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Donald Trump met le feu au globe

Par Jean-Baptiste Placca

Cette fois-ci, l’indignation semble générale. Et les propos du président des Etats-Unis, ce jeudi, sur l’immigration, ont été condamnés presque partout, tout spécialement en Afrique. D’aucuns refusent même de n’y voir qu’un nouvel écart de langage ou un dérapage malheureux, et dénoncent du racisme pur. Que penser de telles accusations ?

D’abord, il ne faut pas perdre de vue que c’est du leader du monde libre dont il est question, ici. Que l’homme le plus puissant du monde use d’un tel langage pour parler d’autres peuples, d’autres nations, est particulièrement grave. L’Afrique s’offusque, et elle a raison de s’offusquer. Mais l’on est soulagé de constater que c’est d’abord une partie importante du peuple américain qui s’offusque et s’interroge, à nouveau, sur l’aptitude mentale de Donald Trump à gouverner le monde, à diriger les Etats-Unis. Dès que ses propos ont été rapportés, radios et télévisions du pays ont battu le rappel de leurs meilleurs analystes, pour débattre, sans concession, de l’indécente posture du locataire de la Maison Blanche.

Aussitôt, le très prestigieux New York Times, sous un titre d’une rare férocité, a publié un éditorial d’une violence appropriée.

Quel est-il ce titre ? Et que dit l’article ?

« Monsieur Trump est-il cinglé ? ». Et on lit que, dans le bureau ovale, le comportement du président des Etats-Unis, tour à tour « impulsif, fantasque, imprévisible, malhonnête, enfantin, puis grossier », est tellement inquiétant et si éloigné de ce que les Américains peuvent attendre de leur commandant en chef, que s’impose une analyse approfondie. C’était jeudi, peu après la divulgation des propos du président. A la fin de cet éditorial, le prestigieux quotidien new-yorkais annonçait le titre de l’éditorial du lendemain.

Donc, l’édito d’hier, vendredi… Et ce titre est ?...

« Dites-le simplement : Trump est un raciste !».

On imagine que le New York Times, pour formuler une telle accusation, propose, à la clé, une démonstration claire et précise…

Absolument ! Voilà ce que dit cet édito : Lorsqu’il s’agit du président Trump et des questions de race, c’est toujours le même schéma classique : il fait une remarque qui semble raciste, et les gens engagent un interminable débat, aux fins de savoir s’il est, personnellement, raciste ou pas. Ses détracteurs disent alors qu’il l’est, et ses défenseurs s’emploient à expliquer que la question de la race est secondaire dans son raisonnement. Exemple : « Il veut simplement signifier que si vous voulez vivre à l’aise, quelque part, Haïti est un bien pire endroit que la Norvège ». Sous-entendant que le fait que les Haïtiens sont noirs et les Norvégiens blancs, ne serait qu’un détail dans la remarque du président. Et le quotidien de conclure qu’il est temps de briser ce cycle de l’hypocrisie. Car si Trump est seul à savoir ce que sont ses réelles motivations, les actes qu’ils pose et les propos qu’il tient sont, désormais, suffisamment nombreux et clairs pour permettre de conclure que Donald Trump traite les Noirs et les Latinos différemment de la façon dont il traite les Blancs. Et c’est tout cela qui fait de lui un raciste. Point final.

Quelle leçon tirer de tout cela ?

C’est l’hebdomadaire The New Yorker qui, ce même jeudi, sur son site internet, a titré sur « l’inaptitude grandissante de Donald Trump à assumer la fonction présidentielle », le comparant à Néron, l’empereur romain, despote cruel, à propos duquel les historiens se demandent encore, deux mille ans après, s’il était réellement un malade mental, ou s’il feignait délibérément la folie, au point de la mettre en scène.Vous l’avez compris, dans certains milieux, aux Etats-Unis, l’on s’interroge sérieusement sur la santé mentale du président Trump, sans que cela puisse servir d’excuse. Encore que, dans certaines sociétés, en Afrique, les fous sont considérés comme ceux qui osent les vérités que ne peuvent se permettre les gens… normaux. Ce qui nous ramène aux raisons pour lesquelles Donald Trump qualifie certains pays de… « trous à rats », c’est la traduction exacte de l’expression qu’il a utilisée.

Pour que Donald Trump assemble tous les Etats dans sa catégorie de pays d’on-ne-sait-trop-quoi, il a nécessairement fallu que certaines de ces nations répondent aux critères de ses amalgames à lui. Après tout, n’est-il pas vrai que certains pays sont si mal gérés que la tentation peut être grande, pour des personnes manquant de finesse, de les englober dans un certain mépris ? Il s’agit des pays qui… se laissent aller, et manquent tellement de tenue qu’ils peuvent s’exposer au mépris et à la grossièreté de ceux qui ont besoin de tout mélanger, pour mieux rejeter.

Alors, oui, après l’indignation et les gestes de fierté diplomatique pour marquer le coup, chaque pays, chaque peuple, en Afrique en tout cas, devrait se demander ce qu’il fait, ce qu’il doit faire, pour mériter le respect, y compris de gens comme l’actuel locataire de la Maison Blanche.

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