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Hissein Brahim Taha: «Il faut que l'on se mette tous ensemble pour combattre» les jihadistes

Par Christophe Boisbouvier

Depuis un mois, Moussa Faki Mahamat préside la Commission de l’Union africaine, et c’est Hissein Brahim Taha, l’ancien ambassadeur à Paris, qui lui succède à la tête de la diplomatie tchadienne. Quelles sont ses priorités ? Le nouveau ministre tchadien des Affaires étrangères s’exprime pour la première fois depuis sa prise de fonction. De passage à Paris, entre Oslo et Ndjamena, Hissein Brahim Taha répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Sept millions de personnes sont menacées de famine dans le nord-est du Nigeria et dans le bassin du lac Tchad. Que faites-vous pour ces personnes en détresse ?

Hissein Brahim Taha : Je viens de la conférence d’Oslo et 14 pays ont annoncé des aides immédiates, 672 millions de dollars pour apporter du soutien à ces réfugiés et déplacés qui se trouvent dans le bassin du lac Tchad.

En effet, 672 millions de dollars ont été débloqués. Mais selon l’ONU, il en faudrait un milliard et demi ?

C’est vrai. Mais il y a des pays qui n’ont pas encore annoncé leur contribution, comme les Etats-Unis, comme la Grande-Bretagne.

Y a-t-il eu des consignes particulières de la part de Donald Trump ?

Non, je ne pense pas. Le délégué américain est d’ailleurs intervenu. C’est peut-être dû au fait que c’est une nouvelle administration qui s’installe et quelque chose va être fait. En tout cas, il a annoncé la bonne volonté de son pays pour le faire.

A l’origine de ce drame humanitaire, il y a le chaos provoqué par Boko Haram. Son chef, Abubakar Shekau, vient d’annoncer qu’il a tué un de ses lieutenants qui complotait contre lui. C’est bon signe ou c’est mauvais signe ?

C’est toujours mauvais signe quand Shekau apparaît pour pérorer et parler de ses actes macabres. Ceci dit, Boko Haram n’est pas comme il l’était il y a deux ans. Je crois que leur mouvement est sûrement en crise.

Autre mouvement jihadiste, le Mujao [Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest] qui multiplie les attaques contre l’armée du Niger à la frontière Niger-Mali. Est-ce que cela vous préoccupe ?

Oui, c’est réellement inquiétant ce qui se passe. Maintenant, le Mujao et le reste agissent jusqu’au sud du Mali. Ceci dit, le groupe du G5 [Groupe 5 Sahel-Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Tchad] lors du dernier sommet à Bamako, il a été adopté que les pays du G5 formeront des forces mixtes dans les frontières, entre le Mali et le Burkina, entre le Niger et le Mali, pour essayer de mettre fin à ces actions des terroristes dans la région.

« La menace terroriste prend de nouvelles proportions », a dit récemment le chef de l’Etat tchadien. Est-ce que ça veut dire que les jihadistes sont de plus en plus forts au Sahel ?

Ils sont présents. Il y a quelques années, on a cru que la menace était enrayée complètement, mais on les voit agir. Voyez l’attentat de Gao, les actions au sud du Mali et l‘action qui s’est passée à la frontière du Niger assez sanglante, il faut le dire. Et je profite de ce micro pour présenter mes condoléances au gouvernement et au peuple nigérien. Il faut que l'on se mette tous ensemble, encore plus, pour combattre ce phénomène. S’ils sont encore là comme vous le dites, c’est encore aussi grâce à la situation en Libye.

Pour aider l’armée du Niger, quelque 80 hommes des forces spéciales françaises doivent arriver sur zone. Mais est-ce que Barkhane peut tout faire ?

Le président de la République, Idriss Déby, avait toujours dit qu’on ne peut pas laisser la France toute seule faire tout le travail. L’Afrique doit se prendre en charge. Mais il faut saluer l’action de la France. Le fait d’envoyer des troupes pour le moment à la frontière, c’est un acte dans la bonne direction et c’est bien d’avoir comblé ce vide-là.

En République centrafricaine, Bambari est sous la menace du FPRC [Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique] de Noureddine Adam, l’ancien numéro deux de la Seleka. Et du coup, les hélicoptères de l’ONU pilonnent ces colonnes FPRC. Est-ce que c’est la solution ou pas ?

Je ne pense pas que ça soit la solution. La solution pour nous, c’est le dialogue entre frères centrafricains.

Mais ce que disent les autorités centrafricaines, c’est que Noureddine Adam refuse ce dialogue pour l’instant ?

Je ne sais pas s’il l’a dit clairement. S’il le refuse, il a tort. Le problème pour lequel les forces des Nations unies sont intervenues en ce moment, c’est dans la bataille entre le groupe de Darassa [Union pour la paix en Centrafrique, l’UPC d'Ali Darassa] et le groupe de Noureddine Adam. Ce n’est pas face aux forces centrafricaines. Ce sont des combats inter-rebelles que nous déplorons. Cela met en cause la paix en Centrafrique et la paix à notre frontière parce que c’est juste à la frontière tchadienne. S’ils nous écoutent en ce moment, nous les appelons les uns et les autres pour qu’ils arrêtent les massacres. Tout doit se faire autour de la table des négociations.

Depuis plusieurs années, le rebelle centrafricain, Noureddine Adam, circule assez librement entre le nord de la Centrafrique et Ndjamena. Est-ce que votre pays n’a pas été quelque fois un peu trop compréhensif à son égard ?

Non, nous avons invité quand la situation était très grave, quand Noureddine Adam avait été annoncé lors des élections que si les élections se déroulent comme ça, il va annoncer la sécession du Nord, on a voulu le mettre plutôt avec l’OCI, l’Organisation de la conférence islamique, qui avait demandé notre entremise. Et le président de la République a donné des instructions pour que Noureddine Adam vienne parler avec l’OCI. Et c’est comme ça qu’une solution a été trouvée. Et les élections se sont passées dans le calme. Donc c’était une initiative du cadre pour la paix en Centrafrique. Maintenant les Angolais sont en train d’organiser un dialogue pour que tous les frères centrafricains puissent être ensemble pour dialoguer.

A Ndjamena ce dimanche matin, le 26 février, Daniel Ngadjadoum, le directeur de cabinet de l’opposant Ngarledji Yorongar, a été arrêté à la sortie de la messe et serait aujourd’hui dans les locaux de l’Agence nationale de sécurité, l’ANS. Du coup, il y a beaucoup d’émotion dans l’opposition ?

Dans tous les pays, quand quelqu’un passe à l’action, met en cause la paix et la sécurité, on peut l’interroger. On n’a pas de prison politique au Tchad. Il va être écouté. Et s’il a commis effectivement des fautes, c’est à la justice de le faire. Donc il n’y a pas d’inquiétude. Je pense qu’il va être interrogé, et s’il n’y a rien de grave, il va être libéré.

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