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Guy Hervé Kam: «Le peuple africain ne veut plus du franc CFA»

Par Gaëlle Laleix

Alors que le président français, Emmanuel Macron, est en visite au Burkina Faso jusqu’à mercredi, la société civile du pays attend des actions concrètes pour un renouvellement de la relation entre la France et l’Afrique. Guy Hervé Kam, porte-parole du Balai citoyen, une organisation de la société civile burkinabè et fer-de-lance du mouvement de 2014, répond aux questions de Gaëlle Laleix.

RFI: Le président Emmanuel Macron est à Ouagadougou depuis hier soir. Il doit prononcer tout à l’heure un discours qui devrait poser de nouvelles bases pour la relation entre la France et les pays africains. Et avec d’autres organisations de la société civile, le Balai Citoyen a publié une adresse au président français. Il y est demandé que le passif entre la France et les pays africains soit soldé. Qu’entendez-vous concrètement par-là ?

Guy Hervé Kam: Entre les pays africains et la France, il y a un lourd contentieux lié notamment à la question de la Françafrique et à la question de l’immixtion de l’Etat français dans la politique dans les Etats africains. Au Burkina Faso, le peuple burkinabè dans sa majorité pense que la France est impliquée d’une manière ou d’une autre dans l’assassinat de Thomas Sankara [ancien président tombé sous les balles d’un commando en 1987]. Aujourd’hui, François Compaoré est en France. Dans d’autres pays comme au Congo-Brazzaville, comme au Togo, de façon justifiée ou non, beaucoup de gens pensent que la France soutient des dictateurs contre les Africains pour son seul intérêt lié à son statut d’ancienne puissance coloniale.

Qu’attendez-vous comme geste concret ? Je pense notamment aux deux dossiers judiciaires que vous évoquez dans votre adresse, à savoir le dossier Thomas Sankara et celui de François Compaoré ?

Il y a au moins quelque chose qui relève de la compétence personnelle et de la responsabilité d’Emmanuel Macron en tant que chef de l’Etat, c’est la question de la levée du secret-défense. Emmanuel Macron pourrait donc prendre cette décision. Au Burkina et en Afrique en général, on verra cela comme une façon concrète de dire qu’on tourne la page.

Il y a un autre sujet que vous abordez dans votre adresse, c’est celui du franc CFA. Est-ce que la fin de cette monnaie constitue pour vous le préalable nécessaire pour de nouvelles relations entre la France et l’Afrique ?

Aujourd’hui, dans son ensemble, le peuple africain ne veut plus du franc CFA. Il appartient à nos dirigeants de prendre cette question à bras le corps. Ce que nous voulons, c’est que la France ne mette aucun bâton dans les roues de cette volonté de changement. Il y a la symbolique qui est très importante. De toute façon, la question du franc CFA est déjà tournée dans l’esprit des Africains. Emmanuel Macron doit en faire une composante essentielle de sa politique envers l’Afrique.

Il n’en parlera pas a priori dans son discours. Est-ce que c’est une déception pour vous ?

C’est une déception parce que cela fait quand même partie des préoccupations. Nous doutons fort que le président Macron n’ait absolument rien à dire sur ce sujet.

Le président français s’exprimera à l’université d’Ouagadougou. C’est donc le choix de la jeunesse qu’il a fait. Le développement du secteur privé, des petites et moyennes entreprises, le soutien à l’innovation seront a priori des points-clés de son discours. Selon vous, est-ce qu’Emmanuel Macron est dans le juste ? Est-ce que ce sont aujourd’hui des sujets prioritaires pour la jeunesse du pays ? Et surtout est-ce que c’est par cette voie que l’on peut donner un nouveau souffle à la relation entre la France et l’Afrique?

Il n’y a aucun doute. Ce sont des sujets qui sont au cœur des préoccupations de la jeunesse africaine. Maintenant, nous attendons de voir ce que le président Macron va dire parce que là aussi, ce que les populations africaines reprochent, c’est la responsabilité sociétale des entreprises françaises qui travaillent dans nos pays parce que le travail de ces entreprises françaises est de nature à créer des emplois pour la jeunesse, à assurer un transfert de technologies. Et est-ce que ces sociétés françaises ne sont pas tout simplement des instruments de pillage des ressources africaines au profit de la France ? Nous attendons de voir comment le président Macron va les décrier.

Là encore, soutenir le développement du secteur privé ou l’innovation, c’est assez vague. Qu’attendez-vous concrètement comme action ?

Justement, je parlais tantôt du transfert des technologies. Si l’on veut permettre aux entreprises françaises d’avoir des marchés au Burkina, là où le Burkina Faso, là où les pays africains n’ont pas les compétences de le faire, dans ces cas-là, au moins il faut un transfert de technologies. Et le transfert de technologies, c’est de mettre dans la responsabilité de ces entreprises la formation, et de faire en sorte que tout ce qui peut être fait et produit localement le soit.

Autre sujet de préoccupation de la société civile, c’est la présence militaire française dans le Sahel. Votre adresse évoque directement la question de la légitimité du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger,Tchad].

Oui, tout simplement parce que les peuples n’ont pas l’impression d’être une émanation de nos Etats dans la mesure où il y avait une initiative africaine dans le cadre de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest] pour avoir une force conjointe qui a été supplantée par le G5-Sahel parce que la France tenait le G5-Sahel. Ce que nous pouvons déplorer, c’est cette volonté de suprématie, de contrôle au-delà de l’efficacité qui fait que, aujourd’hui, les peuples se posent la question de la légitimité de la France dans ce jeu-là. Nous disons qu’il faut forcément la transparence. Bien sûr, il y a le secret-défense, mais il y a certaines choses que les populations ont besoin de savoir pour être sûres que les partenaires avec lesquels elles traitent sont digne de confiance.

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