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Villes africaines: Dakar et Brazzaville, «un terreau favorable», pour J. Chenal

Par Magali Lagrange

Quelle est la ville africaine qui offre à sa population la meilleure qualité de vie ? Un classement, publié cette semaine après une année d'enquête, a été établi par une équipe de l'Ecole polytechnique de Lausanne, en Suisse, pour répondre à cette question. L'étude s'est concentrée sur 100 villes du continent africain, les capitales et les plus peuplées, en se basant sur des critères répartis dans 7 catégories : société, habitat, développement spatial, infrastructures, environnement, gouvernance et économie. Jérôme Chenal a dirigé cette étude et la commente pour RFI.

Rfi : Qu’est-ce qu’il faut à une ville pour qu’il y fasse bon vivre ?

Jérome Chenal, chercheur à l'école polytechnique de Lausanne, en Suisse. Magali Lagrange / RFI

Jérôme Chenal: Il faut un peu de tout. Il faut de l’infrastructure, de l’accès au logement, de l’environnement et des programmes qui évitent de la ségrégation sociale, par exemple. On se rend compte que les villes qui fonctionnent aujourd’hui le mieux sont finalement celles qui ont intégré cette idée qu’il ne faut pas miser que sur de l’infrastructure, du tourisme ou encore sur de l’économie. C’est en misant justement sur plusieurs choses en même temps et en articulant toutes ces choses entre elles qu’on arrive au meilleur résultat.

Il y a des surprises dans votre classement. On pense à Kigali qui arrive en 54ème position, alors que pour beaucoup, Kigali c’est un exemple, voire un modèle carrément de développement d’une ville. Qu’est-ce qui s’est passé pour Kigali ?

Il y a deux hypothèses pour Kigali. La première, c’est qu’ils ont oublié de mettre les données à jour. Il faut rappeler que pour que cela apparaisse dans un classement, il faut que ce qu’on a investi sur le terrain se transforme en chiffres - donc en statistiques - et que l’on puisse finalement retirer, de ces statistiques, un calcul de moyenne.
L’autre possibilité, c’est d’imaginer que ça ne suffit pas d’avoir des rues propres. Il y a toute une batterie de choses qu’il faut faire. Je prends l’exemple d’une infrastructure de tram. Il faut savoir qu’un tram, c’est à la fois une bonne idée mais fait aussi de la ségrégation sociale parce que toute infrastructure aujourd’hui dans les villes, en site propre, crée de la plus-value foncière.

Cela veut donc dire que l’on a ainsi une sorte de machine qui pousse les plus pauvres vers l’extérieur et que l’on a parfois de fausses bonnes idées. Je caricature un peu, mais le mécanisme existe vraiment. Cela veut dire effectivement que dans toute infrastructure, il y a l’autre face de la médaille, c’est-à-dire l’effet secondaire finalement. Si vous n’avez pas les mesures qui accompagnent les effets secondaires, ces derniers peuvent être bien pires que ce qu’on a essayé de chercher, à la base, avec l’infrastructure. Mais nous sommes sur des hypothèses, pour l’instant.

Et parmi les villes que vous voyez progresser dans ce classement il y a, par exemple, Dakar. Pourquoi ?

Dakar, actuellement, ce qu’elle a en plus c’est que cela fait quand même de nombreuses années qu’il y a eu un programme. On a fait de grandes infrastructures routières - même si c’était un modèle un petit peu dépassé déjà - et aujourd’hui, on voit qu’on réinvestit le train qui est une vraie bonne idée pour Dakar. On voit un maire qui est présent et qui a envie de faire des choses. Donc on a, je dirais, un terreau favorable pour que tous les effets actuels de ce qui se passe aujourd’hui à Dakar se transforment en chiffres et se voient d’ici quelques années. On a des villes comme ça où il y a des potentiels. Ceci étant, ce n’est pas parce qu’on a un potentiel que cela va forcément augmenter.

Dans quelles autres villes voyez-vous des potentiels, par exemple ?

Je prends l’exemple de Brazzaville où il y a un potentiel. Les documents d’urbanisme viennent d’être mis à jour. Le ministre de l’urbanisme est un ministre d’Etat.

Aujourd’hui, on a une conscience du rôle de la ville et de Brazzaville, comme capitale. On a des projets et de la coopération qui se créent. Il y a donc un terreau. Ceci étant, il faut pouvoir transformer l’essai. Ce n’est pas parce qu’il y a un potentiel que les choses vont fonctionner in fine. Mais il y a des endroits où il y a plus de potentiel que d’autres.

Vous n’avez pas utilisé la même méthode que d’habitude pour faire votre classement. Vous vous êtes basé sur des données qui étaient fournies par les villes elles-mêmes ?

Elles ne sont pas données par les villes. Ce sont des données qui sont en libre-service. Il y a donc un gros travail pour les répertorier. On a créé les indicateurs et ensuite il fallait trouver les données pour chacune des villes. Certaines fois, c’est très facile parce qu’on a de grosses bases de données qui fournissent pas mal de choses et d’autres fois, il faut aller dans les rapports sectoriels de certaines études qui ont été faites dans telle et telle ville, le plus récemment possible. Il y a donc vraiment un travail de fourmi, derrière, pour obtenir toutes les données. On espère que ce classement va peut-être, je dirais, inciter certaines villes à publier un peu plus leurs données.

Parce que ces données, quand elles ne sont pas accessibles, c’est qu’elles n’existent pas du tout ou bien c’est qu’elles sont dans un placard ?

Il y a plusieurs possibilités. Soit elles n’existent pas, soit on ne voit pas ce qu’on en ferait. Il n’y a pas de tradition et ce n’est pas spécifique à telle ou telle région d’Afrique ou telle ville. C’est spécifique à tout le monde. En fait, on n’aime pas regarder les choses en face et, par conséquent, on ne va pas commencer à se dire: « Tiens, je vais regarder le taux de scolarisation ; j’ai un grand projet et après le projet, je vais voir si mon taux a augmenté ou pas ». Pourtant, logiquement c’est ce qu’il faudrait faire mais on ne le fait pas parce qu’on a peur de tomber sur des choses qui nous déplairaient. J’encourage vraiment les villes à se dire : « regardons en face. Quand on investit des centaines de millions dans l’infrastructure à Douala, prenons les chiffres aujourd’hui et regardons, dans dix ans, une fois que l’investissement sera fait ». On verra alors si cela a changé quelque chose pour la vie des gens. Si en termes de qualité de vie, cela n’a rien changé, cela veut dire qu’on aura déversé, dans le Wouri, quelques centaines de milliers de francs qui n’auront servi à rien.

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