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Revue de presse française
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A la une, les réactions de la presse française après le grand débat de la présidentielle

Par Florent Guignard

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la presse n’est pas tendre avec cet exercice jamais vu en France. Le Figaro hésite entre « le grand bazar de la présidentielle », et « le café de la République » comme il y a le café du commerce, « où l’on refait bruyamment le monde » dans « un brouhaha où la raison se perd, et cette impression, après tant d’invectives, que tout cela n’a pas servi à grand chose… » « À onze, le choix était entre la monotonie et la cacophonie. On a eu les deux », conclut Le Figaro. La cacophonie pour Le Figaro, et « la confusion » pour Les Echos : « le débat n’a pas tenu ses promesses ». Pour Libération, le débat d’hier, avec ses onze candidats, ressemblait davantage à « une équipe de foot dans laquelle la quasi-totalité des joueurs voudraient jouer au poste d’attaquant. Un moment de télévision historique, mais pas un gage de qualité. » Le Parisien dénonce de son côté un débat « long et formaté, pénible parfois. Un exercice certes démocratique mais bien peu pédagogique et éclairant pour l’électeur. » « Bonne nuit, les indécis », concluait La Dépêche du Midi après 4 heures d’émission. L'exercice entretiendrait même la confusion des esprits, à lire Le Figaro : « À côté de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud, Benoît Hamon a l’air de droite. À côté de François Asselineau et de Marine Le Pen, François Fillon semble de gauche. Souvent d’accord avec beaucoup, Emmanuel Macron a en revanche bien l’air au centre. » « Un débat sans fond », titre Le Monde sur son site ce matin. Sans fond et sans fin serait-on tenté de dire. A la rédaction des Jours, qui titre sur « Onze dit tout » - vous l’avez ? -, c’est le téléviseur, qui le premier semble flancher. « Je vais passer en mode veille dans moins de 154 secondes sans action de votre part », menace-t-il soudain. »

Un souffle d’air frais sur la politique

On a bien compris que ce débat à 11 n’a pas les faveurs de la presse ; il a quand permis de dire quelque chose sur l’état de la France. Le pays ne se résumerait donc pas à ces 5 grands candidats, par opposition aux petits. C’est le constat que dresse La Nouvelle République, qui rend hommage aux petits candidats : « Ces miettes de suffrages additionnables, dépouillées de tout espoir de succès, dessinaient un autre visage de l'opinion. Celle que l'on entend peu. Déroutante, contradictoire, brouillonne, elle ne manquait pas d'une désarmante sincérité parfois. Nous n'étions plus habitués. » Un souffle d’air frais sur la politique que salue aussi Libération : « Quoi qu’on pense par ailleurs du réalisme de leurs propositions, cette parole a porté. Va-t-elle bousculer l’ordonnancement de cette campagne ? On ne peut l’exclure tout à fait. La révolte (qui traverse le pays) a trouvé une expression heurtée, confuse, contradictoire, mais représentative d’un état d’esprit. Celui d’un pays inquiet, à cran, à vif, qui se fatigue des solutions raisonnables. » C’est aussi l’enseignement qu’en tire Médiapart : « Le plus frappant fut au fond l’espèce de démonstration de l’épuisement de la Cinquième République. Si le débat d’hier soir a été riche, c’est grâce à son désordre. Que voulaient prouver les débatteurs ? Qu’ils étaient le meilleur. Le seul. Qu’avec leur voix unique la France serait plus forte. Le débat a prouvé le contraire… »

« A quoi ça tient, un vote ? »

Cette France fracturée, on la retrouve dans Le Monde, qui s’interroge sur les motivations des électeurs. « A quoi ça tient un vote ? », c’est la question que pose Le Monde, qui a sillonné la France pendant plusieurs semaines, et qui devrait aussi relativiser toutes les grandes stratégies électorales qu’on imagine ici et qu’on commente ailleurs. « A quoi ça tient, un vote ? De moins en moins à un héritage. On ne vote plus par esprit de classe ou tradition familiale, écrit Le Monde. On ne se dit plus socialiste, gaulliste ou communiste. » A quoi ça tient un vote ? A la nouveauté… Le Monde rapporte les hésitations d’un électeur toulousain, « ce sera Macron ou Le Pen », que pourtant tout oppose, mais voilà, ils sont « nouveaux tous les deux ». « Presque comme face à une collection de prêt-à-porter, écrit Le Monde, on se laisserait bien tenter par un nouveau modèle. » A quoi ça tient, un vote ? « A un revers de la main. Jean-Pierre a 70 ans, et il votera Marine le Pen pour la première fois. Pas vraiment pour qu'elle soit élue. Encore moins parce qu'il serait raciste. Non. ‘’Juste pour faire chier.’’ »

L’odeur du gaz dans l’air syrien

On oublie un peu la campagne présidentielle, pour parler de la Syrie, qui revient à la une après l’attaque chimique d’hier. C’est le constat amer que dresse Libération ce matin : « Il a fallu qu’une soixantaine de civils meurent asphyxiés pour que le monde réagisse » et donc la presse un peu aussi…

Libé cite le témoignage désabusé d’un jeune secouriste d’Idlib : « On attend qu’un massacre horrible se produise alors que personne ne bouge face à la tuerie quotidienne. » Un constat partagé par La Croix : « Ce sont des photos qui font très vite le tour du monde. Des enfants torse nu et cambré, sur le dos, la bouche grande ouverte cherchant désespérément de l’air. »

Le Figaro publie le témoignage d’un journaliste syrien arrivé deux heures après le bombardement : « Quand je suis entré à Khan Cheikhoun, je pouvais encore sentir l’odeur du gaz dans l’air. C’était le chaos et la panique ». « Avec son cameraman, Hadi Abdullah a tout filmé dans le moindre détail : les cratères creusés par les bombes, les secours tentant de ranimer les victimes, la bouche remplie d’écume blanche, et même les pigeons endormis à jamais par le gaz. »

Le Parisien dénonce en titre une « odieuse attaque à l’arme chimique », mais « comme en 2013, Bachar el Assad compte sur la complicité de ses alliés pour bénéficier d’une impunité totale. Ceux qui soutiennent ce régime peuvent, une nouvelle fois, mesurer l’ampleur de leur responsabilité politique et morale. » « La réunion du conseil de sécurité aujourd’hui devrait se révéler vaine », conclut Le Parisien. Comme si, après l’indignation, suivait, fatalement, le temps de l’indécision.