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Revue de presse française
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A la Une: la Syrie, après l’attaque chimique

Par Florent Guignard

Ce sont des corps entremêlés, presque nus, pâles, presque gris. Des corps d’enfants, les bras en croix, les yeux en l’air, les yeux ouverts… Un tableau presque irréel, des anges lumineux nageant dans un ciel noir, comme une peinture du XVIIe siècle, sauf que nous sommes au XXIe siècle. Et que sur cette photo, le temps s’est arrêté. « Les enfants d’Assad », c’est le titre de la Une de Libération, au-dessus de cette image « insoutenable », « intolérable », écrit Libé, une photo prise à l’hôpital de Khan Cheikhoun, après l’attaque au gaz toxique. « Ces enfants gazés nous rappellent, de leurs yeux grands ouverts sur l’horreur, que pendant que nous savourons les premiers jours du printemps, un peuple tout entier est massacré dans le silence général. Et le pire, ce n’est pas cette photo, écrit Libération. Le pire, c’est qu’elle ressemble en tout point à d’autres photos prises il y a quatre ans, en 2013, quand le régime syrien avait une première fois utilisé l’arme chimique contre sa propre population. »
 
« Mais alors que des dizaines d'enfants ont été tués, écrit de son côté L'Humanité, il y a beaucoup d'indécence de la part des pays occidentaux qui semblent plus préoccupés par une récupération politique permettant de dénoncer Bachar el-Assad qu'une volonté d'en finir avec la guerre. » Pour Le Figaro, « la séquence tombe mal pour la nouvelle Administration Trump, qui venait de signaler un changement de pied envers Assad. » Plus question de réclamer le départ du président syrien ? « Le secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, avait déclaré la semaine dernière que l’avenir du régime serait « décidé par le peuple syrien » – « comme s’il allait y avoir une primaire façon Iowa », ironisait mercredi Le New York Times. Mais depuis, comme le titre Le Parisien, « Trump a changé de ton envers Assad. » Et pour Le Journal de la Haute-Marne, « c'est peut-être le fantasque Trump qui dénouera la situation, en agitant le bâton de la puissance militaire américaine. Le sauvetage de la Syrie devient urgent. » La Nouvelle République souligne également qu’« on sent aussi Moscou plus embarrassé que d'ordinaire par cet allié incontrôlable, aspiré par sa propre violence suicidaire. […] S'il subsiste un minuscule espoir, il se tient là dans cet imperceptible vacillement. » En attendant, « Assad ? Vous l'écrivez comment ? Comme assassin, exactement. »
 
Pour un flirt en Floride
 
L’autre actualité diplomatique dans la presse française, c'est la visite du président chinois aux Etats-Unis. « Une tentative de flirt en Floride », comme le titre Libération. Donald Trump accueille Xi Jinping dans sa résidence de Mar A Lago. « Après plusieurs échecs cuisants, notamment sur la réforme de santé, Donald Trump a tout à gagner d’une victoire diplomatique sur la Chine. Il lui faudra pour cela éviter toute sortie de route protocolaire. » Les Echos évoquent d'ailleurs « un premier sommet sous haute tension », en rappelant que pendant sa campagne, Donald Trump « avait fait de la Chine sa cible principale ». Le journal souligne aussi que les « deux plus hauts dirigeants de la planète “affichent des caractères diamétralement opposés”… Le leader chinois n'a jamais un mot plus haut que l'autre. Il a banni Twitter de Chine, alors que Donald Trump en a fait sa première arme de communication. » Les Echos croient même savoir que « Xi Jinping ne se laissera certainement pas entrainer dans une partie de golf, s’étend fermement opposé au déploiement de nouveaux terrains de golf dans son propre pays ». Mais la tonalité, aujourd’hui, « est quelque peu différente », et selon Les Echos, « le Chinois est prêt à des concessions symboliques pour apaiser l'Américain ». Annoncer par exemple des investissements chinois aux Etats-Unis. « Mais les concessions seront moins simples à trouver sur le terrain diplomatique. »
 
Philippe Poutou, la nouvelle star de la présidentielle
 
En France, après le débat télévisé de mardi, une nouvelle star est née, Philippe Poutou, le candidat du NPA. Il est le seul à avoir osé interpeller directement François Fillon et Marine Le Pen sur les affaires judiciaires. « Philippe Poutou a crevé l'écran, écrit Le Courrier picard. Comme l'irruption d'un certain réel dans l'univers empesé et très codifié de la sphère médiatico-politique. » Pour La République des Pyrénées, « le diable Poutou est sorti de sa boîte pour attaquer Fillon puis Marine Le Pen. “Nous, quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière”, a-t-il fustigé. En cinq minutes, écrit le journal, Poutou a marqué la balle de match. Si l'on ne garde qu'une chose de ce débat, c'est ça qu'on retiendra. » Et pourtant, Philippe Poutou n'était même pas sur la photo de famille, prise juste avant le début de l'émission, avec tous les candidats... « Ce devait être une photo de famille historique. Raté !, s'exclame Le Parisien. “Poutou ! Poutou !”, hurle les photographes avant l'antenne. “Pourquoi faire une photo de famille, répond l'intéressé. Ça n'est pas ma famille !”, maugrée le candidat du NPA, qui inflige un camouflet à Emmanuel Macron, venu le chercher en monde boy scout. » Ajoutons à cela qu'il a refusé de saluer Marine Le Pen et François Fillon « je ne toucherai pas ces mains ! », et voilà le candidat du NPA fustigé ici et là, notamment par plusieurs éditorialistes de BFMTV.
 
Alors Libération prend la défense du candidat et invoque le « droit à l'irrespect » dans un billet plein d’ironie. « Jugez par vous-même, Philippe Poutou s’est présenté aux téléspectateurs en tenue “débraillée”, comme l’a qualifiée Luc Ferry, philosophe du bon goût. Sans compter qu’il n’arrêtait pas de tourner le dos à la caméra pour parler avec son camp et de s’asseoir sur un tabouret quand les autres restaient droits derrière leur pupitre, le corps habité par la fonction dont ils pensent être dignes. Poutou aurait donc été “irrespectueux” et “indigne”. Un “amuseur”, même. Arrêtons le délire, écrit Libération. Il faudra nous sortir le code de bienséance auquel aurait dû se référer le candidat du NPA. Il s’agit de politique, il s’agit d’une élection présidentielle, pas d’un goûter organisé par Nadine de Rothschild. » Pour les macarons, il faudra repasser.