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Revue de presse française
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A la Une: la campagne présidentielle, à une semaine du premier tour

Par Vincent Dublange

Peu de place pour les « petits », les candidats qui ne dépassent pas, ou difficilement, le 1% dans les sondages : les souverainistes de droite François Asselineau et Nicolas Dupont-Aignan ; celui qui se dit « gaulliste de gauche », Jacques Cheminade, le seul parmi les onze à concourir pour la troisième fois à la magistrature suprême ; l’élu du sud-ouest, Jean Lassalle ; ou les deux trotskystes, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou. Juste un mot dans l’éditorial du Point ! Un mot pour dénoncer « un brouhaha d’où fusent billevesées, menteries, approximations. [...] La bien-pensante nous interdit d’émettre la moindre réserve sur les petits candidats de droite ou de gauche qui parasitent cette campagne, assène Franz-Olivier Giesbert. [...] Ils nous tirent tous vers le bas. »

Si l’on accepte de suivre l’avis de l’hebdo de droite, il reste tout de même cinq postulants. Tous « dans le mouchoir de poche des sondages », constate M le magazine du Monde, même si Benoît Hamon peut paraître distancé à certains. Dans « une semaine, la France aura rendez-vous avec elle-même, annonce le magazine. La France ? Quelle est-elle dans cette période troublée ? [...] il y a des dizaines de France. Avant - il y a vingt ans ? Dix ans ? s’interroge Le Monde. Il y a une éternité -, on parlait de la France d’en haut et de la France d’en bas. Aujourd’hui, il semble qu’il y ait aussi une France de très haut, une France d’à côté, une France plus bas que bas. Et puis il y a cette fameuse France du système que tout le monde s’accorde à dénoncer, à pourfendre, à vouloir détruire. Surtout ceux qui semblent être tout à fait dans le système. »

Cette « France d’en bas » ou bien, peut-être celle « d’à côté », reçoit en cette période, comme tous les cinq ans, une « visite à domicile ».

M le magazine du Monde « est allé à la rencontre de ces électeurs qui ont vu défiler les candidats. Avec intérêt parfois, avec scepticisme souvent, avec étonnement toujours, tant ils ont perdu l’habitude qu’on s’intéresse à eux ». Un « voyage inverse » en quelque sorte, dans la région des Hauts de France, dans le Nord, « à portée de train » de la capitale, précise la reporter qui est donc revenue « sur ces lieux où sont passés Benoît Hamon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron - pas François Fillon, accueilli partout par des casseroles, qui n’a effectué qu’une visite éclair dans le centre social de Tourcoing. »

Zineb Dryef raconte : la journaliste est passée par Nœud les Mines, Outreau, Boulogne-sur-Mer, à chaque fois les habitants paraissent encore tout étonnés parce qu’à l’image de madame Déseille, ils « ne savai [ent] pas qu’[ils] pouvai[ent les] intéresser ». Ils sont angoissés pour poser des questions, comme Jannick Michel, à Emmanuel Macron : « Je me suis dit “le pauvre, il n’a rien à boire”  [...] Jannick s’est ratatinée dans un coin en attendant que ça passe, ajoute l’auteure de l’article. Il s’est approché d’elle et lui a posé des questions [...] C’était impressionnant. Je bégayais, je ne savais pas quoi dire ».

Certains ont préparé des fiches : « Franchement [Benoît Hamon], je le connaissais pas », confie Marlène. D’autres sont beaucoup plus à l’aise et se permettent les « selfies » avec Marine Le Pen. « Je ne sais pas s’il en reste grand-chose, mais voilà, il a ressenti le froid - l’humidité » veut croire Xavier Larive à propos de Jean-Luc Mélenchon. Ce délégué du personnel d’un atelier de salaison et de fumaison du poisson sent pourtant « comme un vide, explique Le Monde. Cette campagne, les affaires. Il déteste le spectacle. »

« Le palmarès d’une campagne bien pourrie » en Une de Marianne.

« Le “changer la vie” de Mitterrand, la “fracture sociale” de Chirac ou la “rupture” de Nicolas Sarkozy ont servi jadis d’étendard pour mobiliser les citoyens, analyse le journal. Cette année, c’est le prix des costumes de François Fillon, [...] le caractère supposé fictif de l’activité fort bien rémunérée de son épouse qui auront fait office de boussole au débat public. Une collection de mises en examen dans l’entourage proche de Marine Le Pen et une foultitude d’accusations portant sur le financement des activités électorales du FN auront achevé de transformer cette campagne en nouvel épisode de “Faites entrer l’accusé”. »

Et l’hebdomadaire de s’amuser à dresser des podiums : du plus « menteur », prix spécial décerné par Marianne à François Fillon, au plus « traître » qui revient à Manuel Valls, en passant par le plus « diabolique » pour Emmanuel Macron ou le plus « loser »  qui échoit à François Hollande.

Le (toujours) chef de l’État qui a livré son testament politique.

C’est en tout cas comme cela que Le Point « vend « sa Une : François Hollande, l’air concentré sur les questions posées par Franz-Olivier Giesbert, critique tour à tour les députés frondeurs du parti socialiste, dont la ‘stratégie ne pouvait conduire « nulle part » ; la « stratégie » d’Emmanuel Macron, elle, « n’a donné des résultats qu’à cause d’un concours de circonstances. [...] Il faut un contenu qu’il doit affirmer encore », d’après le président.

Le journaliste le portraiture en « antihéros ». « Je pourrais prendre ça pour un compliment, répond-il à renfort de clin d’œil. Être un antihéros, vous avez, c’est déjà être un héros. Il remplit sa tâche avec dévouement et désintéressement. Il se veut courageux plutôt téméraire. Il ne recherche pas la prouesse, mais la robustesse. »

François Hollande qui confie qu’il donnera une consigne de vote entre les deux tours de la présidentielle. Les déçus du quinquennat n’en ont pas besoin.

Society s’est rendu en « Hollande » - pas les Pays-Bas, non -, ces sept petits bouts de France qui ont voté à 100 % pour le candidat socialiste en 2012. Sept villages de quelques dizaines d’habitants voire moins de dix, dont quatre se trouvent dans le massif des Corbières, dans l’Aude, à une vingtaine de kilomètres au nord de Perpignan. Pas « le bout du monde », mais « l’origine du monde » s’amuse un habitant. L’origine du socialisme y remonte en tout cas au début du XXe siècle, époque Jean Jaurès, le député était venu défendre les intérêts des viticulteurs locaux.

Aux dernières élections, régionales en 2015, le consensus s’est fissuré : un vote à droite par-ci ; deux votes FN par-là. Et aujourd’hui, pour une majorité, l’hésitation entre « Macron [qui] traîne son passage à la banque Rothschild comme un boulet, Hamon [qui] " dévalorise la valeur travail ", Mélenchon [qui] " parle trop et trop fort ". » Alors, au moment de « dresser le bilan de François Hollande », le maire d’un de ces villages, « qui vit avec 700 euros de retraite, baisse la tête, raconte Society. Souffle légèrement. Puis jette un coup d’œil à la photo [officielle] représentant l’homme d’État dans les jardins de l’Élysée [...]. Franchement, ça ne va pas me faire grand-chose de la retirer dans quelques semaines ».