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Stéphane Reynier de Montlaux: dans le sud-est de la RDC, «une crise ignorée»

Par Léa-Lisa Westerhoff

Médecins sans frontières tire la sonnette d’alarme face à une crise humanitaire « oubliée » en République démocratique du Congo. MSF s’inquiète des conditions de vie de plus de 500 000 déplacés dans la province du Tanganyika. Ces personnes, qui ont fui les violences interethniques qui secouent depuis plus d’un an cette province du sud-est du pays, vivent dans des conditions sanitaires « déplorables ». Stéphane Reynier de Montlaux, chef de la mission de Médecins sans frontières au Tanganyika, revient sur cette crise humanitaire ignorée.

En mai dernier, le bureau de coordination des affaires humanitaires estimait à plus de 500 000 le nombre de déplacés pour la seule province du Tanganyika. La situation s’est-elle aggravée depuis ?

Oui, la situation s’est nettement aggravée en juillet. On a eu un regain des affrontements intercommunautaires entre Pygmées et Bantous, qui avaient commencé l’année dernière.
Mais on a vu aussi d’anciennes guérillas Maï-Maï ressurgir au nord de la province et au Sud-Kivu. Donc, effectivement entre Moba et Kalemie, pratiquement tous les villages sont vidés, de nombreux villages sont brulés. On traverse une région complètement déserte.

Un violent incendie a détruit une partie du camp de déplacés de Katanyika, près de Kalemie, dans la province de Tanganyika en RDC. MSF / Louise Annaud / Twitter

Comment s’explique ce nombre gigantesque de déplacés dans cette seule province du sud-est de la RDC ?

Il y a deux communautés qui s'affrontent depuis l’année dernière : une communauté bantou sédentaire, une communauté pygmée plutôt semi-nomade. Ce sont des relations compliquées. Il y a un système de contagion des violences à travers les différentes communautés et l'on en vient à une situation quasiment généralisée d’insécurité dans les zones rurales. Cela implique beaucoup de déplacés et ces déplacés, pour l’instant, on en dénombre 500 000, peut-être plus dans la région. 200 à 250 000 sont rassemblés autour de Kalemie dans des situations très précaires.

Quels sont les problèmes que posent cet afflux de déplacés en terme humanitaire ?

En ce moment, c’est une saison où les agriculteurs brulent les champs. Mais l’insécurité leur interdit de le faire. Cela veut dire qu’ils ne pourront pas planter. Et s’ils ne peuvent pas planter, de toute évidence, ils ne peuvent pas récolter.

On est donc déjà dans une situation d’urgence alimentaire. Et cette urgence alimentaire, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir. C'est un facteur aggravant d'une situation humanitaire déjà préoccupante.

Les gens sont arrivés par vague successive autour de Kalemie. Ils se sont installés sur des sites spontanés, et personne n’a organisé, dirigé l’installation de ces personnes. Ils sont installés dans des situations très précaires. L'infrastructure sanitaire - soit les toilettes, l'évacuation de l’eau, tout ce qui touche à l’hygiène, tout ce qui touche à l’eau potable - n’est pas installé.

Ils vivent dans de cabanes qu’ils ont faites eux-mêmes avec de la paille, très proche les uns des autres, dans une énorme proximité. Tout cela favorise et crée les conditions « optimales » pour que l’on ait des épidémies de type rougeole et choléra.

A quel risque sanitaire ces déplacés sont-ils exposés ?

Kalemie est une zone endémique du choléra. La saison des pluies arrive dans quelques semaines. Ces gens vivent dans une situation d’hygiène sans accès à l’eau potable, très concentrés sur des flancs de collines. Le risque épidémique choléra est énorme. Ce serait même surprenant que l’on n’en ait pas. On a encore des cas de rougeole dans les camps et on a du mal à y faire face, c’est vraiment une situation plus que difficile.

Avec les autres ONG on arrive à peine à 8 millions de litres par mois. Il en faudrait 4 millions par jour.
Stéphane Reynier de Montlaux (MSF-RDC)

À vous écouter, les besoins sont immenses et la réponse humanitaire n’est pas du tout à la hauteur. Pourtant, c’est une crise qui dure depuis un an déjà...

Oui. C’est une crise qui est ignorée. Ce qui démontre que cette crise est ignorée, c’est le sous-financement de l’aide humanitaire. Faute de financements, beaucoup d’acteurs humanitaires présents à Kalemie sont obligés d’arrêter certains programmes d’urgence, d’approvisionnement en eau, de développement de latrines. Alors que les besoins, pour une population de 200 000 personnes, en eau, par exemple, sont de 4 millions de litres par jour. Aujourd’hui MSF arrive à fournir 3,5 millions de litres par mois seulement.

Avec les autres ONG on arrive à peine à 8 millions de litres par mois. Il en faudrait 4 millions par jour. On est vraiment très loin d’atteindre des standards minimum du sanitaire, ce qui implique des risques. On craint vraiment le pire dans les semaines à venir, parce que l’assistance n’est pas au niveau des besoins.

On aura sans doute des difficultés pour répondre à une épidémie, alors que ça peut être évité. Mais pour l’éviter, il faut travailler maintenant. Et pour que les ONG puissent travailler, il faut qu’elles aient les moyens de le faire.
Stéphane Reynier de Montlaux (MSF-RDC)

Le Tanganyika, c’est une crise humanitaire oubliée ?

C’est une crise humanitaire qui ne semble pas intéresser grand monde, ni mobiliser suffisamment les ressources. On a un risque sanitaire critique. Le choléra, c’en est un. Enormément d’activités autres que médicales sont nécessaires.

On a pris en charge une partie de l’eau, on a pris on charge des distributions de kit de première nécessité, notamment dans le camp qui a brulé à Katana, la semaine dernière. 4 600 familles ont vu leurs maisons bruler. Simplement, on peut difficilement faire face à l’ensemble des besoins de base d’une population estimée à 250 000 personnes dans une situation de précarité absolue.

On aura sans doute des difficultés pour répondre à une épidémie, alors que ça peut être évité. Mais pour l’éviter, il faut travailler maintenant et pour que les ONG puissent travailler, il faut qu’elles aient les moyens de le faire.

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