rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
Invité Afrique
rss itunes deezer

Adrien Akouété (CSI): au Bénin, «cette loi qui réduit le droit de grève est un recul»

Par Alexis Guilleux

C'est une loi qui fait débat au Bénin. Le 28 décembre, les députés béninois ont voté un texte pour interdire le droit de grève à plusieurs professions. Particulièrement ciblés, les fonctionnaires de la santé ou encore de la justice. Les magistrats béninois ont d'ailleurs mené une grève de 3 jours cette semaine pour contester cette loi. L'an dernier, c'est au Tchad que les menaces sur le droit de grève se sont fait sentir. Un droit de grève en recul sur le continent africain selon Adrien Akouété, secrétaire général adjoint de la CSI Afrique (Confédération syndicale internationale).

RFI: Quel regard portez-vous sur le texte voté, la semaine dernière, par les députés béninois, qui interdit à certains fonctionnaires de faire grève ?

Adrien Akouété: Nous, nous entendons qu’il y a une loi qui retire le droit de grève au Bénin. Nous pensons que c’est un recul par rapport à la démocratie qui existe au Bénin et par rapport également aux libertés fondamentales individuelles. Il s’agit donc d’une loi, pouvons-nous dire, liberticide. C’est une loi qui vient au moment où à un moment donné de notre histoire, ici en Afrique, il y avait déjà une velléité des employeurs et je pense que c’est la nouvelle bataille qui va commencer au Bénin.

Comprenez-vous l’argument de ceux qui veulent un service minimum, un service continu dans certains secteurs de l’État, comme la Santé par exemple ?

Dans tous les secteurs, le service minimum est déjà prévu. Selon la loi de 2002 au Bénin, le service minimum dans le secteur de la Santé est déjà prévu et il a été même prévu qu’il y ait de la réquisition si l’on considère que les choses sont graves. Alors, pourquoi veut-on aujourd’hui lui retirer le droit de grève ? Sans doute parce que les nouvelles autorités pensent que la grève commence à les embêter.

Et selon vous, comment se porte le droit de grève sur le continent africain ?

Vous savez le droit de grève est menacé partout en Afrique et dans le monde. Aujourd’hui, les employeurs aujourd’hui, surtout les libéraux, ceux qui pensent que l’économie donnera toujours des profits, pensent que la grève est un moyen de les empêcher de tourner en rond. Ils essayent donc, par tous les moyens, à réduire, sinon à supprimer, le droit de grève. C’est une bataille qui vient de commencer et la CSI est prête à mener cette bataille pour que ce droit qui est un droit inaliénable, qui est la seule arme lorsque les négociations patinent ou n’aboutissent pas à de bons résultats, puisse permettre alors aux organisations professionnelles et syndicales de se montrer face à leurs employeurs et faire plier l’employeur s’il le faut.

Selon vous, est-ce un droit qui est plus menacé qu’avant ?

Il est plus menacé qu’avant parce qu’aujourd’hui, le libéralisme poussé et anarchique se passe dans le monde entier. Par ailleurs et surtout, quand on voit les élections des entrepreneurs à la tête des Etats, on se rend compte que ce sont des hommes ou des femmes qui ne pensent qu’à leurs profits et non à la précarité de l’emploi.

Selon vous, dans quel pays, sur le continent, le droit de grève est-il le plus menacé ?

Je dirais qu’il y a des tentatives de retirer le droit de grève, par exemple, au Tchad. Cela s’est effectivement passé et il a fallu la présence des syndicats pour que le gouvernement se retire. Au Bénin aujourd’hui, ils sont en train de le restreindre dans certains secteurs. Si le gouvernement finit par promulguer des lois pour pouvoir restreindre ce droit de grève, nous sommes sûrs que ça va dégénérer.

Et selon vous, y a-t-il des pays, sur le continent, qui sont des modèles dans le respect du droit de grève ?

Des modèles, je ne crois pas mais il y a des efforts qui se font dans beaucoup de pays, comme au Sénégal, au Burkina Faso ou au Niger, même si on peut mettre un peu des bémols. Ceci étant, beaucoup de pays font des efforts comme également dans les pays anglophones. Au Kenya, par exemple, des efforts se font pour que le dialogue prédomine lors des différentes actions et pour résoudre les problèmes. Au Burkina, au Togo, surtout dans les pays francophones, on note aujourd’hui une recrudescence des droits de grève et ils se battent pour que ce droit et ces acquis demeurent.

Quels sont les défis pour les syndicats, sur le continent africain, face à ces menaces qui pèsent sur le droit de grève ?

Le premier défi, c’est la professionnalisation. Nous ne pouvons plus continuer à agir comme si de rien ne se passait dans le monde. Aujourd’hui, le marché du travail commence par être un marché du travail précaire. Les contrats ne sont plus des contrats à durée indéterminée ; ce sont des contrats précaires. C’est à nous de faire des propositions concrètes. Ce que nous souhaitons et ce que nous pensons, en tant qu’organisation, c’est que le dialogue social doit être le maître mot. Le seul moyen de résoudre les problèmes, c’est le dialogue social bien appliqué et, autour de la table, les acteurs se respectent et la parole donnée se respecte également. Dans le cas contraire, alors les gens iront en grève. Ceci étant et si nous voulons que les grèves soient minorées sur le continent, il faudra alors privilégier tous les moyens nécessaires par le dialogue et par le dialogue social.

Moussa Ag Acharatoumane: au Mali, «nous combattons une organisation criminelle»

Sénégal: «Le parrainage citoyen est introduit dans la Constitution depuis 1991»

Dodo Boureima: «l'administration méconnait ce qui motive les gens de cette zone pastorale»

H.K.Bédié: «Le PDCI discute avec ses alliés, il présentera un candidat en 2020»

Congo-Brazzaville: «Le procès du général Mokoko aura lieu dans quelques semaines»

Maurice Kamto: «C'est le dialogue des Camerounais qui donnera la forme de l'Etat»

Bruno Le Maire: «Le franc CFA garantit à tous ses états membres de la stabilité»

Jean-François Bayart: «Derrière le terrorisme, il y a des questions politiques»

J-P Lacroix (ONU): «Mobiliser tous ceux qui sont en faveur de la paix en RCA»

L’ex-député F. Loncle commente «Les leçons du pouvoir», livre de F. Hollande

Martin Ziguélé (RCA): «Tout problème politique peut être réglé par un débat»

J-P. Mignard (avocat): l’intervention au Mali, «la grande œuvre de F.Hollande»

Génocide rwandais: «Jusqu'au bout, la France va soutenir les exterminateurs»

Génocide rwandais: pour Guillaume Ancel, «la France a soutenu un régime génocidaire»

Félix Tshisekedi: «Je n'ai ni l'intention ni l'ambition de me mesurer à ce qu'a été mon père»

R. Lamamra (UA): «Le départ de l’Amisom n’est pas à l’ordre du jour» en Somalie