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Seydi Gassama: «Ce qui se passe en Libye était déjà connu depuis longtemps»

Par Guillaume Thibault

Un marché d’esclaves filmé à la volée par la chaîne CNN en Libye a suscité des dizaines de réactions indignées chez les dirigeants africains et européens, mais aussi sur les réseaux sociaux. Comme si le phénomène était nouveau et comme si personne n’était responsable... La question des migrants sera évidemment au cœur du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne à Abidjan mercredi et jeudi. A qui la faute ? Et pourquoi tant d’hypocrisie sur le sujet ? Seydi Gassama, directeur au Sénégal d’Amnesty International répond aux questions de Guillaume Thibault.

RFI: Seydi Gassama, êtes-vous étonné des réactions indignées qui se multiplient autant en Afrique qu’ailleurs ?

Seydi Gassama: Je suis très étonné parce que ce qui se passe en Libye était déjà connu depuis très longtemps, depuis le mois d’avril, l’OIM avait déjà tiré la sonnette d’alarme en parlant de pratique esclavagiste en Libye. Début mai, la procureure de la Cour pénale internationale également s’était dite préoccupée par les informations qu’elle a reçues, susceptible de pratique en Libye. Malheureusement les Etats n’ont pas réagi il a fallu attendre que ces médias américains publient cette vidéo pour qu’on ait cette indignation. Heureusement d’ailleurs qu’on a cette indignation. Maintenant il faut aller au-delà de l’indignation, tant qu’on n’aura pas créé des conditions d’insertion des jeunes en Afrique, tant qu’on n’aura pas mis en place des politiques efficaces de lutte contre le chômage, les hommes vont prendre des risques en mettant en péril leurs vies pour aller en Europe.

Ça veut dire quoi : « Personne ne regarde ce qui se passe en Libye » alors qu’on sait que ça fait des années et des années que les Africains vont travailler là-bas ?

Ces pratiques sont très certainement anciennes en Libye. Même du temps de Kadhafi ce genre de pratique existait en Libye. Nous avons des témoignages selon lesquels ces pratiques - on ne vendait pas les personnes comme cela existe en ce moment - mais les conditions de travail des migrants en Libye étaient assimilables à l’esclavage ; comme d’ailleurs dans beaucoup de pays du Moyen-Orient. Les conditions de travail des femmes de ménage, des ouvriers dans les chantiers, dans ces pays s’apparentent à l’esclavage. On n’a pas eu l’indignation qu’il fallait depuis des années. Je crois que ce qui s’est passé avec cette vidéo de CNN est un détonateur, il faut maintenant pousser pour que non seulement des mesures soient prises par le conseil de sécurité pour neutraliser ces bandes, mais également qu'en matière de coopération internationale, les Etats européens aident l’Afrique à créer des opportunités pour les jeunes en Afrique.

C’est un tabou aujourd’hui de dire que l’Afrique vend l’Afrique ? On oublie que la Libye c’est l’Afrique.

Absolument la Libye c’est l’Afrique, pendant très longtemps on a considéré qu’elle était très loin. Vous savez la traite transatlantique est très connue, elle est bien enseignée en Afrique, mais la traite transsaharienne elle a toujours été un tabou. Aujourd’hui ce qui se passe en Libye a fait que ce tabou a sauté, on sait bien que certains d’entre eux sont toujours esclavagistes et qu’évidemment ce sont les Noirs aussi qui auraient tous ces réseaux. Ces personnes qui se retrouvent en Libye sont prises en charge dès qu’ils quittent le territoire sénégalais par des réseaux sur le territoire malien, sur le territoire nigérien avant d’arriver en Libye. Nous savons très bien qu’il y a des réseaux ici au Sénégal, un préfet en Casamance nous a dit que les réseaux étaient identifiés, c’est depuis le Sénégal que ces gosses sont pris en charge et sont conduits en Libye. L’autre chose que je voudrais profiter de votre antenne c’est vraiment de demander à nos frères d’Afrique subsaharienne de ne pas faire l’amalgame entre Arabes et esclavagisme, parce que malheureusement nous avons commencé à noter des réactions hostiles envers les populations arabes et maures ici au Sénégal et dans beaucoup de pays africains.

Pourquoi on ne parle pas de ça ?

Évidemment cela nous renvoie nous-mêmes à notre propre responsabilité et c’est comme si on préfèrait mettre en cause la responsabilité des autres et ne pas reconnaitre notre propre responsabilité. C’est les familles au Sénégal qui encouragent les jeunes à partir, parce que l’enfant du voisin, en France, il a construit une belle maison au village, il a amené des panneaux solaires au village, il faut que mon enfant parte. Et peut-être que pour beaucoup de chefs d’État il est peut-être souhaitable que ces jeunes partent parce que ces milliers de jeunes chômeurs dans nos pays, mais c'est une bombe. L’essentiel c’est qu’ils quittent le pays, qu’ils ne restent pas là et constituent une menace pour leur propre pouvoir. C’est une réalité, il faut qu’on reconnaisse notre responsabilité en tant qu’Etat, en tant que citoyen en tant que communauté en Afrique.

Il y a un sommet Union africaine Afrique à Abidjan mercredi prochain, est-ce que vous pensez que les Etats africains vont réagir ?

Absolument nous attendons que cette question soit au centre de ce sommet, on ne prend pas simplement des décisions pour construire des murs tout autour de l’Europe, on a les réactions au plus haut niveau sur le continent, on a une réaction très forte du président français qui a demandé aux Nations unies de se réunir et de se saisir de cette question-là. Je ne m’attends pas à ce qu’on envoie des forces expéditives en Libye, mais ils peuvent au moins prendre des mesures pour que les citoyens qui sont aujourd’hui pris dans cet engrenage en Libye puissent revenir au pays et être en sécurité.

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