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A. Guterres (ONU): «Un mandat clair et des fonds pour les forces africaines»

Par Christophe Boisbouvier, Richard Riffonneau

Voilà un an qu'il dirige les Nations unies. Voilà aussi un an que les assassinats de casques bleus se multiplient : 61 pour la seule année 2017. Antonio Guterres veut réagir. Il y a deux jours, il est arrivé à Addis-Abeba, pour participer à l'ouverture du 30e sommet de l'Union africaine. Ce matin, le secrétaire général des Nations unies est l'invité de RFI pour un entretien exclusif.

Antonio Guterres, le sécretaire général de l'ONU accorde une interview à RFI, en marge du 30e sommet de l'Union africaine à Addis Abeba en Ethiopie, le 28/01/2018. RFI/Christophe Boisbouvier

►Antonio Guterres , secrétaire général de l'ONU

RFI : Depuis quatre ans, 204 casques bleus ont été tués. Pour la seule année dernière, 61 soldats de la paix sont tombés. Comment faire face à cette hécatombe ?

António Guterres : Je crois qu’il nous faut trois choses. Et nous venons de faire un examen rigoureux. Avec une équipe de militaires, dirigée par un militaire brésilien, on a fait un examen rigoureux des problèmes de performance des opérations de maintien de la paix, pour mieux comprendre comment répondre d’une façon globale à ce problème. Premièrement, il faut reconnaître toutes les situations ne sont pas des situations qui requièrent des opérations de maintien de la paix. Il y a des situations qui requièrent des opérations d’imposition de la paix et de lutte contre le terrorisme. Et là, on n’a pas besoin de casques bleus. Là, on a besoin de forces, notamment de forces africaines, mais il faut que ces forces africaines aient un mandat clair du Conseil de sécurité - sous le chapitre 7 - et des fonds garantis pour leur action.

Donc, il faut que les Etats-Unis soutiennent financièrement le G5 Sahel ?

Sans aucun doute. Nous avons dit, dès le commencement, qu’il nous faut un G5 Sahel avec un mandat plus fort et avec un financement garanti. Et que tous les membres du Conseil de sécurité devraient appuyer cette proposition. Malheureusement, le Conseil de sécurité en est suffisamment loin, mais nous espérons que cela puisse progresser dans cette direction. Première idée : Toutes les crises n’ont pas besoin de maintien de la paix. Il y a des situations qui exigent de l’imposition de la paix. Et cela ne se fait pas avec les casques bleus, cela se fait avec les forces - notamment africaines -, comme cela s’est fait avec l’Otan dans les Balkans par le passé. Deuxièmement, même dans les forces de maintien de la paix, il faut distinguer deux situations. Des situations - je dirais -, traditionnelles, où une force de maintien de la paix est là pour garantir la stabilité après qu’un accord de paix soit fait entre un gouvernement et un groupe rebelle. Cela fonctionne sans grand problème. Mais, de plus en plus, nous avons – et surtout les quatre grandes opérations : Congo, Mali, Centrafrique et Soudan du Sud –, une multiplicité de groupes armés, nous avons une situation sans solution politique, nous avons des combats et nous avons des forces qui sont attaquées. Et il faut le dire, aussi, en toute sincérité ; les forces ne sont pas suffisamment préparées et équipées pour ce type d’action. Alors, il nous faut, à mon avis, une réforme avec trois préoccupations. La première c’est de mieux définir les mandats des forces. Nous avons des mandats qui sont comme des arbres de Noël, qui ont des tas de choses. Ce n’est pas possible. Il faut concentrer le mandat dans l’essentiel. Et l’essentiel c’est : permettre une solution politique et la soutenir, et protection des civils. Ces armées ne sont pas des armées contre-terroristes, ces armées ne sont pas des agences de développement. Elles doivent avoir une mission très spécifique. Deuxièmement, il faut les renforcer. Et il faut leur donner plus de capacité de se défendre et de protéger les civils. Et là, il y a des problèmes d’équipement, d’entrainement. Il faut aussi que les pays du Nord aient une présence dans le peacekeeping. Pas seulement les pays les plus pauvres. Il faut, quand on fait appel à un pays qui a moins de ressources, qu’il y ait la capacité de l’entrainement, de l’équipement… Des conditions qui puissent permettre que cette force soit efficace dans un cadre comme celui que nous avons dans ces pays-là. Il y a tout un travail à faire, pour une force plus mobile, plus agile, avec beaucoup plus de capacités de renseignement, une meilleure liaison aux communautés locales. On va faire un travail en coopération avec les pays contributeurs de troupes pour faire cette révision-là, et d’ailleurs, deux ou trois réunions ici, exactement à ce sujet. Et finalement, il nous faut plus d’appui. Appui des pays contributeurs de troupes, qui, quelquefois, posent des restrictions, etc., qui ne sont pas compatibles avec la situation actuelle, appui des pays donateurs et appui du Conseil de sécurité dans le contexte de l’appui politique aux missions et à la solution des problèmes.

Au Congo-Kinshasa, le président Kabila a eu des mots durs contre la force Monusco. Or, dans votre mandat, dans ce pays, il y a notamment l’organisation des élections. Est-ce que cette partie de votre mandat embarrasse le président Kabila et est-ce la raison pour laquelle il menace à demi-mot la Monusco ?

Je crois que ce n’est pas la première fois. C’est toujours facile, quand les choses ne vont pas bien, d’essayer d’avoir un bouc émissaire. Et les forces des Nations unies sont facilement des boucs émissaires dans beaucoup de situations. Ce qu’il nous faut, c’est avoir des élections jusqu’à la fin de l’année, et ce qu’il nous faut, c’est que la Constitution soit respectée. Et là, nous ferons de notre mieux, d’une façon loyale et ouverte. Nous ferons de notre mieux pour que ces conditions soient remplies. Et aussi, pour que, dans le contexte de l’évolution du pays, il y ait des mesures de rétablissement de la confiance. Et ça a à voir avec la libération de gens qui sont en prison et qui ne doivent pas l’être…

Des prisonniers politiques…

Avec la façon dont les forces de l’ordre, quelquefois, utilisent la force d’une façon exagérée et face à des manifestations… Il faut, à tout prix, notamment éviter les attaques aux lieux saints de différentes religions, etc. Il y a des choses à faire. Mais l’essentiel, c’est d’avoir des élections dans le respect de la Constitution, jusqu’à la fin de l’année.

Le 12 mars 2017 ont été tués au Congo-Kinshasa deux experts de votre organisation de l’ONU, Zaida Catalán et Michael Sharp. Une enquête de RFI révèle que des agents de l’Etat congolais ont participé à l’organisation de la mission qui a coûté la vie à ces deux malheureux experts, mais cela n’apparaît pas dans le premier rapport du comité d’enquête mis sur pied par l’ONU.

Naturellement, dans ces situations, il y a toujours beaucoup d’opinions, beaucoup d’enquêtes. Ce que nous avons réussi, c’est obtenir l’insertion dans le système d’investigation des experts internationaux des Nations unies, qui vont travailler en toute indépendance pour pouvoir déterminer la vérité, et pour que, ceux qui en sont responsables soient effectivement punis.

Au Burundi, le gouvernement affirme que la situation s’améliore, que des réfugiés rentrent, qu’une partie de l’opposition dialogue, un référendum va permettre au président Nkurunziza de briguer un 4e mandat… Est-ce que, vous aussi, vous partagez ce même point de vue ? Vous estimez que tout va bien ?

Nous croyons qu’il faut un dialogue politique sérieux au Burundi, pour que toutes les forces politiques puissent participer à une solution. Et nous sommes encore, malheureusement, très loin de cette situation. Je crois qu’il y a un long chemin à parcourir.

Au Mali, le Conseil de sécurité se fâche. Il menace de sanctions les parties signataires qui ne respectent pas l’accord d’Alger de 2015. Alors, d’où vient la mauvaise volonté ? Est-ce du côté des rebelles de la Coordination du mouvement de l’Azawad ou est-ce aussi, peut-être, du côté du gouvernement de Bamako ?

Il faut dire qu’il y a une situation complexe. Je crois que maintenant, il y a une volonté politique très claire du gouvernement, qui nous a été manifestée dans les réunions qu’on a eues ici, de faire que les accords puissent être entièrement respectés. Il y a encore un certain nombre de choses à faire et je crois que, de la part des mouvements, il y a aussi cette conscience. Mais c’est un cadre très complexe ! Ce n’est pas seulement les mouvements rebelles, le gouvernement. Il y a les groupes terroristes, il y a la criminalité organisée, il y a les trafics… Et tout cela fait que, quelquefois, ces choses-là soient difficiles à mettre en ordre. Mais je crois que maintenant il y a une volonté politique de faire progresser plus rapidement. Il faut dire que par le passé, quelquefois, les choses étaient trop lentes… Progresser plus rapidement la création des conditions politiques pour que l’accord de paix soit entièrement respecté. Mais nous avons, naturellement, de grandes préoccupations en matière au Mali. Et c’est pour cela que nous étions très fortement en faveur d’une forte présence du G5 Sahel, avec un mandat robuste et avec un financement garanti.

En Libye, la France souhaite des élections dès cette année. Est-ce que vous êtes sur le même agenda ?

Ce que nous voulons, c’est que tout se passe bien et il faut dire que le recensement électoral se déroule d’une façon très, très positive. Cela veut dire que le peuple veut effectivement participer, veut choisir leurs dirigeants. Il y a tout un processus politique de négociations qui est en cours. Il y a une feuille de route qui a été établie par notre représentant spécial et j’espère que cette feuille de route puisse aboutir à des élections dans les meilleurs délais. Mais naturellement, en garantissant les conditions pour que ces élections soient effectivement des élections libres et justes.

Pas de précipitation ?

Je crois qu’il faut faire les choses bien et en même temps le plus rapidement possible.

 

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