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L'Irlande face au «Brexit» qui se rapproche à grands pas

Par Julien Lagache

Après le vote des deux chambres du Parlement britannique, lundi 13 mars 2017, ce n’est qu’une question de jours avant que Theresa May ne déclenche la procédure de divorce entre son pays et l’UE. L’Irlande sera très attentive à la suite des évènements, puisqu’elle a des liens très étroits avec le Royaume-Uni. Et le Brexit va la toucher de près. Les Irlandais se préparent depuis un moment à ce long processus.

De notre correspondant à Dublin,  Julien Lagache

Si le Brexit, à Dublin, n’est pas perçu comme quelque chose de positif, le résultat du vote au Parlement britannique a été accueilli avec satisfaction, car on s’achemine vers un cadre et un calendrier. Depuis neuf mois, l’Irlande attend de savoir comment se positionner. Le pays a déjà ressenti quelques effets du référendum : la fluctuation de la livre sterling a pénalisé le commerce et même provoqué des faillites dans l’agro-alimentaire, une filière très dépendante de la relation avec Londres.

Ces derniers mois, le Premier ministre a rencontré à plusieurs reprises ses homologues européens pour souligner la fragilité de l’Irlande et la nécessité de tenir compte de cette situation au cours des négociations. Enda Kenny l’a martelé, le Brexit n’est pas une bonne nouvelle, mais il faut faire avec. Pour contrer ses effets négatifs, le gouvernement a déjà lancé plusieurs chantiers : un budget qui prévoit des compensations pour les entreprises en première ligne, des mesures de soutien à l’emploi et aux investissements... Bref, Dublin veut anticiper mais tant que les négociations avec Londres n’ont pas formellement commencé, l’avenir reste flou.

• A l’heure actuelle, quels sont les dossiers qui risquent de poser des problèmes dans les discussions ?

Le sujet majeur, qui est une réelle inquiétude en Irlande, c’est le retour d’une frontière entre la République et l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni. Si Londres quitte l’union douanière, on voit mal comment ne pas en remettre une. Sauf que personne n’en veut. Sa disparition est un symbole de la paix pour le Nord, qui s’est développé grâce aux subventions européennes autant que par le commerce avec le Sud. Trente mille personnes franchissent cette limite invisible chaque jour pour aller travailler, tandis que chaque année, il y passe pour près de 3 milliards d’euros de marchandises.

Londres et Dublin prônent une absence d’obstacle à la libre circulation entre les deux parties de l’île. Sont évoqués des moyens technologiques : reconnaissance de plaques minéralogiques, identification informatique... Mais si le régime de douane change, difficile de ne pas recourir à une frontière physique avec des contrôles. Autrement dit, c’est un vrai casse-tête. Certains appellent d’ailleurs à un « statut spécial » pour l’Irlande du Nord au sein de l’UE, voire à la réunification.

• Ces scénarios sont-ils envisageables ?

En tout cas les gens en parlent, ces idées font leur chemin. Le Premier ministre irlandais a mentionné plusieurs fois le cas de l’Allemagne de l’Est, qui avait automatiquement adhéré à l’Union après la réunification en 1991. Il a aussi rappelé que les Nord-Irlandais avaient juridiquement le droit de réclamer la nationalité irlandaise. C’est prévu dans l’Accord de paix du Vendredi saint (1998), au même titre qu’un référendum sur la réunification de l’île.

Sauf que pour organiser le scrutin, il faut une volonté populaire forte. Et si les habitants de l’Ulster (Irlande du Nord) ont voté à 56 % contre le Brexit, ils restent majoritairement plus attachés à l’union avec la Grande-Bretagne qu’avec l’Europe. Quant à un statut spécial au sein de l’UE, cette exception pourrait causer autant de problèmes qu’elle n’en résout, puisqu’il faudrait déplacer la frontière, envisager un autre système de douanes qui pénaliserait et isolerait les Nord-Irlandais, qui ne seraient alors plus vraiment britanniques sans être tout à fait européens.

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