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Kofi Yamgnane: «Je souhaite des alternances par la voix du peuple en Afrique»

Par Christophe Boisbouvier

A l'heure du bilan 2017, il y a au moins trois pays africains qui sont à l'affiche. Ce sont la Gambie, l'Angola et le Zimbabwe - trois pays où le chef de l'Etat a quitté la scène, de gré ou de force. Et puis il y a d'autres pays qui sont secoués par de sérieuses crises politiques, comme le Togo. Le Franco-Togolais Kofi Yamgnane a été, tour à tour, membre d'un gouvernement français et candidat à une présidentielle togolaise. En 2013, il a aussi publié « Afrique, introuvable démocratie », aux éditions Dialogues. En ligne du Finistère, dans l'ouest de la France, il répond à Christophe Boisbouvier.

Christophe Boisbouvier : Kofi Yamgnane, trois autocrates sont tombés en Gambie Yahya Jammeh, en Angola José Eduardo Dos Santos, au Zimbabwe Robert Mugabe, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Kofi Yamgnane : Je trouve que c’est une bonne nouvelle, parce que la démocratie ne peut pas se faire s’il n’y a pas d’alternance, et comme ces gens-là s’accrochent au pouvoir et ne veulent absolument rien entendre, forcément, ça peut se passer mal pour eux. Mais il faut qu’il y ait des changements, c’est bien que Mugabe soit parti, c’est bien que Dos Santos soit parti et c’est très bien que Jammeh soit parti également. Il en faudrait d’autres pour que l’Afrique puisse commencer à faire son évolution vers la démocratie.

Alors ils sont partis, mais José Eduardo Dos Santos a quitté la scène volontairement, tandis que Robert Mugabe a été renversé par l’armée, est-ce que cela ne vous laisse pas un petit goût d’inachevé ?

Si, bien sûr, ce que je souhaite vraiment pour l’Afrique c’est que les alternances arrivent par la voix du peuple, que le peuple se donne librement ses dirigeants. Les renversements par les coups d’État comme ça s’est passé au Zimbabwe, ce n’est pas souhaitable pour l’Afrique. Il est temps que ça s’arrête. En 50 ans d’indépendance, l’Afrique a connu 88 coups d’État.

Mais n’y a-t-il pas des coups d’État salutaires, comme au Niger en 2010 contre Mamadou Tandja et cette année au Zimbabwe contre Robert Mugabe ?

Mais ce n’est jamais bien que ce soit par la violence que ces choses-là arrivent. Je crois que même si la fin est bonne pour les peuples, la fin ne doit jamais justifier les moyens, et donc il y a un goût d’inachevé, c’est vrai. J’aurais préféré que ce soit le peuple qui s’exprime.

Comme au Burkina Faso ?

Voilà, comme au Burkina Faso, comme j’espère, il se prépare au Togo.

En 2013, vous avez publié aux éditions Dialogues « Afrique, démocratie introuvable », est-ce que vous l’avez trouvée depuis, la démocratie ?

(Rires) Malheureusement je ne l’ai pas trouvée, non. Parce que vous vous rendez compte, on est en 2017 et on me dit que l’Afrique a une croissance de l’ordre de 5 ou 6 ou 7 %, mais à qui profite cette croissance ? La pauvreté continue à galoper, la santé se détériore à grande vitesse. Vous vous rendez compte que la France utilise 12 % de son PIB pour sa santé ! Le Nigeria, qui est comparable en population, utilise 1 % et tous les autres sont en dessous de 1 % du PIB ! L’analphabétisme galope, l’émigration des jeunes continue, la sécurité du continent n’est pas assurée, c’est vraiment un tableau absolument époustouflant.

Au Togo, depuis août dernier, le peuple gronde, mais ce n’est pas la première fois, et à chaque fois, le régime fait le gros dos en attendant que ça se passe. Est-ce que vous ne pensez pas que le même scénario risque de se reproduire ?

Je crois réellement que cette fois-ci, les choses ont bougé, ça ne se passe plus de la même façon, parce qu’on pourrait noter que, jusqu’à présent, c’est Lomé, la capitale, qui bougeait et le Togo était instrumentalisé par cette affaire de régionalisme du Nord contre le Sud. Alors, quand les manifestants sortaient à Lomé, le pouvoir, qui est issu du Nord, disait que c’étaient les Ewés qui voulaient le pouvoir, qui poussaient et qu’il ne fallait pas accepter. Et les gens du Nord, bon an mal an, se tenaient avec.

Avec le régime ?

Oui, avec le régime. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les manifestations ont lieu à Cinkassé, à Dapaong, à Mango, à Kanté, à Kara, à Bassar, à Kouka, à Sokodé, partout. Ce ne sont plus seulement les seuls gens du Sud, ce ne sont plus seulement les Ewés qui manifestent. Aujourd’hui, toutes les ethnies du Togo manifestent. Ça veut dire que vraiment la marmite est pleine.

Il y a un mois sur RFI, le président français Emmanuel Macron a déclaré qu’il souhaitait pour le Togo un cadre électoral dans lequel les oppositions puissent s’exprimer avec un scrutin contrôlé, vérifié et sincère. Est-ce que c’est une parole en l’air, une fois de plus, ou est-ce que cela vous paraît important ?

C’est une parole importante, je crois que les opposants togolais, avec qui je suis en relation quotidienne, ont compris que les choses peuvent changer, que la France n’est plus ce qu’elle était complètement, mais ils attendent des actes maintenant. Parce que, ce que j’ai demandé au président, c’est de dire que la France ne peut pas continuer à faire comme si le Togo est une tache noire dans le sein de la francophonie. Donc il faut que le président de la France dise un jour : ça suffit. Il faut que l’alternance vienne. Moi, j’ai fait la campagne de François Hollande, j’ai déjà décrit ce phénomène pour lui et j’ai vu la suite. J’ai vu François Mitterrand, j’ai vu Jacques Chirac. Sarkozy avait d’ailleurs commencé, lui, malgré tout ce qu’on peut en dire, à diminuer les bases militaires, c’est Hollande qui les a remises.

Et après la présidentielle togolaise de 2005, Nicolas Sarkozy avait parlé de mascarade électorale…

Oui, il avait parlé de mascarade. Mais ça, c’est allé où ? Ça s’est arrêté là. Et donc moi, ce que je souhaite aujourd’hui, ce sont des actes, parce que le président de la France, ce qu’il dit est important, mais il faut que ça suive et il faut que les choses avancent concrètement. C’est cela qu’on a loupé depuis des années, le suivi.

Il y a juste une semaine, c’était le 21 décembre à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le Togo est le seul pays du continent africain qui s’est rangé explicitement au côté des États-Unis et de Donald Trump en faveur de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

La décision de Donald Trump est une décision de guerre, il veut le chaos, il ne veut apporter aucune solution pacifique au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est que le Togo ait pu emboîter le pas d’un tel « facho ». Je ne comprends pas, je ne sais pas ce qui leur a été promis [aux autorités togolaises, NDLR] pour qu’elles en soient là. Il aurait pu au moins, le président du Togo, consulter ses pairs. C’est lui le président de la Cédéao [Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], il aurait pu consulter ses pairs pour qu’ils prennent tous la même position. C’est incompréhensible, ce qu’il a fait.

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