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Mgr Fulgence Muteba: en RDC, l'accord du 31 décembre «demeure incontournable»

Par Christophe Boisbouvier

Quel est le message des chrétiens en ce jour de Noël 2017 ? Arrêtons-nous, ce lundi matin 25 décembre, au Katanga, au sud de la République Démocratique du Congo (RDC). Monseigneur Fulgence Muteba est l'évêque du diocèse de Kilwa-Kasenga. Il revient sur l'actualité politique dans son pays.

RFI : A l’occasion de cette fête de Noël, à qui pensez-vous en particulier ?

Monseigneur Fulgence Muteba : Ah, mon Dieu ! Je pense à mon pays qui est en train de traverser les ténèbres. C’est devenu presque un pays de l’ombre. Et la nativité de notre Seigneur Jésus-Christ sera certainement un moment pour que tout le monde puisse se ressaisir, pour que nous puissions nous laisser éclairer par cette lumière qui vient du ciel. Comme c’est une année électorale, nous pensons qu’avec la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, nous allons nous en sortir.

Vous espérez que l’année 2018 sera celle des élections ?

Oui, j’espère bien, avec la pression interne, externe. J’espère qu’on va y arriver. Et j’y pense justement parce que le Christ est né pendant le recensement. C’est tout un message politique.

Quand le Christ est né, ses parents [Marie et Joseph, NDLR] étaient en voyage. Ils se déplaçaient pour répondre à un recensement ?

Oui, justement. Et nous qui venons de finir - du moins la grande partie - de l’enrôlement, nous nous retrouvons pratiquement dans les mêmes conditions pour que nous puissions sortir de ce bourbier dans lequel nous sommes empêtrés depuis quelques temps.

Mais êtes-vous certain que la promesse sera tenue. Ne craignez-vous pas qu’il y ait beaucoup de mensonges derrière tout cela ?

Si l’on maintient la pression actuelle, telle interne, telle externe, je crois que les organisateurs de ces élections seront obligés, au moins cette fois-ci, de respecter leurs engagements. Il faut beaucoup travailler et nous-mêmes, comme évêques, pour l’amour du Congo, nous ne nous tairons point.

Oui, mais regardez cet accord de la Saint-Sylvestre qui a été signé il y a un an sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et de vous tous, les évêques du Congo, il n’a pas été suivi d’effet ?

Non, justement, et c’est cela que nous regrettons. C’était vraiment un enjeu capital, une feuille de route consensuelle. Je suis très, très désolé. Cet accord demeure incontournable. Il y a l’esprit du consensus, l’esprit du compromis. Mais, s’il y a d’un côté la radicalisation et de l’autre l’entêtement, je pense que cela risque d’être plutôt difficile pour notre pays. Donc, aux uns et aux autres de mettre de l’eau dans leur vin, surtout à ceux à qui appartiennent les pouvoirs, d’être humbles et de faire preuve de maturité politique pour que nous puissions aller de l’avant. C’est possible que nous puissions être une démocratie normale et que nous puissions emprunter ce chemin tracé par l’accord de la Saint-Sylvestre.

Mais quand on est au pouvoir depuis plus de quinze ans, est-ce qu’on a envie de partir ?

Humainement parlant, cela peut paraître difficile. Mais je crois qu’on doit s’habituer à toujours partir. Nous ne sommes que des pèlerins sur cette terre. Et nous sommes un peu comme dans une pièce de théâtre : chaque acteur vient sur la scène, il joue son rôle et puis, il se retire. Il faut savoir partir à temps.

Il y a un fléau dans votre pays, ce sont les viols et les mutilations systématiques de femmes dans certaines régions de l’est du Congo. Pourquoi cette barbarie ?

Justement, cela, c’est un signe de l’absence de l’Etat, de l’absence de l’autorité de l’Etat. Il y a un théologien, sociologue en même temps, camerounais, Jean-Marc Ela, qui a écrit un livre intitulé Quand l’Etat pénètre en brousse [1990, Editions Karthala]. Justement, quand l’Etat pénètre en brousse, on assiste à des phénomènes barbares. Et ces viols sont justement le signe de cette barbarie, depuis quelques années, avec toutes ces guerres, avec toute cette misère interminable. Il y a une foule de barbaries qui refait surface, et c’est comme cela que je comprends les choses.

Autre abomination, les massacres de civils et la terrible habitude qu’ont prise certains militaires de filmer leurs propres crimes, de filmer leurs victimes en train de mourir. C’est ce qui s’est passé ces derniers mois dans plusieurs provinces du Kasaï lors de la répression des Kamuina Nsapu. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela nous laisse pantois. Ce n’est pas possible qu’on puisse atteindre ce degré d’animalité. Cela démontre que les valeurs sont en crise dans notre pays. Et voilà, quand il n’y a pas de boussole, quand l’autorité de l’Etat n’est pas forte, quand les gens sont livrés à leur triste sort, ils se comportent de cette manière, vraiment comme dans une jungle. Mais, même dans la jungle, je pense qu’il y a un peu d’ordre. Mais, là, nous assistons à des abominations terribles qu’on n’a jamais vues. Et si on redevient un pays normal où les lois sont respectées, où le minimum de respect de dignité de la personne humaine est observé, je pense que toutes les abominations vont disparaître.

Et, en ce jour de Noël, quel est votre message ?

En ce jour de Noël, mon message, c’est qu’il faut que nous puissions laisser mettre Jésus-Christ dans nos cœurs. Il faudra que nous puissions accepter Jésus-Christ. Mais, en même temps, que nous puissions prendre nos responsabilités. Il faudra que ceux qui jouent le rôle d’Hérode puissent se laisser éclairer par cet enfant Jésus-Christ qui est innocemment là, dans le berceau, mais qui constitue un message de paix.

Ceux qui jouent le rôle d’Hérode [cf. Evangile selon Saint Matthieu. A l’annonce de la naissance à Bethléem du «roi des Juifs», Hérode, craignant un futur rival, l'avait fait rechercher pour le tuer], c’est-à-dire ?

C’est-à-dire les responsables, tous ceux qui ont une parcelle de responsabilité dans ce pays et qui savent que, s’ils travaillent sérieusement pour que ce pays puisse se relever, il peut se relever. Ce sont ceux-là qui sont préfigurés par Hérode.

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