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Gaël Faye: «Aujourd’hui on accueille, demain on sera peut-être accueilli»

Par Stéphanie Aglietti

Gaël Faye, chanteur et auteur franco-rwandais a commencé vendredi 3 mars une tournée de concerts en France. Le lauréat du prix Goncourt des lycéens pour son roman «Petit Pays» vit au Rwanda depuis deux ans. Avant son départ pour la France, il est allé à la rencontre du public rwandais à Kigali et a échangé autour de son livre, qui raconte le quotidien insouciant d’un petit garçon dans le Burundi du début des années 1990, bouleversé par la montée des tensions entre Hutu et Tutsi.

Rfi: Vous avez animé, à Kigali, un café littéraire et il y avait du monde, beaucoup de monde. Nombre de participants ont dit qu’ils s’étaient identifiés au personnage de Gabriel. Vous attendiez-vous à ce que votre roman ait une telle résonnance au Rwanda ?

Gaël Faye: Non, absolument pas, pour la raison qu’au Rwanda on a une tradition orale et que l’on n’est pas forcément attiré par les livres. Je l’ai d’ailleurs vu pendant la rédaction de mon roman que j’ai finalisée ici, à Kigali. J’ai vu, autour de moi, même ma famille qui était assez intriguée par ce temps que je passais à écrire, se disant : « A quoi ça sert ? A quoi bon ? ».

Après, il y a l’histoire qui est racontée dans ce romain. Il s’agit quand même d’un narrateur qui est, comme moi, un Franco-Rwandais, un petit métis d’une classe sociale assez privilégiée, à Bujumbura. Je me disais que ce personnage-là allait forcément être trop particulier, trop singulier pour intéresser un peu tout le monde. Et finalement, c’est l’inverse qui s’est passé. C’est peut-être parce qu’il est dans cette position-là qu’il arrive à réunir autant de monde, que ce soit en France ou ici, à Kigali.

Cela fait deux ans que vous avez quitté la France pour vous installer à Kigali, dans le pays de vos racines. Pourquoi ce choix ?

Eh bien parce que je ne les connaissais pas, ces racines-là. C’est le pays de ma mère qu’elle a quitté, au début des années 60, avec sa famille, pour échapper au massacre anti Tutsis qu’il y avait à l’époque. J’ai donc grandi à Bujumbura dans le mythe du Rwanda, mais que je ne connaissais pas. On m’en parlait et c’était surtout un récit familial qui était chargé de persécutions, d’exils… Il y avait une envie en moi de connaître le quotidien du pays, de me rapprocher de cette origine que finalement je ne connaissais qu’à travers un prisme négatif.

Et finalement, quel regard portez-vous sur le Rwanda actuel ?

Là où je me dis que j’ai vraiment bien fait de venir, c’est que je peux passer des jours, des semaines, sans jamais penser au génocide, ce qui n’arrivait jamais quand je venais en vacances. J’ai passé « l’écran » du génocide. Je suis allé plus loin que ça. C’est donc une victoire. Après, je crois que c’est un pays qui est un cas unique au monde dans sa façon de se concevoir, de se reconstruire, de se relever… C’est un pays avec d’immenses défis et en même temps, quand je parle avec la jeunesse, je trouve une projection dans l’avenir qui est assez forte, assez dynamique.

Et alors que vous vous installez au Rwanda, c’est le pays de votre enfance - le Burundi - qui replonge dans la violence. Et, ironie du sort, vous, le fils d’une exilée rwandaises, côtoyez, à Kigali, des Burundais désormais en exil.

Eh bien oui, c’est-à-dire que les réfugiés d’hier sont les accueillants d’aujourd’hui. C’est, je crois, une bonne leçon pour tout le monde et cela devrait même être enseigné à une échelle planétaire. Je devrais même le dire et le répéter en France, c’est-à-dire qu’aujourd’hui on accueille, demain on sera peut-être accueilli. D’où l’importance de savoir accueillir l’autre.

Parlez-nous de votre nouvel album.

C’est un album qui s’intitule « Rythmes et Botanique » que j’ai écrit au Rwanda en arrivant là, les premiers mois, et qui ne parle pas du tout de la région ni même de l’Afrique. C’est plutôt un album qui questionne les sociétés occidentales, la société française, avec un mélange de musique acoustique et électronique. J’ai travaillé avec un piano droit et une boîte à rythme. C’était comme un projet intermédiaire, une façon de quitter un peu les thématiques que j’ai pu explorer à travers le roman ou à travers l’album « Pili Pili sur un croissant au beurre ». Le fait de vivre ici, tarit complètement mon envie de parler d’ici. J’avais besoin de l’éloignement pour parler d’un sujet. Etre ici, cela me permet de parler de là-bas.

Pensez-vous, tout de même, écrire de nouveau sur la région ?

J’écrirai mais plus tard. Je suis ici pour me remplir. J’ai un projet. Par exemple, un jour j’aimerais bien écrire, pour le coup, un roman sur le génocide car là, je n’ai pas écrit un roman sur le génocide. J’aimerais écrire un romain sur le génocide mais je le ferai avec la distance qui est nécessaire, donc dans plusieurs années.

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