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Jean Nouvel, l'architecte du musée du Louvre à Abou Dhabi

Par Muriel Maalouf

Le premier musée universel du monde arabe est officiellement inauguré aujourd'hui à Abou Dhabi en présence du président français Emmanuel Macron et de l'homme fort des Emirats Arabes Unis, Mohammed Ben Zayed. Il y a dix ans la France et les Emirats signaient un accord intergouvernemental culturel sans précédent: le projet du Louvre Abou Dhabi. L'architecte français Jean Nouvel s'est chargé de la création du musée durant les dix années de sa construction. Il explique comment il a travaillé sur ce projet qui a vu le jour sur l'île de Saadiyat.

(Rediffusion du 17/11/2017)

RFI : Nous sommes au Louvre Abou-Dhabi dans l’île de Saadiyat, bâtiment que vous avez conçu et qui ouvre enfin au bout de dix ans de travaux. C’est énorme. Cela vous fait quoi d’inaugurer enfin ce musée après une décennie ?

Jean Nouvel : C’est très émotionnel parce que, effectivement, c’est dix ans de travail avec une équipe, une grand équipe, c’est dix ans de dialogue aussi avec Le Louvre, avec les conservateurs, c’est dix ans de connivence avec mes clients, avec mes responsables émiratis.

Justement, ce sont les Emiriens qui vous ont choisi comme architecte de ce projet gigantesque. Qu’est-ce qui est à l’origine de votre inspiration ?

Je suis un architecte contextuel. Donc la première volonté que j’avais, c’était que ce musée appartienne à la culture locale. Je savais que cela allait être un grand témoignage de leur puissance, de leur âge d’or, et c’est souvent comme ça que les grands bâtiments se font aussi à travers l’histoire. Mais je voulais vraiment qu’ils se reconnaissent dedans. Donc j’ai créé quelque chose qui est plutôt un quartier qu’un bâtiment. Il y a quand même 55 bâtiments qui constituent le bâtiment en question. Et j’ai créé quelque chose qui est en relation avec l’image de l’urbanité : c’est la ville arabe, c’est la médina, sauf que ce n’est pas du tout à la même échelle, c’est beaucoup plus grand. Et les volumes blancs, ce sont des inventions techniques aussi, parce que c’est du béton de fibres. Quand on les voit comme ça, ce n’est pas du tout les petits murs de pisé évidemment blancs et passés à la chaux. Le deuxième signe que j’ai voulu mettre en place, c’est celui d’un symbole de spiritualité. Là, j’ai pris le dôme blanc, dans des proportions aussi inhabituelles, un dôme blanc qui est perforé.

On est en dessous de ce dôme immense qui surplombe tout le musée. Et c’est un dôme qui laisse traverser la lumière ?

La grande architecture arabe se caractérise toujours par géométrie et lumière. Donc cette singularité ici, c’est d’organiser un système aléatoire avec huit couches - quatre pour le dôme et quatre pour la coupole -, et une raie de lumière doit traverser chacune de ces couches pour arriver jusqu’à nous. Mais comme le soleil tourne comme un projecteur, à un moment il y a un spot de lumière qui disparaît. Et pendant ce temps-là, il y en a deux autres qui arrivent. C’est un système cinétique. Et les taches de lumière grandissent, puis quand le soleil tourne, elles se déforment. Donc c’est un jeu complexe.

Le Musée du Louvre à Abou Dhabi dont l'architecte est Jean Nouvel est inauguré le 8 novembre 2017. REUTERS/Satish Kumar

Il y a la lumière qui traverse ce musée, et il y a aussi l’eau puisque nous sommes sur une île. Et là où on se trouve, il y a des échappées vers l’eau ?

C’est-à-dire qu’il fallait qu’il appartienne à la fois au désert et à la mer. Et surtout quand c’est vide, il y a un énorme ciel, le ciel est colossal. Je me suis dit, il faut jouer avec ces trois éléments qui sont métaphysiques déjà. Et j’ai voulu garder la force de toute cela et créer ce symbole du ciel -un ciel sous le ciel qui est cette coupole -, et la présence aussi d’une archéologie marine, c’est-à-dire qu’on voit des murs dans la mer, des petites colonnes un peu comme à Venise effectivement. Et on organise tout le quartier qui est dessous avec la pénétration de l’eau comme à Venise, c’est très vénitien.

Le Louvre Abou Dhabi, ici le 6 novembre 2017, sera inauguré le 8 novembre par le président français Emmanuel Macron et l’homme fort des Émirats Arabes Unis, Mohammed ben Zayed. REUTERS/Satish Kumar

Un musée, c’est bien sûr une belle architecture, comme vous dites, ancrée dans le contexte, en tout cas pour vous. Mais c’est surtout un endroit pour abriter des œuvres, des chefs d’œuvres. De quelle manière en ce musée est un écran pour les œuvres ?

Le paradoxe, c’est qu’on met des œuvres très fragiles dans un climat très contrasté, très chaud. Donc il fallait que les bâtiments eux-mêmes, chacun des 55 bâtiments, aient une galerie. Mais il est fait avec des techniques très modernes, avec du béton de fibres, avec des isolations très fortes. Et chacun d’eux est relié à l’autre par des petits passages vitrés qui sont protégés par des moucharabiehs. Donc tout cela est très protecteur. Mais ce qui est le plus important, ce n’est peut-être pas cela. C’est évidemment ça car la conservation, c’est vital. Et après il faut créer d’autres choses. Ce qu’on crée ici, c’est un lieu de rencontres culturelles à l’échelle mondiale. C’est un musée qui est lié à la présence des personnes qui viennent parler ici, qui viennent et qui reviennent dans un lieu urbain. C’est l’agora, une agora arabe.

 

Philippe Rebbot et Romane Bohringer réalisateurs et acteurs de «L'amour flou»