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Prof. D. Bompangue: «On va éviter une explosion épidémique» de choléra à Kinshasa

Par Florence Morice

L'épidémie de choléra qui sévit en RDC est la pire qu'a connu le pays depuis 1994. Déjà 1132 morts depuis le mois de juillet, 24 des 26 provinces touchées, et depuis novembre, la capitale, Kinshasa n'est plus épargnée. Sur les 8 millions de dollars dont le ministère de la Santé dit avoir besoin pour en venir à bout, seul 1 million est pour le moment disponible. Pour en parler, RFI reçoit le professeur Didier Bompangue Nkoko, coordonnateur du Programme national d'élimination du choléra.

RFI: Le nombre de décès enregistrés a baissé en fin d’année et en même temps les autorités ont annoncé une nouvelle épidémie de choléra à Kinshasa. Est-ce que le choléra progresse encore ou est-ce qu’on commence à voir le bout de l’épidémie ?

Professeur Bompangue Nkoko: Si on considère le nombre absolu des cas rapportés chaque semaine, on est dans une phase descendante, en continu, depuis bientôt trois semaines, ce qui est une très bonne nouvelle.

Cependant, sur le plan géographique, effectivement on continue à observer de nouveaux foyers, comme celui de Kinshasa actuellement qui a la particularité de survenir dans une zone densément peuplée. On est à des densités de plus de 3 000 habitants au kilomètre carré. C’est un sujet d’inquiétude mais nous étions quand même assez préparés à cette extension et on espère donc, très rapidement pouvoir mettre en place toute la machine pour éviter une explosion épidémique qui nous fasse perdre le bénéfice de ce que l’on a observé, depuis bientôt trois semaines.

Cela fait combien de temps que le Congo n’a pas connu une épidémie de choléra de cette ampleur ?

Pour retrouver une épidémie d’une telle ampleur, il faut retourner à 1994, avec l’afflux des réfugiés venus du Rwanda, après le génocide dans ce pays.

Mais à l’époque, Kinshasa, la capitale, n’avait pas été touchée ?

L’épidémie n’est pas arrivée à Kinshasa directement en 1994. En revanche, en 1997, lorsque nous avons eu le déplacement des réfugiés de l’est vers l’ouest, là, nous avons eu une progression de cette épidémie également à Kinshasa et ce, jusqu’au début des années 2000. Elle a pu alors être maîtrisée principalement avec la mise en place d’actions lourdes, comme les grands curages des égouts de Kinshasa.

Mais comment expliquer une telle propagation ? Qu’est-ce qui a changé ? Est-ce que la bactérie est plus agressive cette année ? Est-ce que la RDC était moins bien préparée ?

Cette épidémie est la conséquence d’une longue épidémie qui est partie de la fin des années 2015 et qui a été insuffisamment gérée. On a laissé trainer des foyers majeurs qui n’étaient pas des foyers traditionnels d’épidémie de choléra connus.

Un des exemples, c’est le foyer de Kimpese dans le Congo central. De mémoire, je ne me souviens pas avoir connu une épidémie de longue durée dans cette zone. Le fait de ne pas être arrivés à ramener la situation à zéro cas, cela a permis le maintien des foyers, tout proches des grandes villes.

Pour exemple, les tout premiers cas de Kinshasa proviennent de ce foyer de Kimpese. Par conséquent, s’ils avaient été correctement gérés en 2016 car il y a eu quand même suffisamment de moyens mis à disposition des acteurs, nous n’en serions pas là, aujourd’hui.

La deuxième raison, c’est la fragilité accélérée de tout le dispositif social. L’exemple le plus frappant, c’est la flambée des épidémies de choléra dans les provinces du Kasaï. Pour commencer, c’est une zone où les indicateurs, en termes d’accès à l’eau potable et d’accès aux latrines, sont les moins bons. Quand on associe cela à tout le conflit que venait de connaître cette province, on a une potentialisation de tous les facteurs qui prédisposent à une épidémie de grande ampleur.

Enfin, d’une manière générale, plusieurs villes aujourd’hui sont confrontées à une problématique de surpopulation, avec des populations qui habitent de plus en plus dans des zones non prévues pour être des zones à urbaniser. Or, toute cette urbanisation anarchique fait que ça augmente les risques d’explosion épidémique en cas d’introduction de la bactérie, dans ces régions-là.

L’année 2017 est aussi une année où le nombre de déplacés internes au Congo a explosé. Est-ce que c’est une des explications ?

Effectivement, c’est une des explications. Le problème c’est que certaines zones de persistance de situations conflictuelles entrainant des mouvements de population se trouvent être également des zones fréquemment touchées par des épidémies de choléra. Donc, nous avons des déplacements de populations qui se trouvent quelquefois en période d’incubation, ce qui fait que la maladie se déplace des zones infectées vers des zones saines, déplaçant ainsi l’épidémie.

L’autre facteur, c’est que des populations arrivant dans une zone où on a des épidémies latentes, eh bien ces populations, sans moyens d’accueil, se retrouvent un peu plongées comme dans un feu qui ne peut que se rallumer à nouveau. Du coup, nous avons des résurgences d’épidémie qui s’éteignent et des apparitions d’épidémie dans les zones qui, auparavant, étaient indemnes d’épidémie.

Vous l’avez dit. Vous n’avez pas les fonds nécessaires, pour le moment, pour faire face à cette épidémie. Comment voyez-vous l’avenir de cette épidémie, dans les prochaines semaines et les prochains mois ?

Ce que j’espère, c’est que la nouvelle année fiscale fera que, finalement, tous ceux qui nous disaient « Nous sommes en fin d’année, on ne peut pas financer maintenant », programmeront,  maintenant que nous sommes en début d’année, la RDC dans le financement de la lutte contre cette épidémie qui ne s’est pas encore terminée. Et, bien plus que cela, nous espérons que l’élimination du choléra en RDC sera planifiée dans le financement du plan quinquennal 2018-2022.

Certains bailleurs ont été rendus frileux par des problèmes de gestion internes.

C’est sûr. Ceci étant, il appartient à chacun de prendre les responsabilités pour faire en sorte que les choses se passent de la bonne manière. Mais la bonne manière de faire n’est pas de sanctionner les populations. Elles n’y sont pour rien.

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