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Chronique des médias
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Bonouko, ou le nouveau visage du journalisme africain

Par Amaury de Rochegonde

Nous parlons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, des nouveaux médias et blogueurs citoyens en Afrique à l’occasion du XVIe sommet de la Francophonie, qui se réunit jusqu’à ce dimanche 27 novembre à Madagascar.

Elle s’appelle Mylène Flicka, elle a vingt ans, et c’est l’une des nouvelles voix citoyennes de l’Afrique. Cette béninoise était présente mardi 22 novembre à Paris, pour une étude de CFI, l’agence de coopération médias, sur l’internet africain. Elle a raconté comment elle avait tourné une vidéo avec des amis pour son site Irawo en découvrant par hasard un petit village typique près de Cotonou. « On était parti pour faire la promotion des talents du Bénin, dit-elle, quand on a vu un village avec des cases super jolies ». Mais une fois entrée dans ce village du nom de Bonouko, elle a, dit-elle, « fondu en larmes ». La jeune femme découvre en effet que l’eau que boivent les villageois est aussi celle avec laquelle ils se lavent, nettoient leurs plaies et surtout tombent malades de façon quasi inexorable. Elle en fera un reportage avec des vues aériennes réalisées par un drone et des plans de coupe digne d’une professionnelle. Cela suscitera une réaction politique dans son pays, elle sera taxée de misérabilisme, des journalistes viendront faire une contre-enquête. Mais l’essentiel est bien là : c’est sur les pas d’Albert Londres qu’a marché Mylène Flicka en allant tremper non pas sa plume mais sa caméra dans les plaies. Elle fait depuis campagne pour obtenir 6 millions de francs CFA auprès des internautes afin de creuser un forage dans le village.

« Combien de Bonouko existent en Afrique ?», demande Cheikh Fall, qui anime le mouvement des Africtivistes, ces acteurs du web citoyen qui profitent des réseaux sociaux, et des progrès dans la bande passante, pour faire connaître leurs travaux sur le continent. L’étude de CFI, réalisé par Philippe Couve après 41 entretiens, montre bien l’émergence de ces nouveaux relais. Il y a bien sûr la vidéo partagée sur Facebook, réseau synonyme d’internet, mais il y aussi l’importance de sa filiale What’s app, ou plutôt whazapp comme on dit en Afrique, pour constituer des groupes de 2 ou 250 personnes. L’idée est de profiter de la messagerie cryptée mais aussi d’adresser des infos à des personnes sûres, malgré parfois des rumeurs ou des intox reprises par les médias. C’est aussi l’occasion, dans des pays où le mobile est de plus en plus présent, de toucher des villages avec des extraits audios pour des personnes qui ne savent pas lire. A Dakar, Cheich Fall a réussi a faire revenir le gouvernement sur un projet d’implantation illégal. En 2012, il est à l’origine d’une plateforme sur les réseaux sociaux de 150 observateurs qui a permis de surveiller l’élection de Macky Sall. Une « soft revolution », comme il dit. On lui pardonne l’anglicisme.