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Chronique des médias
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L’information, terre de propagandes

Par Amaury de Rochegonde

Les accusations de propagande sont de plus en plus en plus courantes contre les médias. On les retrouve aussi bien dans la bouche de Vladimir Poutine contre la BBC que dans celle des dirigeants saoudiens ou israéliens contre al-Jazira.

L’accusation de soutien au terrorisme formulé par l’Arabie saoudite et ses alliés contre le Qatar a fait une victime collatérale : al-Jazira. Emblème des printemps arabes, instrument du soft power qatari, cette chaîne d’informations est perçue comme une menace tant en Égypte qu’en Arabie saoudite en raison des liens du Qatar avec les Frères musulmans. Et il est vrai que depuis septembre 2011 et sa reprise en mains au profit d’un membre de la famille régnante, al-Jazira n’est jamais très loin des intérêts diplomatiques du Qatar.

On se souvient de ses prêches incessants du télé-prédicateur Youssef Al-Qardaoui, proche des frères musulmans, du soutien d’al-Jazira aux mouvements islamistes en Égypte ou en Tunisie, de son appui à la rébellion syrienne. Tout cela est vrai, tout comme le financement du Qatar à des associations réputées proches des mouvements jihadistes. Mais en même temps, cette chaîne s’est fait connaître par son professionnalisme, sa liberté de ton en profitant des divergences de la famille régnante. Comme dit la chercheuse Claire Gabrielle Talon, c’est « une des dernières voix à défendre la ligne du printemps arabe et à ne pas suivre la ligne saoudienne très répressive ».

Se déclarer favorable à la fermeture de la chaîne en Israël au prétexte que ce serait un outil de propagande dans le style soviétique, comme le fait le ministre de la Défense Avigdor Liberman, relève donc… de la propagande.

Propagande ? Ce mot, qui a été employé par Emmanuel Macron pour justifier le refus d’autoriser l’accès à ses meetings aux médias russes Russia Today et Sputnik, est éminemment dangereux. La preuve ? Poutine s’en est servi cette semaine pour accuser la BBC d’agir en faveur de l’opposant russe Alexeï Navalny. Il a suffi qu’une journaliste de la radio-télévision britannique demande s’il voyait cet avocat qui défie le Kremlin comme son principal opposant pour que Poutine lui rétorque que la BBC faisait la propagande des gens qu’elle défendait. Il ajouté qu’Alexeï Navalny exacerbait la situation liée aux manifestations en Russie pour assurer sa promotion.

Bien sûr, la vénérable BBC reconnue pour la qualité de ses informations ne peut pas être tout à fait mise sur le même plan que les médias extérieurs russes accusés par Macron d’être des « organes de propagande mensongère ». Mais la preuve n’a pas été faite que RT comme Sputnik avaient favorisé la thèse d’un faux compte aux Bahamas du futur président français. En matière d’information, la divergence d’intérêts est vite qualifiée de propagande. Et ce mot cache le plus souvent un déni de liberté d’informer autrement.