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Chronique des médias
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CNN et sa vidéo d’hommes vendus comme esclaves en Libye

Par Amaury de Rochegonde

La vidéo de CNN sur une vente d'hommes migrants en Libye a eu un énorme impact médiatique et dans les opinions publiques. La célèbre chaîne d’information internationale marque son époque par la portée mondiale de ses reportages et ses méthodes journalistiques.

La vidéo est sortie il y a plus de quinze jours, et elle a fait le tour de la planète, provoquant des réactions d’indignation aussi bien d’Alpha Condé, président de l’Union africaine que du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Le président Macron a parlé de « crime contre l’humanité » et demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de L’Onu. Une réunion qui a montré, mardi, que 17 000 migrants et réfugiés étaient en détention en Libye et beaucoup plus entre les mains de trafiquants. C’est en Afrique, bien sûr, que l’émotion est la plus vive. Mais pour que ces images attestant d’une traite négrière à l’ère d’Internet provoquent une onde de choc, il a fallu une longue enquête et toute la puissance de la marque CNN, le fameux « CNN effect ».

C’est au cours de l’été que la rédaction de CNN a reçu une vidéo amateur montrant un trafic moderne d’esclaves. Mais à elle seule, ces images ne suffisent pas. Il faut authentifier la réalité qu’elles décrivent par un travail d’enquête, tourner des images propres puis savoir les transmettre en les mettant en scène. Ce fut le travail de Nima Elbagir, journaliste soudanaise en poste à Nairobi, au Kenya, assistée du photojournaliste Alex Platt et du producteur Raja Razek. On tourne en caméra caché à proximité de Tripoli. Tout se passe très vite. Douze hommes sont vendus, on entend des prix d’enchères, puis Nima s’avance vers les vendeurs qui couvrent leurs visages après avoir exhibé ce qu’ils appelaient leur « marchandise ». La journaliste trahit ensuite son émotion : « Honnêtement, je ne sais pas quoi dire, c’est probablement la chose la plus incroyable que j’ai vue » dit cette professionnelle qui a déjà couvert Ebola et les lycéennes enlevées de Chibok au Nigeria.

Pourtant, on ne peut pas dire que ces images soient un scoop. Viols, tortures, esclavage, toutes les organisations, toutes les administrations internationales savent que la situation en Libye est dramatique. L’effet positif des images de CNN, qui ont ensuite gagné les réseaux sociaux et ont été reprises par tous les médias, c’est qu’elles obligent les gouvernements à se positionner, à ne plus faire comme s’ils ne savaient pas. Le négatif, c’est que CNN a été tellement associée aux fausses nouvelles par Donald Trump, que ceux que ces images gênent comme la chaîne libyenne 218TV, n’ont plus eu qu’à s’appuyer sur les tweets du président américain faisant de CNN « une source majeure de fake news » pour démentir les faits. Aujourd’hui, dit Barack Obama, « on utilise les faits pour servir ses opinions plutôt que se forger une opinion en se fondant sur les faits ».