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Moncef Djaziri: «Des élections en Libye ne règleront pas les problèmes»

Par Christophe Boisbouvier

L’ONU et les Européens, notamment le président français Emmanuel Macron, souhaitent des élections en Libye au printemps 2018. Mais l’objectif est-il vraiment à portée de main ? Moncef Djaziri est maître d’enseignement et de recherches à l’Institut d’études politiques internationales de Lausanne, en Suisse. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Le plan des Nations unies et de l’Union européenne, c’est un référendum constitutionnel, puis des élections générales, dès ce printemps 2018. Vous y croyez ?

Moncef Djaziri : Franchement, on peut l’espérer si vous voulez. Mais en réalité, il faut être réaliste. Envisager les élections pour le printemps prochain, c’est une vue de l’esprit. Pour qu’il y ait élection, faut-il encore qu’il y ait une Constitution. Or, actuellement, on est encore au projet de Constitution. Et une fois qu’on aura organisé ces élections, est-ce que cela va résoudre les problèmes ? J’en doute si vous voulez. Il y a toute une série de problèmes urgents auxquels la Libye doit faire face, d’abord les problèmes économiques, la sécurisation des ressources énergétiques ; encore il y a deux jours, il y a eu un attentat sur un pipeline vers le sud de la Libye. Le problème de la sécurisation de la Libye, vous avez tous les jours des gens qui sont assassinés. Et la question de la stabilité.

Sait-on qui est derrière l’assassinat du maire de Misrata qui était considéré comme un modéré  ? C’était le 17 décembre 2017.

Cet assassinat est un évènement important. Il survient d’abord au moment où le maire de Misrata était de retour d’un voyage officiel en Turquie où il a dû discuter un certain nombre de choses. Qui sont les commanditaires ? Le maire, qui était quand même très proche des milieux extrémistes islamistes malgré tout. Dans les mois passés, le maire assassiné, le maire défunt a fait des signes de rapprochement vers Haftar. Et donc probablement, ceux qui étaient proches de lui, les extrémistes religieux opposés à tout rapprochement, probablement, ils ont une quelconque responsabilité. Et de ce point de vue peut-être, le voyage en Turquie était aussi le moment de conclure une espèce de pacte qui consiste à dire que compte tenu de la configuration, il faut peut-être se rapprocher de Haftar. D’ailleurs, c’est un peu la position des Frères musulmans.

Il y a un rapprochement en cours entre Frères musulmans et le maréchal Khalifa Haftar ?

Il y a en cours quelque chose de cet ordre-là. Par exemple, les Frères musulmans prennent aujourd’hui de plus en plus leur distance vis-à-vis du président du Haut Conseil d’Etat. C’est un signe. L’autre signe, c’est probablement le calcul aussi politique de la Turquie qui consiste à dire probablement que finalement, c’est peut-être le moindre mal que d’aller vers un rapprochement vers Haftar, espérant par là pour les islamistes des Frères musulmans de pouvoir un peu reprendre la main à l’occasion de ces élections parce qu’il faut bien se rendre compte, qu’il y a quand même un discrédit vis-à-vis des Frères musulmans en Libye, mais pas seulement en Libye, en Tunisie aussi par exemple, et que donc l’assassinat du maire de Misrata est peut-être le signe qu’il y a un changement là que certains extrémistes religieux n’acceptent pas.

Dans un texte publié il y a deux semaines, vous dénoncer « le bal des hypocrites ». Alors quand le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj et le maréchal Haftar disent qu’ils sont prêts à aller aux élections, à se soumettre au suffrage des électeurs libyens, est-ce qu’ils racontent des histoires ou pas ?

Alors tout ce monde fait semblant de croire en quelque sorte que les élections seraient la solution miracle. Or, il n’y a pas d’élection qui vaille s’il n’y a pas un consensus de base entre les parties en conflit au sens politique du terme. Or on voit bien, qu’à l’Est comme à l’Ouest, entre les Frères musulmans et les Républicains etc. il y a des divergences profondes. D’ailleurs, on ne sait même temps si les uns et les autres sont d’accord sur le projet de Constitution, sur le régime républicain, sur le régime parlementaire, sur un Etat centralisé, sur un Etat fédéral. Il y a toute une série de questions autour desquelles il doit y avoir un consensus préalable à toute élection qui ait un sens constructif. Pire encore, ces élections risquent d’aggraver les conflits parce qu’il y a eu des élections en 2014, c’est-à-dire que l’expérience malheureuse des élections déjà de 2014, vous avez vu ce que cela donnait : deux pouvoirs séparés et la situation dans laquelle nous sommes. Et je crains que les élections de 2018 ne fassent qu’aggraver encore la situation et fassent en sorte que les gens se désintéresseraient encore davantage des élections et de la démocratie parce qu’il y a un profond désenchantement en Libye, vis-à-vis de la démocratie. Et les gens savent très bien qu’au fond, les élections ne résoudront pas les problèmes.

Donc au préalable, vous plaidez pour une grande table ronde ?

Au préalable, effectivement, je plaide pour une grande table ronde, une grande conférence nationale à laquelle devraient être conviés les grands chefs de tribus, parce que rien ne pourra réussir en Libye sans le consentement des tribus. Donc il faut effectivement envisager une conférence nationale, à laquelle devraient être conviés les grands chefs des tribus, et bien entendu les représentants des partis politiques, et dégager un accord sur la nécessité d’un gouvernement, un gouvernement en quelque sorte de technocrates qui aurait pour mission de commencer à solutionner les problèmes dont nous avons fait mention tout à l’heure dans un premier temps, et qu’on se donne la période de deux ans pour en effet mettre en application un plan de sécurisation, de stabilisation, de relance de l’économie, de sécurisation des ressources énergétiques, d’unification des institutions comme l’armée, et s’entendre sur la question : qui va diriger la Banque centrale libyenne, la question de l’immigration, bref sur un certain nombre de ces points très importants. Et au terme de deux ans, ce gouvernement préparera également les élections. Et à ce moment-là, ce gouvernement technocrate transférera de manière légitime un gouvernement démocratiquement élu.

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