rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
  • Paradis fiscaux: l'Union européenne retire huit pays de sa liste noire, dont le Panama (source européenne)
  • Carrefour: l'Etat sera «vigilant sur l'accompagnement de chaque salarié concerné par le plan» (Le Maire)
  • Carrefour: 2400 suppressions de postes via un plan de départs volontaires (groupe)
  • Un séisme de magnitude 6,4 a secoué Jakarta (agence gouvernementale)
  • Japon: un mort après une éruption volcanique (secouriste)
Invité Afrique
rss itunes deezer

Tiebilé Dramé: «L'année 2017 a été la plus meurtrière depuis que IBK est au pouvoir» au Mali

Par Christophe Boisbouvier

Au Mali, vous l'avez entendu hier sur RFI, le nouveau Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, promet des « mesures fortes » pour rétablir la sécurité au centre et au nord du pays avant la présidentielle de juillet prochain. Comment réagit l'opposition ? Tiebilé Dramé a été ministre des Affaires étrangères. Plus récemment, il a négocié l'accord de cessez-le-feu de juin 2013 avec les groupes armés du nord du Mali. En ligne de Bamako, le président du parti Parena répond aux questions de C. Boisbouvier.

RFI : Tiébilé Dramé, le nouveau Premier ministre promet aux Maliens des mesures fortes pour assurer leur sécurité. Qu’en pensez-vous ?

Tiébilé Dramé : Avant lui, le président aussi avait annoncé qu’il allait mettre en œuvre un programme de sécurisation de la région du centre. Ce programme-là, le plan de sécurisation intégré des régions du centre (PSIRC), a été adopté en février 2017. Alors, s’ils attendent un an après pour le mettre en œuvre, vous avez une indication de l’immobilisme dans lequel le pays baigne depuis quelque temps.

Oui, mais justement, il y a un nouveau Premier ministre qui a été dans le passé chef des renseignements, ministre de la Défense, ministre des Affaires étrangères. N’est-ce pas un homme à poigne ? N’est-ce pas, justement, un homme qui peut, peut-être, ramener la sécurité au centre et au Nord ?

Ce que les dirigeants de l’Etat malien n’ont pas pu faire en quatre ans et demi – ils étaient tous là, ensemble – on voit mal comment ils vont le faire dans les six mois qui nous séparent de la fin du mandat. Je crois que la situation est suffisamment dégradée. L’année 2017 a été l’année la plus meurtrière depuis que le président Ibrahim Boubacar Keïta est au pouvoir. Il y a eu, au moins, 716 morts au Mali, dont près de 300 militaires maliens et étrangers. Je crois que c’est assez indicatif de la dégradation de la situation au Mali, au Nord et au centre en particulier. J’ajoute que l’immobilisme a une conséquence. C’est le pourrissement. Alors, quand on veut maintenant mettre ce programme en place dans un contexte de pourrissement de la situation, là, je pense que nos pouvoirs publics sont un peu démunis, non ?

Pour faciliter la réconciliation nationale, le président Ibrahim Boubacar Keïta annonce une loi d’entente nationale qui exonèrera de poursuites judiciaires toute personne impliquée dans une rébellion, mais qui n’aura pas de sang sur les mains.

Je crois que cela aussi, relève de déclarations de bonnes intentions. A six mois de la fin du mandat du président de la République ! Dans un contexte de détérioration de la situation générale du pays ! Je ne vois pas ce qui est possible.

Donc vous êtes d’accord avec cette idée de l’entente nationale, mais vous n’êtes pas d’accord avec son calendrier. Est-ce qu’on ne peut pas vous répondre qu’il vaut mieux tard que jamais ?

Ce n’est pas seulement le calendrier. Je déplore le manque de discussions avec le reste du pays concernant des mesures aussi importantes. Quand on n’est pas capable de discuter avec l’opposition, avec la société civile, que pouvons-nous proposer à ceux qui avaient pris un moment les armes contre le pays ? Nous devons en tirer les leçons. Le déficit de concertation interne a toujours un impact.

Sur le plan idéologique et religieux, notamment dans le centre du Mali, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga souhaite ce qu’il appelle « une riposte doctrinale » qui s’appuiera sur « les forces les plus saines » du monde religieux. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je pense qu’il aurait été judicieux de lui demander d’élaborer un peu ce qu’il entend par riposte doctrinale. La réalité est que le centre du Mali est en feu. Il y a deux ans, nous n’avions pas de problèmes dans cette région importante de notre pays. Et aujourd’hui, la menace est là, partout, jusque - y compris - aux portes de Niono, à 100 kilomètres de Ségou. Il est regrettable que le gouvernement s’engage dans une voie de résolution, encore une fois, sans discussion avec le reste du pays.

Parmi les mesures annoncées dans les semaines qui viennent, le Premier ministre proposera - notamment dans le centre - un service public itinérant, notamment en matière sanitaire et scolaire.

Oui, je sais que c’est cela qui est partie intégrante du PSIRC dont nous parlions ; le programme de sécurisation intégré des régions du centre. Je suis dépassé par l’immobilisme qui a caractérisé les pouvoirs publics maliens. Encore une fois, ce programme a été validé en février 2017. On a laissé la situation pourrir. C’est pourquoi je suis sceptique.

Mais on ne peut pas vous répondre que mieux vaut tard que jamais ?

Mieux vaut tard que jamais… En la matière, tant qu’il y a pourrissement de la situation, quand il y a des communes du cercle de Mopti - de la région de Mopti - qui sont des califats islamiques aujourd’hui… Ce gouvernement a baigné dans l’immobilisme, dans l’attentisme. Alors, on peut dire : c’est heureux qu’il se réveille maintenant. Mais enfin, il se réveille à six mois de la fin du mandat ? Il pourrait difficilement esquiver l’accusation ou la remarque d’être en campagne pour l’élection présidentielle. D’ores et déjà, je dis qu’on a laissé pourrir la situation et qu’elle est suffisamment gâtée aujourd’hui pour être rattrapée.

Le Premier ministre envisage une visite à Alger dans les prochains jours. Est-ce que vous n’avez pas été surpris, lors de la dernière réunion du G5 Sahel le mois dernier à Paris, de voir plusieurs pays d’Europe et du Moyen-Orient, mais de voir que l’Algérie était absente ?

Bien sûr que la présence de l’Algérie est nécessaire ! L’Algérie, certes, mais pas seulement l’Algérie. Le Maroc, par exemple, nos voisins immédiats que sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, par exemple. Nous avons besoin de tout le monde.

Oui, mais les rebelles, comme Iyad Ag Ghali, ils ne se cachent pas au Maroc ou au Sénégal. Ils se cachent en Algérie !

Alors, bienvenue à l’Algérie. Bienvenue ! L’Algérie a abrité les négociations, elle préside le comité de suivi de l’accord d’Alger, elle joue déjà un rôle. Mais il ne faut pas se limiter là ! Ce que ne peut pas faire l’Algérie ou ce que ne veut pas faire l’Algérie, d’autres pays sont sans doute disposés à le faire. Je suis désolé de citer le cas d’un pays comme le Maroc, qui a une expertise reconnue, avérée.

Mais vous, qui connaissez bien les problèmes du Nord – vous avez été le négociateur de l’accord de juin 2013 à Ouagadougou –, comment expliquez-vous le fait que l’Algérie ne veuille pas participer aux travaux actuels de lutte contre le terrorisme au Sahel dans le cadre du G5 Sahel ?

J’imagine que l’Algérie participe aux efforts de stabilisation de la région. Maintenant, elle n’est pas dans le cadre du G5 Sahel, je ne suis pas dans le secret des dieux. Je ne connais pas les arguments de l’Algérie pour ne pas participer à cela. J’exprime un vœu ; que l’Algérie participe, qu’au-delà de l’Algérie, d’autres participent également.

Tiébilé Dramé, à la fin de l’année dernière vous vous êtes rendu discrètement à Rome pour rencontrer les négociateurs de Sant’Egidio. Y-a-t-il des discussions du côté de Sant’Egidio pour résoudre la crise au nord du Mali ?

Non, non… Pas du tout. Je n’ai pas la charge de la décision malienne. Ce que je dis et ce que je fais n’engagent pas les pouvoirs publics maliens. Mais j’ai la liberté de mouvement, de contact, de discussion, d’échange avec tous ceux qui sont préoccupés par les questions de paix et de stabilité en Afrique.

Et est-ce que Sant’Egidio est en train de s’impliquer dans des discussions sur le sujet du nord du Mali ?

Non, pas du tout, pas sur le nord du Mali. Je n’ai aucune connaissance de cela. On n’en a pas parlé. Je ne les aurais pas encouragés de s’engager sur le sujet du nord du Mali.

Mais vous n’allez pas me faire croire que vous n’avez pas évoqué une seule fois la question du Mali lors de vos rencontres avec Sant’Egidio ? Vous êtes malien vous-même.

Bien entendu. On a parlé du conflit au Mali comme on a parlé du Soudan du Sud où ils sont engagés, par exemple. On a parlé des conflits dans d’autres parties de l’Afrique. On a parlé de la situation au nord du Mali. Ils veulent savoir ce qui s’y passe, pourquoi l’accord de paix ne progresse pas… Je vous dis : je ne les aurais pas encouragés à s’engager au nord du Mali. Mais nous avons, bien entendu, échangé sur la situation au nord du Mali. Et je ne crois pas qu’ils aient l’intention de s’engager au nord du Mali. Ils ne m’en ont pas parlé. S’ils m’en avaient parlé, je les aurais dissuadés.

Le président Ibrahim Boubacar keïta et le Premier ministre Boubèye Maïga promettent que l’élection présidentielle se tiendra comme prévu, cette année, en 2018. Est-ce que vous êtes rassuré ?

J’espère que ce n’est pas un autre wishful thinking.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire une déclaration d’intention. Parce que je ne vois pas encore ce qui se met en place pour préparer l’élection présidentielle de 2018. C’est-à-dire, réunir sans tarder toutes les forces vives du pays pour faire l’audit du fichier électoral, pour prendre les mesures législatives nécessaires, pour renforcer le pouvoir de la commission électorale. Donc, il y a des mesures urgentes à prendre pour clarifier le rôle de la Cour constitutionnelle du Mali. Il y a une nécessité de réunir les parties prenantes. Nous devons nous parler. Et que le gouvernement se mette au travail pour élaborer un chronogramme précis, afin que nous soyons prêts pour juillet-août 2018.

Et serez-vous candidat cette année Tiébilé Dramé ?

Je pense très sincèrement que l’alternance est une impérieuse nécessité dans notre pays. Au regard de l’immense échec du président de la République, au regard de l’immense gâchis auquel nous assistons aujourd’hui – quatre ans et demi qui ont vu la situation du pays se dégrader –, maintenant, parce que l’alternance est la question la plus importante, je suggère le plus large rassemblement possible de toutes les forces du pays autour d’un projet, pour, justement, relancer le processus de paix au nord, éteindre le feu au centre. Vous voyez que je réponds à votre question.

Donc vous appelez à une candidature commune de l’opposition ?

Exactement. Autour d’un projet. Parce que - voyez-vous - en 2013, des Maliens et des non Maliens, à la recherche d’un homme providentiel, ont négligé l’aspect du projet pour restaurer la paix et la stabilité au Mali. Le gâchis est là. Il est immense. Il est terrible.

Marie-Ange Mushobekwa: en RDC, «l'Eglise n'est pas là pour prendre parti»

Mathias Hounkpé: «Tous les Libériens devraient être satisfaits aujourd'hui»

En RCA, 50% de la population a besoin d’assistance humanitaire selon le CICR

Tentative de putsch en Guinée équatoriale: Obiang Nguema demande l’aide de la France

Mahdi Jomaa, ex-Premier ministre tunisien: «la transition économique s’imposait»

Corneille Kanéné (urbaniste): Kinshasa a «beaucoup de constructions anarchiques»

Michael Ayari: en Tunisie, il y a une certaine «nostalgie de la période de l'autoritarisme»

Jeffrey Hawkins: «J'ai constaté un fort recul de l'influence américaine à travers le monde»

Accel Arnaud Ndinga Makanda: les déclarations de Kolélas sont «fantaisistes»

Guy-Brice Parfait Kolélas: «en Afrique quand on manifeste, il y a un bain de sang»

S.Boubeye Maïga (1er ministre): «Rassembler et assurer la sécurité des Maliens»

Prof. D. Bompangue: «On va éviter une explosion épidémique» de choléra à Kinshasa

Adrien Akouété (CSI): au Bénin, «cette loi qui réduit le droit de grève est un recul»

Arthur Banga: en Côte d'Ivoire, «il y a de gros efforts à faire sur l'équipement des armées»

René Lefort: l'amnistie des prisonniers politiques éthiopiens est «inattendue»