusqu’à ce jour.

Une procédure a été engagée en France. Avez-vous des informations sur cette instruction ? Est-ce qu’elle est bouclée ?

Une procédure avait d’abord été engagée au niveau européen. Le rapport de la Commission européenne était très accablant pour les autorités tchadiennes.

Ensuite, il y a eu un simili procès au Tchad, avec une commission préparatoire qui n’était composée que de membres du pouvoir exécutif. C’était quelque chose qui n’était donc pas crédible.

Et enfin, il y a, à la demande des deux fils d’Ibni, une procédure qui a été engagée en France, c’est-à-dire que les deux fils ont saisi le procureur de la République, Monsieur Molins. Il y a eu la désignation d’un juge d’instruction, suivi par l’avocat, Maître William Bourdon, qui me disait qu’il y avait un nouveau juge d’instruction qui a été nommé et qu’il faut donc qu’il prenne connaissance du dossier. Il faudrait qu’il y ait une  commission rogatoire et qu’il puisse aller faire une enquête sur place, au Tchad.

Pourquoi les enquêteurs français n’ont-ils  jamais pu interroger aucun témoin ni aucun suspect, au Tchad ? Qu’est-ce qui bloque ?

Ce qui bloque, me semble-t-il, ce sont les autorités tchadiennes. Je me souviens qu’une journaliste m’avait dit que, dès lors que l’on parlait de Gaëtan Gorce qui fut député sénateur et de moi-même, devant Monsieur Deby, il réagissait très mal et visiblement il ne souhaite pas qu’on lui parle de ce sujet. Je pense qu’il y a une sorte de verrouillage, de blocage, là-bas, pour empêcher toute enquête.

Selon vous, qui a tué Ibni Oumar Mahamat Saleh ?

Je ne sais pas. Malheureusement, je ne sais pas. Je sais ce qu’a dit la Commission européenne,  à savoir que les autorités politiques et gouvernementales étaient impliquées dans sa disparition et que l’armée tchadienne était impliquée. Il suffit de lire le rapport mais je n’en sais pas plus et le grand malheur, c’est qu’on ne peut pas répondre à la question. On n’a pas retrouvé son corps. Il n’y a pas eu de deuil pour la famille et surtout on ne connait pas la vérité. Les personnes qui sont à l’origine de sa disparition, ce qui est une façon pudique de parler parce que comme il y a toute raisons de penser qu’il est mort, eh bien ces personnes n’ont pas été, ni retrouvées, ni jugées, ni châtiées et cela, c’est quelque chose qui est inacceptable, même dix ans après.

Les premières années, il y avait une forte mobilisation en France et au Tchad mais aujourd’hui, on a l’impression que l’affaire est tombée dans l’oubli. Etes-vous d’accord avec cette affirmation ?

Eh bien c’est pourquoi, ce samedi, il y a un colloque auquel je participe ainsi qu’une vingtaine de personnes qui sont actives dans le domaine des droits de l’homme. Toute une série de personnalités viendront et c’est justement pour qu’on n’oublie pas Ibni et pour dire qu’il vit toujours dans nos cœurs, que nous pensons que les droits de l’homme ont été bafoués dans ce qui s’est passé et que nous voulons qu’on ne l’oublie pas, que son message reste vivant et qu’il faudrait savoir la vérité, enfin.

Le cas Ibni a été évoqué lors de la visite de François Hollande à Ndjamena, en juillet 2014. Il semblait y avoir alors une certaine volonté à faire la lumière sur cette affaire mais à partir du moment où la France a fait appel au Tchad pour sécuriser le Nord Mali, on a l’impression que Paris a privilégié l’alliance militaire avec Ndjamena à la clarification sur l’affaire Ibni. Est-ce que vous d’accord avec cette analyse ?

C’est vous qui le dites mais il est tout à fait évident que la coopération militaire de la France avec le Tchad est quelque chose qui pèse sur ce dossier. J’ai moi-même senti, plusieurs fois, quelques difficultés ou embarras. Néanmoins, je dois dire que les différents présidents de la République, Nicolas Sarkozy et François Hollande  -  nous allons saisir aussi l’actuel président Emmanuel Macron suite à la réunion de ce samedi – très loyalement, dans leur diversité, ont évoqué la question. Ils nous ont écrit des lettres en ce sens mais il est certain que Déby joue sur le fait qu’il y a une alliance militaire.

Nous, nous disons qu’il ne faut pas tout mélanger. Il est utile de lutter contre le terrorisme et nous devons le faire avec les alliés qui peuvent exister pour lutter contre le terrorisme et le Tchad fait partie du sujet. Néanmoins, cela n’empêche qu’il faut la vérité sur Ibni. Nous le pensons, c’est une question de droits de l’homme tout à fait fondamentale, une question de justice tout à fait fondamentale.

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