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Hans de Marie Heungoup: «Le risque sécessionniste est marginal au Cameroun»

Par Pierre Pinto

Après plus de dix mois de crise, parfois violente, dans les régions anglophones du Cameroun, le président Paul Biya ordonne la libération de trois leaders et 50 à 70 activistes de la contestation. Pourquoi cette décision subite ? Est-ce de nature à calmer une crise qui perdure depuis 10 mois ? Le gouvernement change-t-il de stratégie dans les provinces anglophones ? Hans de Marie Heungoup, chercheur à l'International Crisis Group, répond aux questions de RFI.

RFI : L’abandon des poursuites contre trois leaders de la contestation au Cameroun anglophone, c’est une reculade ou un geste d’apaisement du président Paul Biya selon vous ?

Hans de Marie Heungoup : C’est surtout et avant tout une bonne nouvelle dans la mesure où elle survient en rupture par rapport à plusieurs décisions allant plutôt dans le sens de la répression qui avaient été prises au mois d’août. Mais en effet, c’est un geste d’apaisement, quoique tardif.

Qu’est-ce qui pousse le régime à ce geste ? Pourquoi maintenant alors que cette crise dure depuis la fin 2016 ?

A mon avis, c’est la combinaison de la pression exercée par les militants anglophones qui, mordicus, ont tenu à ce qu’il n’y ait pas de reprise de la rentrée scolaire, couplée avec la pression de la communauté internationale qui inclue celle de l’Organisation des nations unies. Et lorsqu’on étudie la scénographie et même le timing de cette libération, on comprend qu’il n’avait pas été prévu et planifié préalablement de libérer ces leaders. C’est une décision soudaine, sans doute pour éviter une seconde année scolaire quasi blanche. De plus, c’est un mois qui a été émaillé par de nombreux incidents violents. Cela mis ensemble explique cette décision soudaine pour éviter une escalade dangereuse pour la stabilité dans ces régions.

Est-ce que dans cette décision, il y a aussi la perspective des élections de l’année prochaine ?

Très certainement. Une année scolaire blanche dans la zone anglophone et le prolongement de la crise auraient eu des effets dévastateurs sur les prochaines élections. Non seulement dans la capacité de l'Etat à organiser matériellement ces élections dans les deux régions mais aussi à maintenir l’ordre. Etant entendu que plusieurs leaders de la contestation à l’étranger avaient clairement fait savoir qu’ils perturberaient par tout moyen, y compris les moyens violents, l'organisation des élections si une solution structurelle n’était pas trouvée à temps à la crise.

Vous parlez d’une décision tardive mais est-ce que ce n’est pas trop tard justement ?

On peut le penser car d’une part les leaders détenus aujourd’hui libérés n’ont plus une emprise importante sur le mouvement anglophone. Et plusieurs leaders au sein de la diaspora ont déjà fait comprendre que la libération de leurs soldats n’entraînerait pas l’arrêt des villes mortes ou alors la reprise des cours. Cela dit, dans le camp modéré, la libération est très appréciée et beaucoup déclarent que si elle était suivie d’un dialogue franc entre la partie anglophone et Yaoundé, l’école reprendrait et les villes mortes cesseraient.

Est-ce que le dialogue est d’ailleurs encore possible ?

Oui, qu’il s’agisse de la frange la plus radicale du mouvement anglophone ou de la frange modérée, dans un camp comme dans l’autre, on dit qu’il faudrait aller vers la voie du dialogue. Simplement le camp le plus radical conditionne à un tel dialogue la présence d’un médiateur, en l’occurrence l’ONU qui est appelée.

Est-ce qu’il y a un risque de voir émerger une véritable lutte armée en zone anglophone ?

C’est un risque qu’il faut prendre très au sérieux. Il y a des groupuscules violents qui se sont constitués, je pense par exemple aux Vipers qui, chaque jour sur les réseaux sociaux, font circuler des vidéos sur comment fabriquer des cocktails Molotov ou comment se protéger face aux forces de sécurité. Même si matériellement, il est à douter qu’il y ait une infrastructure permettant une telle lutte, au moins déjà dans l’état d’esprit où une frange de la fraction radicale, la lutte armée est dans l’agenda.

Y a-t-il un risque sécessionniste au Cameroun aujourd’hui ?

Le risque sécessionniste en lui-même est très marginal car la majorité des anglophones demeure davantage intéressée par le fédéralisme mais aussi et surtout la communauté internationale, les Nations unies, les pays partenaires du Cameroun poussent plutôt vers des réformes structurelles allant dans le sens de la décentralisation ou du fédéralisme. Sans des réformes institutionnelles profondes, la crise perdurera et même si elle finit par s’éteindre, à moyen terme, elle finira par resurgir et probablement de façon plus violente.

Or, le pouvoir actuel de Yaoundé semble très réticent à toute réforme structurelle ou institutionnelle. Et donc peut-être que finalement, c’est la perduration de la crise et la pression des militants anglophones, de la communauté internationale, qui finiront par persuader le régime de lâcher du leste, ne serait-ce que sur le terrain de l’amélioration et de l’application des lois sur la décentralisation prévue dans la Constitution du Cameroun.

Est-ce que ce geste, la libération de ces leaders et a priori de plusieurs dizaines d’autres militants incarcérés marquent la fin de la politique répressive du gouvernement au Cameroun anglophone ?

J’en doute très fortement. N’oublions pas que quelques jours avant, 1 300 gendarmes ont été envoyés en renfort pour sécuriser la prochaine rentrée scolaire dans les régions anglophones. Au même moment où on libère ces détenus, il y a des journalistes qui sont arrêtés dans la zone anglophone ainsi que d’autres militants. Et le communiqué qui annonce la libération de ces leaders précise que cela n’empêchera pas les autorités d’arrêter tous ceux qui se font les chantres de la division, de la sécession en zone anglophone. Autrement dit, le gouvernement reste ferme dans sa politique répressive pour quiconque aurait des demandes visant la sécession ou le fédéralisme.

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