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Dr. Cauchoix: à Madagascar, les malades de la lèpre doivent «vaincre la peur de se faire soigner»

Par Michèle Diaz

A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la lèpre, l'invité de la rédaction ce matin est le docteur Bertrand Cauchoix, médecin spécialiste en santé publique et représentant de la fondation Raoul Follereau à Madagascar, où la lèpre est encore endémique.

Rfi : Docteur Cauchoix, on sait qu’il existe encore beaucoup de nouveaux cas. Quels sont les pays les plus concernés ?

Docteur Cauchoix : Aujourd’hui, on diagnostique à peu près 210-220 000 cas de lèpre dans le monde, principalement dans trois grands pays: l’Inde, l’Indonésie, le Brésil. Et il y a 14 pays qui sont considérés comme très endémiques, dont des pays d’Afrique, Madagascar et la Côte d’Ivoire, par exemple, pour les pays francophones. Donc, en gros, 15 pays qui concentrent 90 % des 210 000 cas dépistés chaque année, les 210 000 cas étant souvent une sous-estimation du nombre réel de cas.

Qu’est-ce qui fait que ce bacille de la lèpre se développe et comment on peut lutter contre ?

La lèpre c’est une maladie infectieuse. Donc, c’est un bacille, comme vous l’avez dit. C’est une transmission contagieuse. La contamination se fait essentiellement par voie respiratoire. Les freins à la lutte c’est souvent l’ignorance des populations, qui ont du mal à faire un lien entre une pathologie qui pour nous est infectieuse et qui pour eux, souvent, on va avoir une connotation «sorcellerie». Donc, pourquoi aller voir un médecin pour une maladie qui n’est pas une maladie, qui est un sort jeté ? Donc, ça, c’est le premier combat. Et la deuxième chose c’est qu’on travaille souvent dans des pays où la pénétration du système de santé est très moyenne et aussi les zones où se concentrent beaucoup de malades sont des zones où il y a peu de soignants.

Qu’est-ce qu’on peut dire au niveau des moyens de prévention et notamment au niveau des traitements ?

Cela nécessite des moyens importants pour assurer une logistique pour les mettre en traitement. Les autres moyens sont des traitements antibiotiques qui pourront être donnés au contact des malades pour éviter le passage d’une infection. C’est-à-dire qu’à la personne qui a été en contact avec un malade, et qui s’est infectée, on pourra lui donner un médicament pour reculer ou bloquer le passage à la maladie.

Comment éviter, justement, la propagation de cette maladie ? Qu’est-ce qu’on peut proposer de plus pour vraiment enrayer cette stagnation des chiffres de la lèpre ?

Déjà, il faut banaliser la maladie. Dire que c’est une maladie et faire en sorte que les populations atteintes de lèpre n’aient pas peur d’aller se faire soigner. Deuxième chose : il faut renforcer l’accès aux soins. Et ça, c’est compliqué. Qu’ils n’aient pas peur d’aller se faire soigner : cela a une tellement mauvaise connotation qu’aujourd’hui les malades sont les premiers à s’auto-discriminer et à ne pas vouloir aller se faire soigner ! Donc, déjà il faut banaliser. Dire : « Vous avez une maladie, ça se soigne. Donc, allez-vous faire soigner !» Maintenant, le deuxième problème : il faut des soignants, il faut pénétrer le milieu rural pour donner les capacités aux soignants à être présents dans des villages qui sont souvent reculés.

Parmi les pays endémiques vous avez cité Madagascar, mais aussi la Côte d’ivoire. Le niveau de vie n’est pas le même. Alors, pourquoi ?

Effectivement, la Côte d’Ivoire est presque un pays à un niveau intermédiaire. Mais néanmoins, je pense qu’il y a quand même encore des populations qui sont relativement démunies et qui, de ce fait, ont une immunité personnelle qui est moins forte et qui fait le lit de la maladie. La maladie de la lèpre, quand même, elle fait son lit sur des baisses de l’immunité. Et donc, même dans des pays à revenu intermédiaire, il y a des populations qui ont une susceptibilité plus importante. Et la Côte d’Ivoire - ce n’est pas un secret -, elle a été traversée par des conflits, dernièrement, qui ont fait qu’il y a probablement moins de malades qui ont été soignés pendant les conflits. Du coup, il y a eu plus de contaminations. Il y a peut-être eu une augmentation du nombre de cas: la contagion s’est remise à galoper parce que les gens n’avaient pas accès aux soins pour se faire soigner.

La recherche c’est le salut ?

La recherche c’est essayer de trouver des moyens pour diagnostiquer la lèpre. L’idéal serait qu’aujourd’hui on puisse diagnostiquer l’infection à un stade infra- clinique, pour pouvoir dire : lui, il est infecté, donc, potentiellement il a plus de chance un jour de développer la maladie, et lui donner un traitement qui va l’empêcher de développer la maladie.

La deuxième chose c’est - pour les malades potentiellement à traiter -, trouver des médicaments qui soient efficaces, sans passer par douze mois de traitement.

Et le rêve, c’est un vaccin efficace et facile à diffuser. Il faut rêver. Je pense qu’on en est loin encore, parce que personne n’est prêt à financer ce vaccin et encore moins à en financer la mise en œuvre sur le terrain.

► voir aussi le site de la Fondateur Raoul Follereau

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